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The Image of the Library

Studies and Views from Several Countries, Collectional Papers

ed. Valeria D. Stelmakh. SI : IFLA ; Haïfa : University of Haïfa Library, 1994. - 195 p. ; 24 cm. ISBN 965-222-552-5

par Marielle de Miribel

Cet ouvrage est un recueil de neuf articles en anglais, présentés par la table ronde « Recherches sur la lecture », au cours de plusieurs congrès de l'IFLA. Ils donnent un aperçu de la recherche dans le domaine de l'image de marque des bibliothèques, en particulier en Europe de l'Est.

Images diverses

Irene Sever, de l'Université de Haïfa, montre à travers l'étude des programmes de formation des bibliothécaires et de leur rôle, un personnel perçu comme des spécialistes de « la circulation des livres », toujours plus compétent pour la gestion des fonds que pour la gestion des usagers. Qui est responsable ? Le bibliothécaire lui-même, en ce qu'il donne à voir de sa profession à son public.

Marina Dubrovskaya nous renvoie le miroir de nos propres perceptions. Elle analyse les résultats d'un questionnaire adressé à tous les participants du congrès de l'IFLA à Moscou, considérés comme d'honorables témoins représentatifs de leur profession dans leur propre pays. Ces derniers devaient s'interroger sur leur propre perception du métier, ses caractéristiques, les raisons de leur choix, et les difficultés qui y sont attachées. Il ressort de l'analyse une double perception du métier, celle, classique, du bibliothécaire timide et besogneux, à côté du dynamique professionnel de l'information, heureux d'aider ses semblables. Cette perception interne du métier est-elle conforme à la réalité ?

Cinéma et littérature

Anne-Marie Chaintreau et Renée Lemaître ont brossé, à travers l'analyse de mots-clé, un tableau des bibliothèques et des bibliothécaires, tels que cinéastes et écrivains les ont décrits : rats, poussière, échelles, silence, cimetières, labyrinthe, puis, bibliothécaires sexy, executive women, détectives, célibataires...

John Frylinck donne à voir l'image flatteuse des bibliothécaires à travers les yeux des auteurs en veine d'inspiration. Avec leurs lunettes sur le nez, ils sont par leurs défauts physiques des caricatures de choix, affublés de déficience sexuelle et de fragilité mentale. Leur avidité de lecture est égale à leur haine du prochain, et dans leur zèle, certains vont, le week-end, jusqu'à inventorier leur réfrigérateur. « Silence ! » est leur devise.

Sur un ton très différent, D. K. Ravinskii étudie l'image du bibliothécaire. Loin d'être un personnage comique, il assume un rôle social important. Son sort est lié en Russie à celui des intellectuels, devenir bibliothécaire est pour eux atteindre l'échelon social le plus élevé. C'est aussi rester en vie, et une punition assez douce malgré tout. Pour l'auteur, le critère le plus important pour juger de l'image de ce métier est la perception des qualités morales qui leur sont unanimement attribuées : « Pauvre, mais honnête ! ». Dans la période troublée des années 1960-70, la fonction sociale du bibliothécaire, face à la propagande, est celle de « gardien des livres », de la connaissance, de la culture, et aussi celle de soutien psychologique auprès de populations privées d'ancrages religieux et spirituels. Il devient aussi, dans la littérature, un exemple de résistance à la pression politique, et de sacrifice pour la justice.

David Gérard analyse vingt-quatre romans dans lesquels bibliothèque et bibliothécaires tiennent un rang suffisamment importants pour justifier une étude particulière. Dans la catégorie des romans « sérieux », il note que la description est relativement conforme à la réalité, car les auteurs décrivent un milieu qu'ils connaissent bien pour l'avoir assidûment fréquenté, même si un seul, Philip Larkin décrit ce monde avec exactitude de l'intérieur. Et pourtant, les vieux poncifs y sont toujours présents... Dans les romans plus légers, les bibliothèques sont un terrain privilégié pour les individus caricaturaux et pour les énigmes. En tout cas, dans les deux catégories de romans, la bibliothèque reste un lieu imaginaire, souvent coupé de la réalité.

Russes et Hongrois

« Que pensent les Russes des bibliothèques ? », a demandé Valeria D. Stelmakh à un panel de 1 000 personnes. Certaines personnes les considèrent comme un temple où le bibliothécaire est une sorte de « prêtre », car, en Russie, la littérature fait l'objet d'un respect particulier, au même titre qu'un musée. La bibliothèque est-elle la bibliothèque du peuple ? Non, dans la mesure où, très fortement centralisée, elle est considérée comme un instrument d'endoctrinement des classes dirigeantes. Or, 27 % des personnes interrogées réclament comme bibliothèque un lieu ouvert à tous, non soumis à la censure et proposant un libre accès à la littérature. Mais des bibliothèques de ce type, il n'en existait pas en Russie. 10 % des personnes interrogées voient la bibliothèque comme un lieu de rencontre et 27 % comme un centre d'information high-tech. Quelques-uns, peu nombreux, voient la bibliothèque comme un refuge, une oasis contre les difficultés de la vie, où le bibliothécaire est une personne chaleureuse. Mais personne ne pense à la bibliothèque comme lieu d'apprentissage social ou lié au monde du travail.

L'auteur a aussi testé le taux de satisfaction des usagers et non-usagers des bibliothèques, taux qui, paradoxalement, ne reflète pas la qualité des services rendus. Si les critiques les plus vives viennent des usagers qui connaissent et utilisent la bibliothèque, les éloges les plus positifs viennent des non-usagers, qui la décrivent bien comme une entité, même s'ils n'en voient pas l'utilité.

Ferenc Gereben étudie l'image de la bibliothèque dans la société hongroise. Il ressort de cette étude - faite en 1978 et 1985-86 -, que le bibliothécaire n'est bien perçu que lorsque ses activités le mettent en relation étroite avec la demande des usagers, qu'il s'ingénie à satisfaire. Mais le travail interne d'un bibliothécaire n'a pas la moindre réalité, même aux yeux des habitués.