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Bibliothèques et métiers

Isabelle Masse

Le 19 juin dernier, la parution du premier recensement des métiers des bibliothèques 1 donnait lieu à une journée d’étude organisée par Médiadix, dans un amphithéâtre de l’Université Paris X-Nanterre. La présence d’un très grand nombre de bibliothécaires ou futurs bibliothécaires témoignait de l’importance de ce document pour la profession.

Origines de l’étude

Les évolutions récentes du paysage administratif des bibliothèques – modernisation du service public, exigences en matière de gestion, évaluation, croissance de la population étudiante, irruption des nouvelles technologies, élargissement qualitatif et quantitatif des métiers, changement de l’identité professionnelle des personnels, etc. –, ont conduit le bureau de la formation de la Sous-direction des bibliothèques de la Direction de l’information scientifique et technique et des bibliothèques (DISTB) à prendre l’initiative d’une étude qui permettrait de mieux connaître les activités des personnels, de renouveler l’offre de formation, et de prendre en compte les évolutions probables pour anticiper sur les changements à venir. L’étude concerne les personnels des bibliothèques relevant de l’Etat, c’est-à-dire les bibliothèques universitaires, les bibliothèques des grands établissements, la Bibliothèque nationale de France, la Bibliothèque publique d’information et quelques bibliothèques municipales classées.

Méthodologie

Pierrette Casseyre, de la Bibliothèque interuniversitaire de médecine de Paris, présentait la méthode de travail suivie. L’approche retenue fut celle des métiers 2, avec pour objectif leur recensement et analyse. Les acteurs ont été un comité de pilotage interministériel, une équipe de projet, des groupes de repérage des métiers, sur des sites et dans des établissements divers, soit 250 personnes issues de 56 établissements. Ce travail commun a permis l’élaboration d’un répertoire des métiers : connus (catalogueur, indexeur, bibliographe, photographe, restaurateur, technicien de maintenance informatique et audiovisuelle, etc.), en émergence (gestionnaire du public, organisateur des accès documentaires, etc.), très important (par exemple, chargé de recherche ou d’étude en bibliothèque) et d’un répertoire des compétences, point fort pour la connaissance de l’évolution des bibliothèques.

Savoir et savoir-faire

Pour Claude Jolly, de la Sous-direction des bibliothèques, ce recensement va permettre une réflexion sur un meilleur recrutement des personnels, et une amélioration des formations initiale et continue. Fait sur le terrain, et déconnecté de considérations qui pourraient gêner l’analyse pratique professionnelle (statut, organigramme, particularités des établissements...), il est attaché à ce qui est spécifique aux bibliothèques, et donne une nomenclature de trente et un métiers, une analyse des contenus, et un inventaire de trente-deux compétences, des savoirs généraux, spécifiques, des savoir-faire 3. Peut-être peut-on noter une surreprésentation de la dimension technique et professionnelle des activités, les savoir-faire étant privilégiés par rapport aux savoirs. Claude Jolly regrette la mise entre parenthèses de la dimension scientifique des professions des bibliothèques, la mission fondamentale de ces dernières étant en effet liée à la pratique scientifique.

L’inspection générale des bibliothèques, représentée par Denis Pallier, a, parmi ses attributions, l’évaluation, c’est-à-dire le contrôle des établissements et du personnel. Elle est associée au recrutement et à la formation des personnels par sa présence dans des jurys de concours, par exemple... Le recensement pourrait servir à l’amélioration du processus de la notation, ceci avec l’aide du cadre de description d’emploi et la définition du poste, des responsabilités, des compétences, l’expérience et la formation requises. A un niveau plus élaboré, il pourrait être efficace pour cartographier les activités des établissements, faire un bilan des compétences couvertes et des besoins. En ce qui concerne la formation, des prévisions pourraient être établies, par exemple, dans le domaine de l’évolution technique avec les nouvelles technologies.

Denis Pallier remarque l’émergence de nouvelles activités, parmi lesquelles le repérage de l’information (organisateur des accès documentaires...), les acquisitions appliquées à tous les supports, l’organisation et le traitement de l’information numérisée (développeur de collections, développeur des réseaux), la formation des usagers (techniques de repérage, de formatage des documents), les interventions plus fréquentes des professionnels (normalisation, gestion des droits d’auteur, conservation de tous les supports).

Concertation nationale

La Direction du livre et de la lecture (DLL) est prête à s’associer encore plus étroitement à la suite obligée de ce travail, à en étendre l’objet. Il faut, dira Dominique Arot, mettre en place une véritable concertation nationale pour redessiner une profession, conforter une identité collective et mettre l’accent sur les missions de service public.

Pour Christine Girard, de Médiaquitaine, ce recensement est un outil précieux pour les organismes de formation, dont la démarche pourra être modifiée – plus de rigueur, de réflexion, et une remise en question d’idées toutes faites sur les pratiques. Les responsables pourront être incités à réexaminer des questions fondamentales pour la formation continue, à mettre en œuvre des cycles plus complets, à avoir une vision prospective en formation continue.

Au cours de la table ronde de l’après-midi, Jean-Marie Comte (BM de Poitiers), Marie-Dominique Heusse (BIU de Toulouse), Geneviève Boisard (Bibliothèque Sainte-Geneviève), Anne-Marie Bertrand (BPI) et Philippe Bélaval (BNF) salueront la publication de ce document, exercice salutaire pour une réflexion sur le métier. Tous souligneront sa grande utilité pour l’organisation et la gestion du travail, la mise en place de plans de formation – initiale ou continue –, la rédaction de profils de poste, l’identification des personnels nécessaires au fonctionnement d’un service.

Ils exprimeront cependant des regrets devant l’aspect peu approfondi des relations avec le public (les métiers liés aux collections sont mieux traités que ceux liés aux publics), une impression de surdimensionnement des activités, un effet d’émiettement, de parcellisation, et de sous-estimation du poids de l’expérience, de la pratique, de la culture professionnelle...

Tous insisteront sur la nécessité d’une suite à donner, avec par exemple l’introduction d’éléments d’analyse évolutive, de gestion prévisionnelle.

  1.  (retour)↑  Premier recensement des métiers des bibliothèques, op. cit.
  2.  (retour)↑  Les définitions données dans le lexique du recensement sont les suivantes : Métier : maîtrise de savoir-faire particuliers qui peuvent être communs à plusieurs métiers spécifiques. Un métier n’est jamais directement lié à un grade, à un statut ou à un organigramme. Métier spécifique : qui s’exerce dans un domaine de technicité précis. Il correspond à un ensemble de postes dont les activités et les compétences sont suffisamment proches pour être étudiées de façon globale. Métier sensible : qui connaît, ou va connaître, une variation qualitative forte en matière d’activités et de compétences.
  3.  (retour)↑  On constate la place grandissante des savoirs généraux et professionnels – culture informatique générale, connaissance administrative et comptable, connaissance de la valorisation, de la communication. La bibliothéconomie est de plus en plus complexe, de plus en plus de spécialités apparaissent, ce qui pose le problème de l’unité de la profession. Les profils d’agents ressemblent de plus en plus à ceux des ingénieurs, techniciens, administratifs (ITA, ATOS).