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L'École contre la lecture

La Nouvelle Revue Française. Octobre 1996, n° 525. Paris : Gallimard. 127 p. ; 22 cm. issn 0029-4802. 62 F

par Yvonne Johannot

Les six textes publiés dans ce numéro sont un cri d'alarme concernant les graves menaces pesant sur l'enseignement de la langue française, aussi bien écrite qu'orale.

L'école, dit Danièle Sallenave, d'un bout à l'autre de l'enseignement, semble avoir renoncé à la transmettre convenablement. Ce sont moins les négligences, les approximations qui inquiètent les auteurs que les nombreuses carences que l'on observe dans la jeune génération, jusque sur les bancs de l'université. « Le primat de l'écrit (donc des textes, donc de la littérature) dans la formation de l'expression » s'efface. L'expression orale et sa spontanéité tendent à l'emporter sur l'expression écrite. On ne recourt à la littérature que pour y trouver des exemples grammaticaux, non des modèles d'expression.

Danièle Sallenave cite de nombreux textes de ses étudiants de deug (diplôme d'études universitaires générales), mettant en évidence la pauvreté de la langue, dans lesquels elle retrouve le langage de la télévision et de la publicité, discours social contre lequel « l'école n'a élevé aucun rempart ». Il faut revenir à l'enseignement de la littérature par lequel est transmis tout un système de valeurs et une liberté de penser. Patrick Grainville n'est pas moins sévère. Il souhaite que l'étude d'un texte dépasse largement celle de son style pour pénétrer « la véhémence d'un sujet dans l'océan des mots ».

Richard Millet évoque le mépris qu'il a éprouvé pour son métier d'enseignant lorsqu'il a compris qu'il devait renoncer non seulement à enseigner la littérature, mais la langue elle-même, au profit d'une démagogie l'obligeant à parler comme ses élèves. Sous prétexte de lutter contre une forme d'élitisme, c'est une « coercition totalitaire » et égalitariste qui transforme l'étude de la langue en une « manipulation ludique de la littérature » Françoise Bettenfeld s'alarme devant le pouvoir des techniciens et le poids des critères économiques qui pèsent sur l'enseignement. Gérard Spiteri compare littérature et langage de journaliste, constatant que celui-ci est en train de tuer celle-là et Jacques Pêcheur réclame, pour goûter un texte littéraire, un espace et un temps que l'école ne peut offrir à un lecteur.

Ces six témoignages de professeurs de français constituent une très lourde charge contre l'institution scolaire, sans qu'apparaisse aucune issue