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Patrimoine des bibliothèques de France

un guide des régions. 6. Provence-Alpes-Côte-d'Azur, Corse, Martinique

Paris : Payot, 1995. - 10 vol. + un index : ill. en noir et en couleurs ; 24 cm.-.191 p. ISBN 2-228-88969-5 150 F

par Agnès Marcetteau-Paul

On lira avec intérêt la préface de Jeanne Laffitte au sixième volume du Patrimoine des bibliothèques de France. Avec le métier de libraire soucieux de « transmettre le plaisir sensuel qu'offrent les livres », elle dresse une rigoureuse nomenclature des établissements présentés, « des bibliothèques de notre région » comme de celles de la Corse et de la Martinique quand « les hasards d'un classement nous feront traverser les mers ». Elle échappe ainsi à la vision partielle sinon partiale, parce que trop marquée par l'expérience et les préoccupations personnelles, des préfaciers d'autres volumes de la collection. Elle met en même temps justement le doigt sur le caractère plus ou moins arbitraire de certains regroupements.

Les bibliothèques municipales et des autres

Le « parcours initiatique » ainsi balisé passe par trente-trois établissements : vingt bibliothèques municipales auxquelles on peut adjoindre la bibliothèque du chevalier de Cessole dépendant d'un musée de la ville de Nice ; la bibliothèque départementale de prêt de la Haute-Corse « qui a toujours prouvé son intérêt pour le fonds local en menant une politique d'acquisition exhaustive pour les livres contemporains et en essayant, dans la limite des crédits, de procéder à des achats rétrospectifs », la bibliothèque Schoelcher à la Martinique, et la bibliothèque Barbera-Bernard donnée en 1985 au conseil général des Alpes-Maritimes, qui témoignent toutes trois de préoccupations et responsabilités départementales encore peu répandues ; trois bibliothèques universitaires plus ou moins anciennes ; trois bibliothèques confessionnelles ; trois bibliothèques spécialisées dépendant d'organismes privés ou publics, l'Académie d'Aix-en-Provence, la Chambre de commerce et d'industrie de Marseille, et l'observatoire de Nice.

Fondateurs, organisateurs et administrateurs

A cette approche sérielle, on pourra d'ailleurs préférer la découverte de quelque pièce exceptionnelle comme l'Evangéliaire grec, « seul manuscrit grec en onciales conservé dans une bibliothèque municipale française », de l'Inguimbertine à Carpentras. Ou concilier les deux dimensions à travers la personnalité de « tous ceux qui ont participé à l'édification de ces temples du savoir ». On pense d'abord à monseigneur d'Inguimbert et au marquis de Méjanes, ces deux grands bibliophiles qui permirent dès 1742 et 1786 l'ouverture de bibliothèques publiques à Carpentras et Aix-en-Provence, et à Victor Schoelcher qui donna ses collections à la Martinique en 1883, « portant ainsi dans la passion souvent si égoïste du collectionneur, cet oubli de soi, ce dévouement aux autres qui fait l'honneur de son rôle d'abolitionniste... ». On doit leur associer les figures moins connues de Paul Arbaud à Aix-en-Provence, de Victor de Cessole à Nice, et celles de conservateurs passionnés comme Claude-François Achard, « érudit imprégné de l'idéal des Lumières » qui constitua et organisa les premières collections de la bibliothèque municipale de Marseille, ou son successeur Joseph Billiaud, « grande figure de la vie culturelle marseillaise d'avant-guerre ».

Fonds et collections

Ainsi s'écrit, suivant un modèle à la fois unique et chaque fois singulier grâce à la passion de ses différents protagonistes, l'histoire intellectuelle des régions françaises au sein de l'universelle République des lettres. Celle qui comprend aussi bien les lettres adressées à Louise Colet de la bibliothèque municipale d'Avignon, que le fonds Peiresc de celle de Carpentras et le fonds Butor de celle de Nice. Celle qui ne saurait non plus vivre sans ces fonds locaux et ces fonds encyclopédiques, dont la principale qualité n'est pas l'originalité mais la large diffusion des « grands monuments de l'érudition et du savoir », et la constitution de fonds d'étude. Celle qui ne saurait enfin se contenter qu'on nous jette en vrac - malheureuse expression échappée à la plume des rédacteurs d'une notice et à la vigilance des responsables de la collection - les ressources documentaires de telle ou telle bibliothèque.