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Reading, a comparative view

France, Germany, Russia and Israel

Dir. by Irene Sever. La Haye : IFLA ; Haïfa : University of Haïfa, 1995. - 91 p. ; 24 cm. isbn 965-283-010-0

par Marielle de Miribel

Cet opuscule est la publication en anglais des interventions de six bibliothécaires et chercheurs lors d'un séminaire organisé à Haïfa (Israël) en 1993, par la table ronde de l'IFLA « Recherche sur la lecture ». Les communications, publiées in extenso, dressent un panorama de la situation de la lecture et de la position des bibliothèques dans leurs pays.

La situation française

« La France lit plus, mais les Français lisent moins » est la problématique à laquelle propose de répondre Martine Poulain dans l'exposé de la situation française. Après un rappel historique de l'émergence des nouvelles médiathèques, évident progrès, elle montre que, si certains établissements attirent 30 à 40 % de leur lectorat potentiel, de 1973 à 1989, le nombre d'inscrits n'a augmenté qu'encore trop modestement ; et près d'un tiers des lecteurs inscrits ne renouvelle pas son inscription d'une année sur l'autre. Le nouveau défi des professionnels devient donc de fidéliser les lecteurs.

Jean-François Barbier-Bouvet a montré que la diversification des offres de lecture entraînait une modification des pratiques de lecture et d'appropriation, comme les stratégies de choix, les modes d'utilisation, individuelle ou collective, qui mettent en évidence des clivages socioculturels.

Cette représentation ne correspond pas tout à fait à l'image idéalisée du lecteur, jonglant en toute liberté d'un support à l'autre pour construire selon son propre schéma un savoir mosaïque et non hiérarchique. Face à ces pratiques différenciées, les outils d'évaluation propres à mesurer l'activité des bibliothèques ne sont plus adaptés : les simples statistiques quantitatives, par exemple, ne tiennent pas compte des pratiques de consultation des documents.

Avec ces nouveaux modes d'accès à la culture, le statut symbolique de la lecture a changé. En se banalisant, elle a perdu de son rôle d'émancipation et de construction personnelle pour acquérir la fonction d'un banal outil de consommation de l'information.

Les jeunes adultes

Ilona Glashoff (Hambourg), qui est à l'origine d'un recueil de normes IFLA sur l'accueil des jeunes adultes dans les bibliothèques, traite des relations confuses entre les bibliothèques et les jeunes adultes, et des moyens d'y remédier.

Elle souligne qu'on n'offre à ce public ni l'espace, ni le mobilier ni les collections et activités appropriées. Elle s'appuie sur les statistiques du marché du livre, qui montrent que, contrairement aux idées reçues, et malgré leur maigre pouvoir d'achat, les adolescents préfèrent acheter des livres (même des poches d'occasion), plutôt que d'emprunter en bibliothèque.

Les résultats d'une enquête du DBI (Deutsche Bibliotheksinstitut) publiés en 1987, font apparaître en particulier que les jeunes adultes utilisent les nouveaux médias pour satisfaire des besoins différents de ceux des enfants et des adultes. Les conclusions de cette enquête permettent de constater les interactions entre collection, présentation, et groupe cible. 56 % des jeunes adultes appartiennent à des groupes et utilisent - en groupe - la bibliothèque, obligeant les bibliothécaires mal à l'aise à ignorer les plaintes des autres lecteurs ou à chasser les jeunes adultes ; l'adjonction de travailleurs sociaux en bibliothèques ne résout pas tous les problèmes.

Les bibliothécaires doivent donc apprendre à gérer ces groupes, à proposer des collections sur des supports diversifiés, dans des espaces adaptés, selon trois modèles liés à l'importance de la desserte, de la bibliothèque rurale à la bibliothèque intégrée à un réseau municipal.

En ex-Union soviétique

Pour analyser les conditions de fonctionnement du bilinguisme dans les pays ex-soviétiques, Valeria Stelmakh introduit son propos par le processus de désintégration de la personnalité, décrit par les écrivains des camps de concentration en URSS, et dont le premier stade est la désintégration de la langue littéraire.

Dans l'ancienne Russie soviétique, en l'espace de trois générations, la langue naturelle a perdu son statut de langue nationale, et ne perdure que comme langue populaire, le russe restant la langue officielle et littéraire. Russe et langue originelle forment parfois un mélange qui n'est orthodoxe ni dans une langue ni dans l'autre. Les bibliothèques locales comptent une majorité de livres en russe, et la question de la langue demeure un point crucial de l'identité nationale.

Malgré les nouvelles normes, il n'est pas aussi facile de revenir à la langue nationale, comme le montre l'exemple de l'Institut d'économie industrielle, à Kharkov en Ukraine : la nouvelle norme de l'enseignement en ukrainien n'a pu être appliquée, en raison du faible taux d'étudiants comprenant la langue ou désirant la comprendre. Le bilinguisme, quoique indispensable à une carrière harmonieuse, semble aujourd'hui encore compromis : les populations russes émigrées dans les nouvelles républiques, et qui atteignent parfois le taux de 40 à 50 % de la population, connaissent eux aussi les mêmes conflits culturels, car ils sont coupés de leur langage et de leur culture.

En Israël

« Heurs et malheurs d'une loi sur les bibliothèques », tel pourrait être le titre de la communication de Shmuel Sever, directeur de la bibliothèque universitaire de Haïfa (Israël). Dans un bilan sur les effets de la loi de 1975 sur les bibliothèques, il met le doigt sur les causes de dysfonctionnements politiques, juridiques, budgétaires, administratifs, qui, joints à la formation déficiente des responsables, et à un mauvais réseau d'évaluation, la rendent quasiment sans effet.

Irène Sever analyse la situation de deux groupes d'immigrés, les enfants des pays d'ex-URSS et les enfants éthiopiens.

Pour les uns, l'apprentissage de l'hébreu est l'apprentissage d'une autre langue ; pour les autres, c'est l'apprentissage d'une autre langue, et d'une civilisation de l'écrit. Les émigrés russes conserveront longtemps le plaisir et le besoin de lire dans leur langue d'origine ; les enfants éthiopiens, si l'occasion leur en est donnée, accéderont plus tôt, malgré un apprentissage plus long, à la littérature hébraïque. Pour les uns et les autres, en tout cas, l'apprentissage sera largement facilité par l'écoute de textes écrits lus à haute voix, par la médiation de la tradition orale pour la tradition écrite.

En conclusion, ce petit opuscule offre des surprises : la diversité des thèmes abordés, des publics analysés et des pratiques considérées fait pendant à la diversité de ton employé qui laisse supposer des statuts d'auteurs différents. Ce panorama nous montre en tout cas que la question de la lecture liée aux bibliothèques est vécue de façon profondément différente selon les pays.