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IDT 97

Annie Le Saux

La quatorzième édition d’idt, salon de l’informatique électronique, s’est élargie, cette année à la première édition de net97, salon consacré à Internet et à Intranet 1. Une affluence toujours plus grande au fil des années témoigne du succès déjà bien établi de cette manifestation. L’information électronique sous toutes ses formes était partout présente, depuis les stands des 160 exposants jusque dans les thèmes des différentes sessions du congrès.

Les offres aux professionnels de l’information

Parmi les thèmes de discussion qui concernaient le plus directement les professionnels de l’information, documentalistes et bibliothécaires, figurait celui des pratiques professionnelles innovantes autour d’Internet. Lien de plus en plus indispensable entre les membres d’une même profession, Internet permet de rompre isolement et distance, d’échanger des réflexions sur savoirs et savoir-faire, de confirmer une profession au travers d’une communauté d’intérêts.

C’est dans cet esprit que l’adbs, l’Association des professionnels de l’information et de la documentation, a conçu son offre sur Internet. Assurant en premier lieu, comme la plupart des serveurs développés dans des structures similaires, la visibilité de l’association, le serveur Web de l’adbs 2 a avant tout pour objectif de diffuser l’information auprès de l’ensemble de ses membres, de faire partager les connaissances et les expériences de chacun, et d’orienter vers d’autres sources d’information, aussi bien en France, qu’en Europe et dans le monde entier. Le signalement de l’actualité professionnelle, journées d’étude, stages, publications et la présentation de la revue Documentaliste, complètent cette offre de services.

Un autre lien professionnel de l’adbs sur Internet repose sur la liste de diffusion. Adbs-info, tout comme Biblio-fr, autre liste à laquelle de nombreux professionnels sont également abonnés, permet aux documentalistes et bibliothécaires d’obtenir des réponses rapides aux questions qu’ils se posent, et de se tenir informés des thèmes émergents, quel que soit le degré d’isolement dans lequel ils se trouvent. La constitution d’une base de données à partir des messages et des réponses apportées permet aux abonnés de faire des recherches rétroactives.

La littérature grise

Thèses, rapports, communications de congrès, prépublications étaient jusqu’à présent peu accessibles, et publiés dans des délais qui diminuaient bien souvent leur intérêt. Avec l’apparition d’Internet, une partie de la définition de la littérature grise « documents produits à l’intention d’un public restreint » devient caduque. Internet est un moyen de diffusion privilégié de cette littérature, à condition d’améliorer les accès à l’information, dont la complexité actuelle peut décourager plus d’un d’entre nous.

L’exemple de ce type de développement sur Internet fut donné par la Documentation française, qui, dans le cadre de l’appel à propositions « Autoroutes de l’information » du ministère de l’Industrie, a élaboré le projet pilote d’un service facilitant la recherche de rapports de littérature grise issus des administrations 3. La commande de ces rapports peut se faire sous version papier ou sous version électronique, en plusieurs formats (pdf, ascii, html, rtf), avec un paiement électronique sécurisé. La recherche s’effectue de trois façons : par auteurs, mots du titre ou grands thèmes d’une part, par sujets d’autre part, ou encore en consultant la liste des vingt derniers rapports reçus.

Aspects juridiques et déontologiques

La conception de sites Web a fait également l’objet d’une session, l’effet de mode ayant entraîné une prolifération de ces sites, de niveau inégal quant à la qualité des informations diffusées. La création et la gestion d’un site Web impliquent la participation de nombreux acteurs : spécialistes de l’information, informaticiens, graphistes, décideurs, utilisateurs... Une telle réalisation nécessite donc une étude préalable, où les besoins des utilisateurs doivent être définis et l’existant analysé. Mais, la seule bonne conception du site ne suffit pas, la maintenance et le suivi sont indispensables pour en assurer la durée. Des conseils ont été donnés pour faire vivre un site, pour qu’il continue à capter l’intérêt des utilisateurs et ne soit pas qu’un miroir sans tain.

Élément essentiel dans le développement des réseaux, le droit d’auteur fut aussi à l’honneur. La complexité de ce sujet, due en partie à la multiplicité des textes et à l’hétérogénéité des règles nationales, explique la difficulté à légiférer au niveau international. Les excès et les dérives constatés ont contribué cependant à réfléchir à l’élaboration d’un code de bonne conduite, une charte de l’Internet, précisant les règles et les usages à respecter.

Ce besoin de définir des principes éthiques qui puissent servir de référence aux professionnels a été à l’origine de la rédaction par le gfii (Groupement français de l’industrie de l’information) d’un code de déontologie destiné à ses membres et voué à suivre les évolutions d’un monde en perpétuel changement. Toute la difficulté de l’élaboration d’un tel code a résidé dans le souci de faire coïncider l’éthique et l’efficacité économique. Trois éléments fondamentaux ont orienté la démarche. Tout d’abord il a semblé important de clarifier les fonctions : savoir qui fait quoi, où et comment n’est pas à négliger dans une période de grande confusion. L’acceptation de la responsabilité est également fondamentale pour assurer la transparence. Enfin, reconnaître un pouvoir de sanction renforce la qualité des produits proposés par le gfii.

