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Enrichir le patrimoine des bibliothèques en région

Sarah Toulouse

En 1990, l’Etat et le Conseil régional de Bretagne décidaient d’unir leurs efforts financiers pour aider les bibliothèques de la région à enrichir leurs fonds patrimoniaux de documents « anciens, rares ou précieux » : le premier Fonds régional d’acquisitions pour les bibliothèques (FRAB), financé à parité par l’Etat et la région, voyait ainsi le jour, suivant l’exemple des musées et de leurs FRAM (Fonds régionaux d’acquisition pour les musées). Depuis cette date, huit autres régions se sont dotées d’un FRAB. Il a semblé nécessaire au bout de cinq ans de faire un premier bilan sur le fonctionnement de ces Fonds régionaux, et de réfléchir à leur devenir. Le rôle du colloque intitulé « Enrichir le patrimoine des bibliothèques en région », et qui s’est déroulé à Rennes les 30 novembre et 1er décembre derniers, était donc avant tout de faire le point des modes et des politiques d’acquisition patrimoniales dans les bibliothèques de province, et d’étudier les évolutions possibles dans ce domaine.

Le rôle des Fonds régionaux d’acquisitions pour les bibliothèques

Les neuf FRAB existants ont un fonctionnement équivalent : convention Etat-Région au départ, commissions paritaires qui se réunissent plusieurs fois par an pour l’examen des dossiers, existence d’une instance nationale, le Conseil national supérieur du patrimoine des bibliothèques publiques, ou CNSPB, pour avoir un avis ou une expertise et une vision d’ensemble des acquisitions. Les objectifs sont également similaires : il s’agit avant tout de créer des fonds spécifiques destinés à soutenir la politique des bibliothèques municipales, pour des acquisitions dont le coût excède les budgets normaux. De petites différences existent cependant : certaines régions exigent des assurances au niveau de la conservation des documents, ou la présence de personnel scientifique capable de les traiter, avant d’accorder une subvention ; d’autres envisagent de faire bénéficier du FRAB des maisons d’écrivains, ou des bibliothèques départementales de prêt.

On constate surtout l’évolution de certains FRAB, comme celui de la région Centre, qui envisage de traiter non plus seulement d’acquisitions, mais aussi de restauration. La comparaison avec les FRAM, qui fonctionnent depuis plus de dix ans, est intéressante : ne faudrait-il pas envisager des seuils minimaux d’intervention pour les FRAB ? Dans le cadre des FRAM, les conditions de conservation et de mise en valeur futures de l’acquisition pèsent énormément sur la décision d’accorder les subventions : les FRAB ne doivent-ils pas s’en inspirer plus systématiquement ?

Dans les régions sans FRAB, l’Etat aide également les collectivités locales pour des acquisitions exceptionnelles, mais l’exemple de la région Languedoc-Roussillon semble indiquer que les résultats sont moins intéressants : une aide de 50 % maximum n’est pas toujours assez incitatrice, et il est difficile de trouver une cohérence régionale aux acquisitions sans une institution qui en possède une vision globale.

Le rôle de l’Etat ne se limite pas à une aide financière : la Direction du livre et de la lecture assure également un service de signalement des documents sur le marché. Cette action est jugée très importante et nécessaire, même si de meilleurs relais régionaux sont à mettre en place. Mais pour que ce signalement soit vraiment efficace, il faut que les bibliothèques connaissent bien leurs fonds dans un premier temps, fassent des choix clairs de politique d’acquisition et surtout fassent connaître ces choix.

Dissémination ou regroupement du patrimoine

L’existence des FRAB pose le problème de la dissémination ou du regroupement du patrimoine écrit. Tous s’accordent à penser qu’il est important que Paris ne soit pas le seul lieu de conservation du patrimoine écrit ; des centres régionaux doivent exister pour permettre l’accès à ces documents à un plus large public. Mais ces fonds conservés en région, s’ils doivent avoir un ancrage régional, ne doivent cependant pas s’y enfermer et tendre trop au régionalisme. Des fonds régionaux peuvent en effet avoir une vocation universelle. Il est également intéressant de développer des fonds thématiques dans les régions.

La connaissance des fonds est primordiale et doit aboutir à la définition de politiques d’acquisition claires ; on peut envisager dans un deuxième temps d’arriver à coordonner ces politiques au niveau régional, voire national. Mais il est également important de bien connaître son environnement et de s’en faire connaître : libraires et conservateurs, bibliothécaires et archivistes, bibliothèques municipales et bibliothèques universitaires ne doivent pas être des frères ennemis, mais plutôt apprendre à travailler ensemble et à mettre en commun leurs perceptions et leurs sensibilités différentes. Personne ne sait ce que sera le patrimoine de demain : il faut de l’imagination et du flair, il faut une collaboration entre tous les acteurs du patrimoine écrit.

Politiques d’acquisition et collaborations

Beaucoup de questions ont été posées lors de ce colloque : les FRAB doivent-ils évoluer et ne plus se contenter d’avaliser des choix ? Ne doivent-ils pas prendre part à l’élaboration des politiques d’acquisition et suivre le devenir des documents ? Faut-il disséminer ou regrouper le patrimoine écrit ? Comment constituer les collections des bibliothèques de province ? Comment organiser la collaboration au niveau local et au niveau national ? La réflexion est lancée sur tous ces points, elle devra se poursuivre. Quelques éléments font cependant l’unanimité : acquérir n’est pas thésauriser et il faut toujours prévoir la communication et la mise en valeur des documents acquis ; de véritables politiques d’acquisition doivent voir le jour, ainsi que des collaborations à différents niveaux ; pour tout cela, des moyens financiers et humains sont nécessaires, et l’aide de l’Etat et des régions est donc primordiale, même si les collectivités territoriales doivent participer à cet effort.