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André Canonne

Lecture, bibliothèque et société

recueil de textes choisis par un groupe d'amis

Liège : Ed. du CEFAL, 1994. - 244 p. ; 24 cm. ISBN 2-87130-040-2.

par Arlette Boulogne

La disparition brutale d'André Canonne 1 ne lui a pas permis de rédiger une synthèse complète de ses réflexions sur la fonction sociale de la lecture. Un groupe d'amis belges a réuni une sélection de textes qui rend compte de son projet global de société, projet original et d'une grande cohérence. Ce recueil est édité par le CEFAL (Centre d'édition, de fournitures et d'aide pour la lecture) qui a succédé au CLPCF (Centre de lecture publique de la Communauté française).

Lecture, métier, institutions et amitié

Dans la première partie intitulée « Un projet social de lecture », sont rassemblés dix textes d'André Canonne qui permettent de comprendre sa vision d'ensemble de la fonction de la lecture dans la société avec une attention particulière pour la jeunesse et les exclus de la lecture. Les six textes suivants (« Un bibliothécaire sur le terrain ») témoignent de sa pratique du métier, du rôle des bibliobus dans la politique de lecture publique en milieu rural, semi-rural et urbain, du récit succulent de ses tournées et des réflexions toujours très actuelles sur le catalogage, les thésaurus, l'informatisation et la politique du désherbage. Puis trois articles traitent des institutions dont s'est occupé André Canonne : le CLPCF, le fonctionnement de la bibliothèque locale, le « Mundaneum » 2.

La quatrième partie présente trois textes, retenus à titre d'exemple pour montrer la place que l'amitié a tenue dans la vie d'André Canonne.

Une biographie, une bibliographie et une vingtaine de notices bibliographiques publiées par André Canonne dans la revue Lectures complètent ce recueil qui permet de connaître la pensée originale de ce spécialiste belge, connu en France surtout pour ses ouvrages de bibliothéconomie et de catalographie.

André Canonne

Homme de culture, André Canonne a été un militant de la lecture publique et de la démocratie. Pour lui, tout projet social de lecture doit être inséré dans un projet politique de « gauche ».

Il est intéressant de lire ses réflexions sur la lecture pour enfants qui sache respecter ceux-ci, sur l'importance du plaisir de lire qui doit être découvert dès l'apprentissage, sur les « conditions de l'appropriation possible, par le plus grand nombre, de l'acte de lecture et du droit à l'exercer », sur le rôle de la « lecturisation » telle que la définit Jean Foucambert pour lutter contre l'illettrisme. Ses propos sur le métier et ses pratiques, sur l'organisation institutionnelle et la politique de lecture, la place de la médiation entre l'écrit et les lecteurs... sont toujours d'un grand intérêt pour nous (malgré la situation très bien décrite ici de la Communauté française de Belgique dans le domaine des bibliothèques et son retard par rapport à la France).

Et il serait bien utile, dans notre période techniciste, de prendre en compte les développements d'André Canonne sur la réhabilitation de « la valeur-lecture », sur la nécessité de « se réapproprier l'écriture » en s'appropriant les nouvelles technologies et sur la rigidité « du discours documentaire et technologique... une des manifestations d'une société sans projet de société ».

Ecrits dans un style très vivant, illustrés d'exemples pris dans la vie courante, tous les textes présentés dans ce petit ouvrage se lisent avec intérêt et grand plaisir.

  1.  (retour)↑  André Canonne (1937-1990), bibliothécaire, directeur depuis 1983 du Centre de lecture publique de la Communauté française (CLPCF) de Belgique, humaniste, romancier, rédacteur en chef de la revue Lectures, musicien érudit, enseignant et pédagogue, auteur d'un Manuel élémentaire de catalographie, a contribué, entre autres, à la mise à jour et à une nouvelle édition de la CDU et est responsable de la réimpression en fac-similé du Traité de documentation de Paul Otlet.
  2.  (retour)↑  Créé à l'initiative de Paul Otlet et Henri La Fontaine pour réunir en un seul endroit les collections des associations internationales, en liaison avec le Répertoire bibliographique universel de l'Office international de bibliographie, le Palais mondial-Mundaneum est officiellement ouvert après la guerre de 1914. Son patrimoine, après de multiples déménagements, est confié au CLPCF en 1985.