La deuxième publication présentée par le gfii, dans le cadre d’idt, proposa 10 clés juridiques pour Internet. Comment créer un site Web ? Quelles sont les formalités à accomplir ? Comment maintenir un site Web ? Comment vendre sur Internet ? Comment payer sur Internet ? Quelle loi s’applique sur Internet ? Tels sont quelques-uns des dix chapitres développés dans ce guide pratique.

Les ressources électroniques et les bibliothèques universitaires

Parallèlement aux conférences se sont tenus des ateliers. Les ressources électroniques, nouveau défi pour les bibliothèques universitaires et les centres de documentation, tel était le thème de l’atelier organisé par l’Association des directeurs de bibliothèques universitaires.

Si le document électronique offre une plus-value par rapport au document papier, en permettant notamment de s’affranchir de sa localisation, il n’en présente pas moins des inconvénients techniques et matériels, qui, même s’ils ne sont que transitoires, n’en sont pas moins réels. Des contraintes physiques de formats, de supports et de plates-formes s’accompagnent de difficultés liées à l’offre du marché et à la sécurité du réseau. Les bibliothèques universitaires sont toutes concernées, mais les compétences informatiques requises nécessitent que des liens s’établissent avec le service informatique de l’université.

Les évolutions technologiques entraînent des changements dans les façons de travailler. Des consortiums d’établissements, des regroupements de compétences informatiques se forment, on s’achemine vers « une mutualité documentaire », selon les termes de Christian Lupovici, directeur de la bibliothèque de l’université de Marne-la-Vallée. Les règles manquent et ce sont des rapports de force qui s’instaurent. Ce qui amène Marie-Hélène Bournat, directrice du scd de l’université d’Aix-Marseille II, à s’interroger sur la façon dont va se jouer la démocratie électronique.

La mouvance et l’instabilité de cette période de transition augmentent les conséquences financières que des mauvais choix peuvent entraîner. La notion d’économie, quasi inexistante jusqu’alors dans les bibliothèques, devient primordiale. Dans cet enjeu économique intervient le problème posé par la conservation des documents. Pourquoi stocker à grands frais des kilomètres linéaires de documents qui peuvent être archivés électroniquement ? L’archivage électronique ne doit pourtant pas être considéré comme la panacée et les bibliothèques risquent d’être vite débordées par une masse de documents électroniques. Comment remédier aux contraintes des systèmes pléthoriques et évolutifs ? La pérennité des supports et des systèmes d’exploitation n’est pas garantie, loin s’en faut. Que faire également de toutes les collections papier ? La réponse est plus politique que technique, et doit se régler à différents échelons, régional, national et international.

Au changement des pratiques des bibliothécaires s’ajoute celui des comportements des usagers. Il n’existe que très peu d’articles sur l’attitude des communautés de chercheurs face aux réseaux. Les seuls indicateurs concernent la fréquence et le volume d’utilisation d’Internet. Il est intéressant d’étudier l’usage qui en est fait par des chercheurs américains, comme l’a fait Béatrice Estéoule, du sicd de l’université de Grenoble I, à partir d’un article du Journal of the American Society for Information Science 4. 98 % des chercheurs interrogés utilisent la messagerie électronique, pour joindre d’autres chercheurs, d’abord de leur institution, puis des États-Unis et enfin, très peu de ceux qui demeurent à l’étranger (5 %). Ces chercheurs sont inscrits à des groupes de discussion, mais pas à plus de deux, et encore pour les consulter plus que pour y participer activement... En bref, ils se servent d’Internet, le jugent indispensable et en attendent tout : l’exhaustivité, la disponibilité 24 h sur 24, la convivialité, une interface unique et, pourquoi pas, la possibilité de disposer immédiatement du document... gratuitement bien sûr. Mais ils regrettent de perdre trop de temps à rechercher l’information.

On est loin de la situation française, où nombre d’établissements ne sont toujours pas équipés, sans parler des individus eux-mêmes.

Événement attendu par les professionnels de l’information, la version 97 d’idt a permis cette fois encore de confronter les points de vue et de suivre les tendances de l’offre de contenus et de l’offre technologique dans le domaine de l’information électronique, au niveau national, européen et international 5.

  1.  (retour)↑  Les textes des communications d’idt97 sont disponibles au prix de 220 F.
  2.  (retour)↑  http://www.adbs.fr
  3.  (retour)↑  http://www.ladocfrancaise.gouv.fr
  4.  (retour)↑  « Factors that Influence the Use of Electronic Networks by Science and Engineering Faculty at Small Institutions : preliminary and Indicators », Journal of the American Society for Information Science, n° 48 (6), p. 496-507.
  5.  (retour)↑  Comme chaque année des prix ont été décernés : Osman Sultan, de Questel-Orbit, a été consacré l’homme de l’année. Signalons que Frédérique Molliné, directrice du scd Lyon-3, faisait partie des personnes sélectionnées pour ce prix. Dawson France a été choisi comme produit de l’année pour Information Quest et La Documentation française comme WebInfo de l’année pour La docfrancaise.