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La Communication de l'IST dans l'enseignement supérieur et la recherche

l'effet Renater-Internet

Actes du colloque des 16, 17 et 18 mars 1995, Bordeaux. Université Michel de Montaigne. Ouvrage coordonné par Nathalie Pinède et Lise Vieira sous la dir. de Roland Ducasse. Paris : ADBS éd., 1995. - 142 p. recto ; 30 cm. - (Sciences de l'information : Série Recherches et documents). ISBN 2-901046-87-8. 170 F

par Marc Chauveinc

Ce colloque, initié par le Groupe de recherche expérimentale sur les systèmes informatisés de communication du Centre d'études des médias, avait pour objectif d'étudier l'impact des nouveaux réseaux et, surtout d'Internet, sur les capacités de communication de l'IST (information scientifique et technique) dans l'enseignement supérieur.

Un sujet crucial

Le sujet est crucial pour l'avenir des bibliothèques, car la déconcentration et la globalisation apportées par Internet vont, soit les tuer, soit les faire revivre. Une mise à plat et une reconstruction de leur mode de fonctionnement sont sans doute nécessaires, afin de ne pas passer à côté de l'évolution. Sujet crucial aussi pour l'édition, car les publications électroniques et la diffusion des articles sur Internet modifient totalement la notion même d'édition, surtout pour la presse périodique. Les métiers traditionnels sont aussi menacés avec l'évolution proposée : la généralisation du réseau, l'architecture client-serveur, demandent de nouvelles compétences.

Parmi les dix-sept communications, on ne peut en retenir que quelques-unes. Nathalie Pinède étudie en introduction « La politique de l'organisation documentaire à l'université ». Après un bref historique des bibliothèques ces dernières années, l'auteur analyse le fonctionnement actuel ou plutôt les dysfonctionnements : une bibliothèque universitaire lourde, fondée sur une logique de l'offre, opposée à un système d'information personnel des chercheurs, d'où la désaffection de ceux-ci, amplifiée par deux formes de corporatisme. Elle propose en conclusion que les bibliothèques universitaires modifient leur offre, puisque les chercheurs ne vont pas changer leur demande, et qu'une action dynamique soit lancée localement.

Noble Akam décrit ensuite la mise en place du contrat d'établissement pour la documentation à l'université Michel de Montaigne. Un groupe de travail reçut la mission de restructurer la documentation à l'université en présentant un projet de SCD (service commun de la documentation) : regrouper trente-quatre BUFR (bibliothèques d'unité de formation et de recherche) en dix-sept, dont cinq pôles, équiper un réseau informatique, professionnaliser. L'arrivée de Renater et la création du réseau Montaigne a favorisé la mise en place du SCD, mais a aussi supprimé la limitation géographique avec l'introduction de serveurs WWW ou Wais.

Des bouleversements

Le débat s'élargit ensuite, avec des exposés sur Internet, sur la formation à l'IST, sur le réseau Redoc à Grenoble, sur l'édition et la nouvelle ingénierie électroniques. Parmi les points à retenir, citons la nouvelle structure des bases de données réparties apportée par Internet, la création du modèle client-serveur, qui bouleversent les services d'IST.

Le développement du document électronique est aussi longuement discuté dans plusieurs articles, dont quelques-uns portent sur l'hétérogénéité et la masse des documents disponibles. Philippe Hert propose une intéressante analyse d'une conférence électronique, tenue en 1994 sur Internet. Lise Vieira détaille, dans un article très documenté, les nouvelles formes d'éditions (CD-Rom ou Internet), dont Françoise Renzetti donne un exemple convaincant pour les mathématiques et dont Hervé Le Crosnier précise les possibilités pour le journal électronique. « Les entrées multiples et les circuits variables dans les documents bouleversent totalement la façon de lire, de consulter, d'apprendre » écrit notamment Lise Vieira. L'analyse est fine et confortée par de nombreuses citations.

Jean-Claude Guédon se veut rassurant en montrant la convergence des bibliothèques et des éditeurs grâce au réseau. Les inconvénients de ce dernier, encombrement, piratage, manipulation, absence de contrôle, appellent en effet une organisation permettant aux éditeurs de reprendre la main. Mais l'auteur va plus loin en proposant que les bibliothèques deviennent directement éditrices, électroniquement, de documents scientifiques proposés par les chercheurs de l'université (exemple de l'université Johns Hopkins). Ce qui répond à la question, soulevée par plusieurs orateurs, de l'avenir des bibliothèques et des professionnels de l'information.

On ne peut qu'être désolé de résumer aussi brièvement un ouvrage passionnant et qui devrait beaucoup apporter aux bibliothécaires par les ouvertures et la réflexion qu'il propose sur des sujets qui sont au cœur de notre métier. Son achat est vivement recommandé.