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Les Logos des bibliothèques publiques

Marielle de Miribel

La décentralisation a renforcé la volonté des collectivités locales d’affirmer et de faire reconnaître leur identité propre. Ce souci est à l’origine de la multiplication récente des logos. Dans le même temps, les médiathèques et bibliothèques publiques ont cherché à développer, par le biais du logo, l’équivalent d’une « image de marque ».

Actuellement, les logos de médiathèques ou de bibliothèques publiques sont, soit des logos propres à la médiathèque, soit des logos propres à la collectivité territoriale qui les finance (région, département, ville), soit un compromis entre les deux, c’est-à-dire la déclinaison du logo de la collectivité territoriale.

Quel est l’enjeu ? Quand une bibliothèque se soucie d’être représentée par un logo, elle désire se doter d’une image, d’un symbole qui corresponde à sa place dans la ville, à sa fonction, au service rendu. Or, une bibliothèque est un service qui peut être vu sous deux angles différents : un service municipal, dans le cas le plus fréquent des bibliothèques publiques, et un lieu culturel dans la cité. Selon le point de vue choisi, c’est l’identité de la bibliothèque qui est en jeu. Si l’identité de la collectivité locale est forte, la bibliothèque devra se plier à l’identité de la collectivité, et se fondre dans l’ensemble des services municipaux ; à l’extrême rigueur, elle pourra décliner à son profit la charte graphique de la cité. Si la notion de lieu culturel l’emporte, alors la bibliothèque pourra s’inscrire dans une charte graphique propre aux services culturels, ou travailler une charte graphique et un logo, en propre, pour diffuser son image dans la ville et auprès de ses partenaires.

Le choix des représentations

Il est intéressant d’examiner les logos des collectivités territoriales et les domaines de référence sur lesquels porte leur concept visuel. Ceci permet de voir dans quelle mesure les bibliothèques peuvent, ou non, s’inscrire dans les représentations suggérées par les logos et emblèmes choisis par leur collectivité territoriale.

Géographie physique et humaine

Le département étant par essence un territoire, la notion de géographie est la première qui vient à l’esprit, par exemple, les Pyrénées-Orientales où les couleurs choisies sont le bleu de la mer, le jaune des champs et le marron des montagnes.

Certaines régions peuvent s’enorgueillir de leurs traditions architecturales, culturelles, culinaires... qui attirent les populations touristiques, dont les élus sont friands pour des raisons économiques. L’emblème choisi par la ville pour la représenter s’inspire quelquefois des attractions touristiques et des beautés qui contribuent à la fierté de la cité.

Histoire et tradition

De nombreuses villes continuent d’utiliser des armoiries, et apposent leur blason, non seulement sur les édifices publics, mais aussi sur toute leur correspondance administrative, par exemple la ville de Vaires-sur-Marne (Seine-et-Marne) ou de Garches (Yvelines).

Certaines villes adaptent l’ancien blason à une ligne jugée plus moderne, et transcrivent les symboles héraldiques anciens en codes de couleur. Par exemple, la ville de Paris a repris le thème de la nef « fluctuat nec mergitur », mais en a simplifié les lignes, dans une vision aérodynamique et « moderne » du bateau gardé comme emblème, revêtu des couleurs de la ville : rouge et bleu.

La Vendée a repris le symbole historique du Sacré-Cœur de 1793, un cœur surmonté d’une croix comme emblème et signe moderne d’identification, en référence à la Révolution française, marquée en Vendée par la chouannerie. On retrouve ce logo partout, sur les panneaux des agglomérations, sur les plaques minéralogiques des voitures, sur les bouteilles d’eau minérale...

Les considérations politiques

Beaucoup de collectivités locales veulent représenter par le logo l’idée de dynamisme et de renouveau économique. Elles abandonnent leurs anciens blasons, et l’on voit fleurir abondamment des flèches, des segments de droites dynamiques tournées vers le haut, comme référence au futur, sur la surface codifiée qu’est l’espace publicitaire.

On parle aussi beaucoup d’écologie et de respect de l’environnement, symbolisés par la couleur verte. La ville de Saint-Étienne, par exemple, utilise les couleurs bleu-blanc-vert pour se définir, mais non plus se distinguer, car beaucoup d’autres villes ont choisi comme elle ces trois couleurs. Un carré séparé en deux triangles, l’un vert, l’autre bleu, par une ligne blanche médiane qui symbolise la ligne de tramway ; le bleu, comme couleur de la ville, sans doute à cause de la Loire, et le vert pour rappeler orgueilleusement le slogan sportif national « Allez les verts ! ».

