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Conseil supérieur des bibliothèques

Rapport du Président pour l'année 1995

Paris : Association du Conseil supérieur des bibliothèques, 1996. - 128 p. ; 30 cm. ISSN 1157-3600

par Geneviève Boisard

Comme chaque année, le rapport du Conseil supérieur des bibliothèques (CSB) dresse un panorama des bibliothèques françaises, et donne un coup de projecteur sur quelques aspects particuliers de leur fonctionnement : les bibliothèques universitaires (BU), dont l'évolution est suivie d'année en année, l'édition électronique, le développement des relations internationales, la participation des biblio- thèques aux programmes européens, la formation des personnels, la situation des bibliothèques musicales.

La situation des bibliothèques françaises n'est pas idéale, nul ne prétendrait le contraire. Cependant, des efforts ont été faits par le gouvernement et les collectivités territoriales, décalés dans le temps pour les bibliothèques publiques et les BU.

Les bibliothèques publiques ont bénéficié les premières de la manne gouvernementale qui a accompagné la mise à niveau préalable à la décentralisation. De remarquables réalisations ont vu le jour. Mais la période de décrue actuelle amène de nombreuses municipalités à mesurer assez chichement à leurs bibliothèques leurs moyens de fonctionnement, en personnel et en crédits d'acquisition.

L'introduction du rapport se fait l'écho de ces préoccupations auxquelles s'ajoutent celles, plus inquiétantes, qui touchent à l'impartialité et à la diversité des collections.

Les bibliothèques universitaires

Les BU ont bénéficié plus tardivement d'une mise à niveau de leurs ressources, mais leurs moyens n'ont pas suivi l'augmentation massive du nombre des étudiants. Michel Melot fait une sévère analyse des causes de leur inadéquation à leurs missions.

Le chapitre intitulé « Les difficultés des bibliothèques universitaires » constate que les augmentations budgétaires dont elles ont bénéficié n'ont pas suffi à les remettre à niveau. Phénomène dû, bien sûr, à l'explosion des effectifs des étudiants, mais aussi à d'autres causes qui peuvent être mises en évidence : l'insuffisance du nombre des mètres carrés construits, « l'irrépressible mouvement vers l'autonomie d'universités parfois concurrentes », qui aboutit à la dislocation de bibliothèques interuniversitaires et à la réduction de leur taille, le poids insuffisant des services communs de documentation.

Le rapport préconise une gestion centralisée des personnels, des budgets, de l'informatique, de la formation continue, de la formation des utilisateurs, des ateliers spécialisés, du patrimoine et de la communication. Il souligne que les sections ne seront des éléments fédérateurs de la documentation dans l'université qu'à travers l'offre de services d'accès à des sources de documentation multiples. Il se félicite de la création au ministère de la nouvelle direction (DISTNB) regroupant information scientifique et technique, technologies nouvelles et bibliothèques.

Ce constat est juste et sévère, mais peut-être ne fait-il pas suffisamment place aux alliances heureuses qui peuvent exister entre une BU et son université. Des exemples de ce type existent qui auraient pu être cités.

Édition électronique, activité internationale

Le chapitre sur les usages de l'édition électronique dans les bibliothèques fait la synthèse des principales questions en cours - rôle des bibliothèques dans l'évaluation des documents, structuration des textes, droits d'auteur, rôles partagés des auteurs, des éditeurs et des organismes documentaires.

L'activité internationale des bibliothèques françaises est abordée dans deux chapitres. L'un rend compte de l'enquête effectuée par la Fédération française de coopération entre bibliothèques sur le développement des relations internationales. L'autre traite de la politique du livre et des bibliothèques menée par la Direction générale des relations culturelles, scientifiques et techniques au ministère des Affaires étrangères et de la participation des bibliothèques françaises aux programmes européens. Une fois encore, le CSB déplore la faiblesse de cette participation, due sans doute au manque de moyens des bibliothèques et à la paperasserie excessive de la DG XIII.

L'accès à la lecture des personnes empêchées et le « tiers réseau » de la lecture publique sont évoqués Malgré les efforts récents, les bibliothèques françaises sont très en retard sur ce qui existe dans les autres pays développés. Que ce soit pour les prisonniers, les malades, les appelés ou les personnes ayant un handicap quelconque, personnes âgées, aveugles, sourds ou handicapés moteurs, les efforts de l'État et des collectivités locales sont encore au-dessous de ce qui serait nécessaire.

Les programmes d'enseignement

En 1995, les deux organismes de formation du personnel de catégorie A des bibliothèques ont fait l'objet d'une évaluation des formations dispensées. L'Institut de formation des bibliothécaires a rempli les fonctions qui lui avaient été confiées, mais il doit clarifier ses relations avec l'École nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques et obtenir un statut administratif plus satisfaisant.

Le rapport fait ensuite la synthèse de l'évaluation du diplôme de conservateur délivré par l'ENSSIB, à qui, malgré des éléments très positifs, on peut reprocher une insuffisante formation dans les métiers de base des bibliothèques, une hypertrophie de l'enseignement de l'informatique et une mauvaise articulation entre formation professionnelle et filière recherche.

D'une façon générale, se posent la question de l'importance des disciplines universitaires dans le métier de bibliothécaire et celle de l'équilibre entre tronc commun et options dans les différentes formations. Michel Melot souhaite sur ces sujets la constitution d'un groupe de réflexion commun à l'Éducation nationale, à la Culture et au Centre national de la fonction publique territoriale.

Le rapport traite également de la pauvreté des bibliothèques musicales françaises, déjà évoquée dans le rapport de 1993, et plaide pour que les bibliothèques offrent au prêt des partitions musicales en même temps que des disques. Il déplore « la malédiction des organigrammes » qui fait dépendre les bibliothèques de la Direction du livre et de la lecture et les conservatoires de la Direction de la musique, deux organismes qui devraient absolument collaborer.

La normalisation

Des informations très intéressantes sont données sur l'évolution de la normalisation pour les biblio-thèques : adaptation à l'évolution des techniques et des mentalités concernant l'échange des données informatisées, le passage de la notion de vocabulaire à celle de concept, l'accès multilingue aux catalogues de bibliothèques, les problèmes d'interconnexion, l'évaluation des services rendus.

Avec le rappel du Plan d'action pour le livre et la lecture du ministère de la Culture, Michel Melot clôt son rapport sur les dossiers qui restent ouverts pour le futur conseil : remises consenties par les libraires aux collectivités, droit de prêt, et surtout réunion des textes législatifs et réglementaires concernant les bibliothèques et rédaction d'une loi sur les bibliothèques.

Le bref résumé de son contenu montre combien divers sont les sujets abordés par le CSB en 1995. La faiblesse de ses structures ne lui permet pas de mener des études approfondies et d'apporter des contributions originales et il mériterait d'obtenir des moyens accrus. Il est cependant un lieu irremplaçable d'observation de l'ensemble des bibliothèques françaises et il faut savoir gré à son président, dont le regard perspicace saisit les questions en débat, de rassembler chaque année un faisceau de données et d'apporter un éclairage sur les points qui méritent d'être améliorés.