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Livres électroniques

de l'utopie à la réalisation

Lausanne : Presses polytechniques et universitaires romandes, 1995. - 316 p. ; 21 cm. - (Méta).ISBN 2-88074-289-7

Les articles et ouvrages de prospective sur l'invasion du multimédia et la mort du « support papier » comme outil de transmission de la connaissance sont si nombreux, souvent si peu documentés, si désinvoltes ou trop optimistes, qu'on aborde avec méfiance Livres électroniques : de l'utopie à la réalisation, prêt à constater une fois de plus que les déclarations ne sont pas des réalisations, et que les exhortations définitives ne sont pas des faits.

Cet ouvrage est pourtant une vraie et bonne surprise, qui nous convaincrait presque que le multimédia est là, et qu'il va supplanter pour une part le livre que les auteurs qualifient de « classique », et qui se caractérise par « sa structure figée » et « son comportement statique ». Pour eux, « face à ce manque de " réactivité " du livre classique... un autre [média] plus riche et surtout plus dynamique » peut s'imposer, à savoir le livre électronique (= LE).

Les livres électroniques

Les « LE » sont avant tout des ouvrages à vocation scientifique, destinés à un public d'étudiants de bon niveau, de chercheurs et d'enseignants. Ils reconnaissent en préliminaire que, si le LE a plus de possibilités d'utilisation qu'un « livre classique », il est in consequo plus difficile à créer et à manipuler. Les LE présentés doivent « jouer le rôle d'un support de cours », pouvant par conséquent être annotés et personnalisés par son utilisateur, avec « pour finalité d'animer des textes scientifiques » portant sur « des sujets nécessitant l'application de modèles logiques et mathématiques ».

Autre originalité de la démarche, le livre présente conception et utilisation des LE selon trois angles : l'auteur, le concepteur du logiciel de consultation... et le lecteur, ce dernier étant souvent bien oublié dans la marée journalistique évoquée plus haut ! Le tout dans un souci pragmatique où un solide bon sens le dispute à une humilité finalement très habile, puisqu'elle suscite l'estime du lecteur le plus réticent.

Les attentes d'un système idéal

Les auteurs décrivent d'abord ce que l'on pourrait attendre d'un système idéal, bâtissant une sorte de cahier des charges utopique du LE parfait, tant du point de vue de sa création/conception que de son usage. Un certain nombre de concepts « idéaux » sont dégagés, notamment ceux correspondant aux attentes du lecteur, qui les amènent à la notion d'hypertexte, largement démythifiée, puisque, pour eux « le concept d'hypertexte est très simple : des fenêtres à l'écran sont associées à des objets dans une base de données et des liens sont définis entre ces objets ».

Derrière la simplicité de l'idée, se cache bien sûr un énorme travail de conceptualisation et de modélisation. « La réalisation [d'un LE] demande à son auteur un effort plus grand que celui généralement consenti pour la rédaction d'un manuel classique », qui passe notamment par l'intéressante notion de « métaphore d'utilisation », là où manquent les repères tels que nombre de pages, table des matières, etc., et où il faut faciliter le travail de « navigation » de l'usager, en instituant notamment « un ensemble de principes qui minimisent les disparités de manipulation entre les différents types de documents » pour multiplier la capacité des LE à être des responsive documents, c'est-à-dire des outils qui réagissent aux sollicitations du lecteur et peuvent être personnalisés par eux. Sur ce dernier point, les auteurs privilégient « une philosophie d'interaction [fondée sur] le libre choix de l'étudiant », au contraire des systèmes d'enseignement assisté par ordinateur qui (pour eux) assurent un contrôle permanent du « dialogue ».

Un optimisme mesuré

Les auteurs ne cachent pas, faisant preuve d'un « optimisme mesuré », que la conception d'un LE est longue et délicate, qui doit prendre en compte les attentes du « concepteur système » en matière d'architecture logicielle et de langage et outils de programmation 1, et celles du ou des auteurs, qui doivent créer et entièrement structurer de manière cohérente un outil complexe. La notion de « script », élaborée après plusieurs tentatives de constitution de LE, et utilisable aussi bien par les auteurs que par les lecteurs, permet d'automatiser des séquences complexes d'actions et de modifier le comportement de certains « objets » appartenant à un LE, et relativise cette complexité.

Dans une dernière (et imposante) partie, les auteurs présentent leur système WEBSS (= Woven Electronic Book System with Scripts), sorte de « laboratoire logiciel » pour la réalisation de LE, d'une manière suffisamment détaillée pour que cet outil soit directement utilisable par ceux qui seraient tentés par l'aventure 2.

En conclusion, les auteurs soulignent que les systèmes permettant de créer des LE existent 3, que les tailles des fichiers générés sont négligeables par rapport aux capacités des outils informatiques actuels, et que la conception de LE ne bute pas sur les compétences informatiques, mais bien sur celles des autres partenaires (auteurs, graphistes... et lecteurs ?) à maîtriser un outil si neuf et si riche de potentialités. On leur sait gré d'un exposé si concret, si pratique, lucide et judicieux, qui devra être complété par la consultation des LE décrits dans leur ouvrage, dont, bien sûr, un « livre classique » ne peut que rendre très imparfaitement l'intérêt...

  1.  (retour)↑  Où s'imposent les solutions fondées « sur un langage à objets [et] sur une hiérarchie prédéfinie de classes ».
  2.  (retour)↑  L'utilisation de l'anglais pour cette dernière partie prouvant une fois de plus que le pragmatisme suisse n'est pas une vaine notion ! A noter aussi que les auteurs donnent les adresses électroniques où l'on peut se procurer (gratuitement) l'ensemble des outils de programmation décrits, ainsi que les le présentés.
  3.  (retour)↑  Ils en présentent quelques-uns.