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Vingt ans après...

De l'informatique documentaire à l'ingénierie documentaire

Geneviève Escomel

Les vingt ans du DESS (diplôme d’études supérieures spécialisées) d’Informatique documentaire furent l’occasion pour l’AEDESSID (Association des anciens élèves du DESS d’informatique documentaire) et l’ENSSIB d’organiser une journée d’étude, dont l’ambition était de faire le point sur l’ingénierie documentaire, mais aussi d’aborder les axes de développement des outils informatiques, support privilégié des professionnels de l’information. Ce fut aussi l’occasion de s’interroger sur l’évolution des métiers de l’information. L’ENSSIB accueillait donc deux conférenciers de renom, François Jakobiak et Jean-Claude Le Moal.

De la bibliothèque à la veille technologique

François Jakobiak dressait un bref historique des progrès technologiques qui ont bouleversé ces vingt dernières années avec l’introduction de la télématique, du micro-ordinateur, du multimédia, des réseaux et d’Internet. En même temps que ces outils s’insèrent dans la société, de nouvelles fonctions sont créées, qui vont du bibliothécaire au veilleur. C’est ainsi que l’information n’est pas seulement stockée, mais traitée, diffusée, exploitée. A chaque étape, des méthodes de travail sont mises en place ainsi que de nouvelles potentialités de traitement de l’information. L’évolution des métiers et du traitement de l’information induisent trois niveaux d’utilisateurs ou d’accès à l’information : grand public, professionnel et expert.

François Jakobiak mit l’accent sur le fait que maîtriser l’information grâce aux technologies est une donnée importante pour la mise en œuvre d’une veille technologique, mais qu’il reste essentiel de bien connaître les besoins et d’adopter une attitude stratégique. Aujourd’hui, la veille technologique conduit à la notion d’étalonnage concurrentiel ou benchmarking. Proche de la démarche qualité, le benchmarking s’appuie sur la veille stratégique afin de réaliser une veille concurrentielle appliquée.

Lors de la table ronde, les intervenants rappelèrent les éléments moteurs d’une bonne veille technologique, entre autres la propension de l’entreprise à faire de la veille, la méthode et les outils à employer, mais aussi l’implication de la dimension humaine. Le témoignage de Jacqueline Moye mit en exergue les difficultés rencontrées lors de la mutation de la fonction documentaire vers la fonction de veille technologique. Le débat s’orienta sur la définition des professions de documentaliste et de veilleur : métiers dissociés ou associés ? La discussion reste ouverte… Ces questions ont permis de rendre compte de l’importance d’adapter les formations à la réalité professionnelle.

De l’ingénierie documentaire à l’ingénierie linguistique

S’inspirant de la date anniversaire de ce DESS, Jean-Claude Le Moal fit un bilan des technologies et services offerts par les logiciels et les produits informatiques. Les logiciels sont de plusieurs sortes : logiciel de bibliothèque, de gestion de document, d’indexation et de recherche… Aujourd’hui bien souvent développés pour tous les environnements (UNIX, Mac et PC), suivant une architecture client/serveur et proposant des interfaces graphiques conviviales, les logiciels documentaires ont étendu leurs fonctionnalités.

L’utilisateur possède une plus grande liberté au niveau de la structuration de la base de données, des outils de télédéchargement de notices, d’indexation et de recherche avec les modules de gestion de thésaurus ou de fichiers d’autorité, et des outils d’édition performants.

Les logiciels sont conçus comme une succession de modules indépendants permettant à l’utilisateur d’adapter la configuration du produit à ses besoins, avec éventuellement la possibilité de construire une interface sur mesure.

L’accroissement des sources d’informations et l’amélioration de leur traitement grâce à l’avancée technologique incitent de plus en plus à travailler sur le texte lui-même plutôt que sur son signalement. Aussi, la recherche s’oriente-t-elle vers l’amélioration des outils avec les traitements linguistiques et le traitement du texte intégral.

Pour permettre une meillleure approche du texte et en faciliter l’accès, les outils d’analyse d’information travaillent sur la manière dont le document parle d’un domaine. L’ingénierie linguistique intervient à tous les niveaux dans le texte : en amont avec les outils d’aide à la rédaction (corrections grammaticales, syntaxiques voire stylistiques) et en aval avec les outils d’analyse de contenu (sémantique, lexicale…).

Ce domaine encore à l’état exploratoire exprime déjà une forte demande de la part des professionnels de l’information.