Après ce bref regard sur les logos choisis par les villes, on peut se demander si les bibliothèques, service public culturel dépendant de la mairie (pour les bibliothèques municipales), se retrouvent dans ces logos sans grande personnalité, abstraits, dynamiques peut-être, mais de peu de sens pour elles, et n’entretenant souvent que des rapports lointains avec le patrimoine culturel concerné.

Les logos de bibliothèques

La bibliothèque peut être un élément d’une politique culturelle de la ville de trois manières différentes.

La ligne graphique unique

Quand les collectivités locales, par souci de cohésion interne de l’image, imposent à leurs services, et en particulier aux services culturels dont dépendent les bibliothèques et médiathèques, l’utilisation généralisée et exclusive du logo de la mairie ou du département, comment la bibliothèque ou médiathèque peut-elle promouvoir ses services au travers d’un logo à consonance géographique, historique ou politique, sans référence plus approfondie à une quelconque pratique culturelle ?

La médiathèque de Nantes, par exemple, a dû supprimer son propre visuel et aligner sa ligne graphique sur celle de la mairie. Celle-ci, qui depuis 1664, portait « de gueules, à la nef d’or, équipée d’hermines » est actuellement dotée d’un logo en forme d’hexagone et de zigzag, qui, en voulant sans doute évoquer la modernité, suggère aussi les circuits de grande distribution.

Évidemment, chaque bibliothèque cherche à s’adapter aux contraintes graphiques qui lui sont imposées, et l’on peut trouver des exemples d’intégration de la bibliothèque dans la ligne visuelle de la mairie : l’une choisit d’inscrire le logo de la ville dans un livre, l’autre travaille la typographie pour évoquer des livres sur une étagère.

La collectivité adaptée à la bibliothèque

Les marges de possibilité, quoique étroites, sont heureusement existantes : le SAN (Syndicat d’agglomération nouvelle) de Saint-Quentin-en-Yvelines aux couleurs attendues, vert et bleu (vert pour les arbres, et bleu pour le lac), veut voir apparaître son logo partout, de manière exclusive. Mais la médiathèque a su trouver une issue, dans la recherche typographique du nom de « médiathèque » : toute sa charte graphique se décline à partir de caractères typographiques verts et bleus, entièrement originaux, qui offrent à eux seuls un visuel fort pour la seule médiathèque.

Les services culturels de la collectivité territoriale

Si l’on étudie le cas de la médiathèque du Blanc-Mesnil, on voit qu’elle est intégrée, comme de nombreuses autres bibliothèques ou médiathèques récentes, dans un complexe culturel, comprenant, outre la médiathèque, une galerie, un auditorium, une grande salle de spectacle. La charte graphique qui a été conçue pour identifier le Forum culturel du Blanc-Mesnil, dans lequel s’inscrit la médiathèque, travaille donc sur l’ensemble des services culturels rassemblés, et doit, tout en les définissant par une image forte, proposer une déclinaison pour chacun d’entre eux. C’est ainsi que le code couleur a été utilisé de manière signifiante par un bandeau arc-en-ciel, sur lequel chaque couleur représente un service culturel particulier : vert pour la médiathèque, jaune pour la galerie, rouge pour l’auditorium, bleu pour la grande salle.

En pratique, cette signalisation fondée sur la couleur est fort coûteuse, car elle implique pour tout type de relation interne et externe, un visuel nécessitant une quadrichromie. De plus, si tous les documents émis par la médiathèque profitent de la diffusion et de la synergie du Forum, la contrainte d’une ligne graphique haut de gamme sur tous les documents augmente sensiblement le coût de la communication.

L’identification spécifique de la bibliothèque

Certaines bibliothèques ont la chance de posséder un visuel qui leur est propre, et qui leur permet d’exprimer leur spécificité d’institution culturelle au sein de la cité. Certaines choisissent la création typographique, d’autres la représentation du bâtiment qui les abrite, d’autres encore la représentation des collections. En terme d’identification et d’image, quels sont les choix les plus efficaces ?

La création typographique

La bibliothèque, ainsi que la médiathèque, est un lieu où l’on trouve de l’écrit, de l’écriture, des écrivains. Certaines bibliothèques ont donc choisi de faire appel à la création typographique, qui évoque de manière forte le monde de l’écriture et de la création : le logo de la bibliothèque départementale de prêt de l’Ardèche évoque la matérialité des lettres, comme sur des pièces de bois et des jeux de lettres. La lisibilité du logo passe après la sensation quasi tactile de la lettre.

