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Les Médiathèques et leurs publics

enquêtes dans le Rhône, à Arles et Chambéry

Marianne Briault, Corinne Leblond, Franck Mei, Valérie Reymond ; préf. de Martine Poulain. Villeurbanne : École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques, 1996. 207 p. ; 24 cm. isbn 2-910227-10-3. 120 F

par Bernard Voltzenlogel

Dans le cadre de leur scolarité à l'École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques, quatre élèves-conservateurs ont réalisé trois enquêtes sur les publics des médiathèques. Il s'agit, ainsi que le précise Martine Poulain dans la préface, d'un exercice sociologique, mais aussi d'une tentative d'évaluation des services rendus. A travers les trois exemples étudiés, les médiathèques de Chambéry et d'Arles et la bibliothèque départementale de prêt du Rhône, on peut dire que la totalité du champ de la lecture publique, rurale et urbaine, est couverte.

Disons-le tout de suite : l'ouvrage est très intéressant. Il repose sur une méthodologie rigoureuse et scientifique, il pose des problématiques essentielles, et surtout, il fourmille littéralement de résultats plus intéressants les uns que les autres. Signalons par ailleurs que les trois lieux étudiés se situent dans une heureuse complémentarité, qui ajoute à l'intérêt de l'ouvrage.

La médiathèque de Chambéry

L'enquête porte sur les représentations de la médiathèque. Sont examinés tour à tour les secteurs et supports utilisés, la convivialité, la fréquentation ; le jugement de l'utilisateur sur le bâtiment et les collections ; les relations avec les bibliothécaires ; le degré de connaissance de la médiathèque ; et enfin, la satisfaction des usagers.

On notera que les secteurs les plus connus sont le prêt pour les adultes et la discothèque. 81 % des usagers viennent seuls, 55 % au moins une fois par semaine. Ils sont en grande majorité satisfaits 14 % seulement demandent conseil aux bibliothécaires. Enfin, la médiathèque n'est pas du tout perçue comme un lieu de conservation patrimoniale.

La médiathèque d'Arles

Une spécificité de la médiathèque d'Arles est le choix de la gratuité totale. L'analyse porte d'une part sur le public actif, et d'autre part sur le public disparu.

Pour le public actif, les sources de satisfaction les plus souvent citées sont la gratuité, la liberté, l'intérêt du lieu. Les sources d'insatisfaction concernent les horaires insuffisants, le bruit, les ouvrages non empruntables. En outre est abordé le problème essentiel de l'apprentissage de l'usager à une utilisation autonome de la médiathèque.

Il est en revanche difficile de cerner la notion de public disparu. Parmi les motifs de non-réinscription cités, on trouve la réglementation inappropriée, le manque d'intérêt des fonds, la difficulté à trouver les ouvrages, la gestion du temps (horaires mal répartis ou insuffisants), l'insuffisance de l'information et des conseils, le cadre peu agréable, l'éloignement géographique, diverses causes personnelles. Mais l'étude de conclure : « Sans ces non-réinscriptions, il y aurait saturation de l'organisation de la médiathèque, et sans les nouvelles inscriptions, il y aurait vieillissement du public et dépérissement de la médiathèque ».

La bibliothèque départementale de prêt du Rhône

L'enquête porte sur le public des bibliothèques de cinquante-deux petites communes du Rhône. Il en ressort que ce sont les femmes qui sont les plus nombreuses à y venir (76 %), que la fréquentation est en majorité familiale. Les usagers sont plutôt fidèles 31 % viennent à la bibliothèque chaque semaine, 40 % tous les quinze jours. Les romans sont plébiscités dans 45 % des cas, et le cédérom est attendu par 26 % d'entre eux.

Deux constats méritent d'être relevés : pour l'usager, le rôle premier des bibliothécaires est de montrer comment la bibliothèque fonctionne ; et 40 % des personnes interrogées dans les communes de moins de 1 000 habitants souhaiteraient une réponse plus rapide aux réservations de documents. L'articulation autour de la triple notion de réseau, de coopération et de solidarité est très intéressante.

Les données chiffrées inédites, les problématiques de fond que l'on peut trouver dans cet ouvrage, à mi-chemin entre l'analyse sociologique et la démarche d'évaluation, constitueront assurément un outillage méthodologique et conceptuel indispensable à l'élaboration des futures politiques territoriales de lecture.