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Jack Kessler

Internet digital libraries

the international dimension

Boston, ma. : London : Artech House, 1996. xvi-265 p. ; 24 cm. isbn 0-89006-875-5

par Yves Desrichard

Les internautes connaissent bien Jack Kessler, qui livre à intervalles réguliers un « état de l'art » en anglais de l'informatisation des bibliothèques françaises, principalement à l'intention des publics anglo-saxons sans doute curieux de nos progrès mais réfractaires à l'usage de notre bel idiome. Plus généralement, Jack Kessler s'efforce de promouvoir la montée en puissance de l'ère numérique hors de ses zones de naissance et d'excellence, qui recouvrent peu ou prou les (dépassés ?) clivages Nord/Sud.

Setting the stage

Son ouvrage propose un descriptif des digital libraries - terme d'emblée sujet à caution, et que ni l'introduction ni, surtout, le corps de l'ouvrage ne parviennent à résoudre tout à fait : le terme is just such a compromise, et le but de l'auteur n'est pas de le définir, mais de le cerner comme on prouve le mouvement en avançant.

La première partie, « Setting the stage », présente de manière très générale l'histoire d'Internet. On en retiendra une curieuse emphase sur the French Minitel, dont l'auteur souligne qu'il a ou a eu le très grand mérite de s'attacher à contenter les besoins et habitudes du grand public, auquel Internet commence juste à se frotter.

Il note aussi que les digital libraries composent un paradigme 1 inédit, qui associe la très ancienne histoire des bibliothèques aux activités fort récentes du monde numérique : mais n'est-ce pas vrai de tous les secteurs de l'activité humaine, atteints par l'avancée informatique ?

Un survol

Dans la deuxième partie, l'auteur propose un survol (ou plutôt une régate...) sur les sites Internet d'un certain nombre de pays. Reconnaissant que la notion de nation reste bien souvent arbitraire et que, dans le cyberespace, elle perd beaucoup de sa substance, il considère néanmoins qu'elle offre une occasion commode de comparaisons si tant est qu'il faille comparer.

Car c'est bien là que le bât blesse : on discerne mal ce qui a dicté le choix de l'auteur dans la mise en exergue de tel ou tel service, de tel ou tel organisme. Selon les pays, le nombre de sites Web analysés varie dans des proportions considérables et parfois ridicules : on consacre dix pages à l'Indonésie, et quatre à la Grande-Bretagne ! Il n'y a aucune condescendance dans ce propos, simplement la volonté de remarquer que, selon les chapitres, on aura un état improbablement exhaustif (avec des sites de très peu d'intérêt) ou très fortement sélectif.

Ainsi, pour la France, le site de l'Agence bibliographique de l'enseignement supérieur est ignoré, tout comme celui de l'École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques, là où on détaille le site Web du Minitel (?). On comprend mal ce qui dicte la présentation de tel ou tel autre : bibliothèque, fournisseur de documents, université, grands organismes de recherche ?

Selon les pays, voire les continents (l'Australie, en Océanie), la présentation varie et l'on sait bien, par ailleurs, que de tels dépouillements sont voués d'avance à l'obsolescence, tant l'évolution de la toile est rapide : mort et résurrection mais sous d'autres adresses !

Pour autant, on voyagera à bon compte, puisque l'énumération s'ouvre sur la flexible centralization de la France, se poursuit avec la rigid centralization de Singapour. Hongrie, Chine, Japon, etc. suivent, sans qu'on discerne vraiment ce que l'auteur cherche à décrire.

Les spécificités d'Internet

Dans la troisième partie, Jack Kessler s'interroge sur les « spécificités » de l'Internet « international » : les différences de langues, de structures politiques et sociales, de standards, sont prises en compte, sans qu'on s'écarte trop des généralités. Pour finir, l'auteur consacre un chapitre à la notion de business qui, qu'on s'en offusque ou qu'on s'en réjouisse, sera certainement l'élément unificateur majeur de l'avenir d'Internet avec tous les excès liés à un pragmatisme à courte vue.

Dans sa quatrième et dernière partie, curieusement intitulée « Généralités », l'ouvrage poursuit la réflexion sur la digital library : le medium est-il le message ? La technique est-elle neutre ? Les bibliothèques sont-elles condamnées ? Comment impliquer l'utilisateur final ? Les exposés sont structurés et synthétiques mais sur des sujets maintes fois débattus.

L'ouvrage se clôt par une série un peu hétéroclite d'annexes : les catalogues de bibliothèques françaises accessibles en ligne, les principales conférences électroniques intéressant la profession, une bibliographie restreinte mais commentée, un glossaire.

On aurait aimé apprécier sans réticence cet ouvrage francophile en diable. Pour autant, l'ensemble laisse un sentiment de déception : l'auteur est beaucoup mieux placé qu'un autre (en tant qu'Internet trainer) pour savoir qu'une bonne part des informations disponibles dans son livre peut être obtenue plus facilement et avec une garantie de fraîcheur sur le réseau, sans que la collecte apporte un sens nouveau à l'ensemble.

Par ailleurs, les chapitres de réflexion n'offrent guère de « fulgurances scandaleuses », comme celles de de Rosnay, Lévy ou Negroponte, quoi qu'on puisse penser sur le fond du propos de ces auteurs. L'ensemble reste un peu terne, parfois instructif mais seulement pour un esprit néophyte.

  1.  (retour)↑  D'un strict point de vue épistémologique, on lui contestera cependant le terme.