La bibliothèque André Breton d’Aubervilliers est une bibliothèque de la banlieue nord de Paris, dont on pense d’emblée qu’elle est confrontée au problème actuel des « bandes de jeunes » et des graffitis. Le logo qu’elle s’est choisi fait référence à l’écriture d’André Breton, novatrice, mais aussi à la diversité graphique de l’expression des jeunes, aux graffitis : d’où un fourmillement de mots, comme échappés d’un sac de lettres, que chacun peut saisir au vol comme dans une vente à la criée.

Le logo typographique

De nombreuses villes, en rénovant leur logo, mettent en valeur la première lettre du nom de leur ville, traitée comme une lettrine. Des bibliothèques, assez fréquemment, ont suivi la même idée pour se représenter, c’est-à-dire un B pour bibliothèque et un M pour médiathèque. Cette pratique risque de tomber en désuétude rapidement, en raison du foisonnement des supports et des services proposés : D comme discothèque, L comme ludothèque, puis F comme formathèque...

B comme bibliothèque. Les bibliothèques de Besançon par exemple profitent de la synergie du B de Besançon et du B de bibliothèque. A la lettrine originale, qui évoque le graffiti, est associé un carton à dessin qui évoque la création. On remarque que, dans l’inconscient collectif, l’image de la bibliothèque comme lieu mythique gardien des trésors de la création est encore très vivace. Elle reste avant tout un lieu de conservation plutôt que de diffusion du patrimoine culturel.

L’ancien logo de la Bibliothèque nationale, créé en 1987 *, dans sa sobriété de bon aloi, reflète la même idée de conservation, chose naturelle puisque c’est sa vocation. Le B traité en ronde anglaise, classique, ressort sur le N traité de façon neutre, comme une portée musicale qui suggère le Département de la musique.

Parmi les nombreux B que l’on peut rencontrer pour représenter la bibliothèque, on peut citer celui que la Ville de Paris a utilisé dans les années 1980 : le B, traité en rouge et bleu selon les couleurs de la ville, représente une pochette de disque d’où s’échappe un disque noir microsillon, surmontée d’un livre posé sur la tranche. Si le B est visible à première vue, en revanche ses subtilités échappent souvent à l’œil non exercé.

M comme Médiathèque. L’évolution naturelle des bibliothèques fait qu’elles deviennent des médiathèques. Le logo de la médiathèque de Metz, comme celui de la bibliothèque de Besançon, profite de la lettrine de sa ville, mais évoque volontiers un jeu de société, comme le Rubik’s Cube, plutôt qu’un lieu culturel.

La médiathèque de Pierrefitte-sur-Seine, dans un logo assez travaillé, évoque d’un côté la position stratégique de la ville – un pont sur le fleuve –, mais aussi le livre ouvert et la partition musicale qu’on nous invite à découvrir en ce lieu.

Le logo de la médiathèque d’Issy-les-Moulineaux, créé en 1994, est un M en caractère d’imprimerie, dont la moitié gauche est transformée en pixels informatiques. Il est placé sur une feuille de papier déplié, papier à lettre ou grande feuille d’imprimerie, qui pliée en quatre, en huit, ou en douze, donnera un cahier. Cette feuille est elle aussi traitée pour moitié en pixels informatiques. Ce logo exprime clairement la juxtaposition dans un même lieu des supports traditionnels de l’écrit, les livres, avec la consultation sur écran informatique, symbole de modernité. Le problème majeur de ce logo est son traitement en quadrichromie, qui est fort coûteux et rend peu lisible sa transcription en noir et blanc, particulièrement sur les documents multigraphiés.

Le logo de la médiathèque du comité d’entreprise de Renault-Flins à Aubergenville (Yvelines) est une curiosité. Le M qui s’inscrit dans un carré et un cercle est un contorsionniste qui tire la langue sous l’effort, handicapé par ses grandes oreilles, son grand pied et sa grande main qu’il a du mal à insérer dans son cadre. Ce M, signé par Gapus, évoque les adolescents, leur difficulté à vivre en société et leur grand corps maladroit, ainsi que les attitudes de lecture et d’écoute les plus insolites.

La représentation du bâtiment

Quand la bibliothèque est installée dans un bâtiment qui lui est consacré, et si l’architecture de ce bâtiment offre au flâneur une certaine recherche esthétique, des traitements originaux qui mettent en valeur l’édifice public, le logo de la bibliothèque (qui devient alors souvent une médiathèque) peut s’en inspirer. Le logo de la bibliothèque de l’Horloge à Cergy est traité en couleur monochrome bleu turquoise, et représente dans un dessin au trait la façade du bâtiment. Ce logo a la netteté et la précision d’un dessin d’architecte, et l’on s’attend donc, étonné de ne pas la trouver, à voir l’horloge, qui a donné son nom à la bibliothèque.

Le logo de la bibliothèque de Lund, en Suède, évoque plutôt un château de conte de fée ou l’un des châteaux de Louis II de Bavière. Cet effet est rendu par la présence de deux tourelles qui seules représentent le bâtiment, le reste de l’édifice étant proposé à l’imaginaire de l’observateur dont l’œil rétablit de manière quasi automatique l’équilibre. Ces hautes tourelles de facture moyenâgeuse incitent à penser que la bibliothèque est un haut lieu architectural et culturel dans la ville, un point de repère. Le corps de l’édifice, constitué par le groupe de lettres : STADS/BIBLIO/TEKET/LUND, matérialise les différents étages du bâtiment et propose une promenade labyrinthique dans le dédale des lettres.

Le Bateau Livre, médiathèque de la ville de Chambéry, est une autre proposition mythologique. Il évoque l’arche de Noé, où toutes les espèces vivantes étaient rassemblées. C’est un concept tout à fait honorable pour une médiathèque qui se veut lieu de consultation de tous les savoirs, et ouverte au public le plus large. Le logo représente donc une carène de bateau vue de face, mais aussi l’architecture du bâtiment vu d’avion, caractérisé par sa façade arrondie.

La Maison du livre, de l’image et du son, à Villeurbanne, a choisi une charte graphique forte, inspirée elle aussi par l’architecture du bâtiment et son parti pris d’alternance du noir et du blanc. Ce logo, schématique, épuré, est très intellectualisé, et se lit curieusement autant dans le vide, le blanc, que dans les lignes du dessin. En négatif, on devine plutôt une silhouette de pressoir, et sa signification réelle n’est claire que pour ceux qui connaissent déjà le bâtiment.

La schématisation des formes architecturales est présente aussi dans le logo de la médiathèque de la ville de Montélimar. Deux arceaux bleu nuit peuvent évoquer aussi bien un envol de mouettes, qu’un livre entrouvert, ou une architecture métallique. La destination culturelle de l’édifice est fort peu suggérée, et ce logo évoque irrésistiblement celui du Forum des Halles à Paris.

Ces quelques exemples de logos de bibliothèques de lecture publique montrent que si la critique est aisée, l’art est difficile, et qu’un logo doit être non seulement moderne, signifiant, mais aussi efficace. Il doit assurer une relation aussi étroite qu’évidente entre l’objet et sa représentation. Présenter la bibliothèque par son bâtiment est une façon de l’identifier, à la condition que le logo reste facilement déchiffrable sur le plan visuel.

La représentation des collections

Qu’est-ce qui frappe un visiteur pénétrant dans une bibliothèque ? Des livres. Des étagères de livres. Il est, selon les cas et la disposition des collections, submergé, étouffé, ou attiré par ces masses de livres bien rangés les uns contre les autres.

Le contenu des collections

La bibliothèque définit elle-même son image comme un ensemble de livres sur des étagères.

Etagères

Le logo de Médiadix, créé en 1994 par Sylvie Filhol, se lit de face, comme un meuble présentoir à livres, mais aussi de haut, comme l’espace labyrinthique d’une bibliothèque, où le lecteur vaque selon son thème de recherche ou l’impulsion du moment. La bibliothèque n’est pas uniquement un lieu où l’on vient lire, travailler, et emprunter des livres ; c’est aussi un lieu de promenade, de flânerie, un lieu social, et la conscience de cette nouvelle fonction est ici en filigrane.

Le logo du centre de culture et de communication de la ville de Rillieux-la-Pape, « l’espace Baudelaire », a choisi une image claire évoquant son contenu, en opposition à la définition relativement floue de sa dénomination. Des silhouettes de livres, dos assemblés, sobres et anonymes, donneraient une vision assez hermétique du lieu s’ils n’étaient soulignés d’une esquisse de ligne architecturale sur la ligne des dos, attirant l’œil et donnant du sens à l’ensemble. De plus la ligne de ces dos, dessinés au trait sur fond blanc, ressort par contraste sur l’à-plat rouge brique qui les encadre.

En comparaison, le logo de la bibliothèque Louis Aragon à La Garde (Var), paraît plus convivial, mais aussi moins travaillé. Il rappelle à tous les lecteurs potentiels, d’une manière un peu enfantine, que le destin et la félicité d’un livre est d’être lu, et qu’il vous attend avec joie, impatience, et curiosité.

Le nouveau logo de la bibliothèque de Saint-Étienne, nom collectif pour les bibliothèques du réseau, est significatif lui aussi du contenu de l’établissement dont il est l’image. Aux couleurs de la ville, il représente trois livres, alignés tranche de face. Cet aspect du livre est assez insolite, car on range d’ordinaire un livre en laissant visible, non pas la tranche, mais le dos, qui est la protection du livre, et aussi sa carte de visite. Cette représentation non traditionnelle permet un jeu sémantique dans la manipulation des documents qui portent le logo : en effet, dans les documents proposés au lecteur, chaque livre du logo cache dans sa couverture une pliure du document, et ainsi, physiquement, le livre s’ouvre sous la main, et s’offre à la lecture. Comme s’offrent à la lecture, eux aussi, les livres de la bibliothèque.

Livres fermés

Le logo de la bibliothèque de l’Académie nationale de médecine est très sobre et efficace. L’élément principal est le dos du livre ; y figure le caducée, symbole universel de la médecine. C’est un logo non pas de bibliothèque publique mais de bibliothèque spécialisée. Il est quelque peu écrasé par l’intitulé de la bibliothèque, qui brouille le message visuel par son importance et sa longueur.

Les livres fermés sont clos sur eux-mêmes et incitent peu à la rencontre, à la curiosité ; c’est pourquoi on trouve beaucoup plus souvent des livres entrouverts, comme une invitation.

Livres entrouverts

La bibliothèque municipale de Créteil a choisi de jouer sur la taille des objets représentés. On voit les visiteurs entrer dans un livre géant et disparaître entre les pages. Vont-ils un jour réapparaître, et sous quelle forme ? Les suppositions les plus folles peuvent venir à l’esprit de l’observateur qui considère, inquiet, ce monde anonyme et désertique, où s’engouffrer dans le livre est la seule issue.

Le livre du logo de la bibliothèque-discothèque de Saumur met l’accent sur l’aspect quotidien et familier du livre : le voilà, en toute simplicité, devenu sac à provision, ou plutôt poussette, que l’on tire par la croche.

Le logo de la bibliothèque interuniversitaire de médecine présente une autre interprétation du livre associé au caducée : dessiné par André Paris, il trône, royal, au milieu du livre, dont les pages inclinées rehaussent son importance.

Livres ouverts

Les livres ouverts incitent à la lecture. De même que, dans les transports en commun, le journal ou le livre dans lequel est plongé votre voisin attire irrésistiblement votre œil, de même, un livre ouvert attire automatiquement l’œil en son centre par l’effet visuel de la symétrie. Mais sur un logo, c’est-à-dire dans un espace relativement petit, il est difficile d’écrire un texte sur les pages, qui restent donc vides, blanches et anonymes, et renvoient au concept du livre objet.

Les logos représentant des livres ouverts jouent donc souvent sur l’effet de symétrie, et donnent des réalisations très structurées.

La médiathèque Albert Camus à Chilly-Mazarin met en valeur, à côté du livre, et avec la même valeur, le nouveau support informatique de consultation des documents. La représentation au trait, schématique et épurée, donne un ensemble très équilibré et somme toute assez intellectuel.

La bibliothèque d’Antony propose un nouveau logo assez original sur le principe souvent rencontré de la lettrine municipale illustrée. La lettre, A comme Antony, est une Garalde, donc de facture assez classique ; mais la barre du A traitée comme un livre ouvert dont les feuillets s’envolent, incite le lecteur potentiel à la rêverie, tout en rompant la rigidité de la symétrie.

Métamorphoses

Voici une chouette. Cherchez le livre. Dans ce logo de la bibliothèque de Ris-Orangis, l’objet livre et ses aspects multiformes lui permettent toutes sortes de transformations et d’utilisations insolites : le voici employé comme perchoir à chouette, et il est aussi le visage de cette chouette, cette fois-ci ouvert, blanc dans le plumage sombre, et percé de deux yeux ronds en forme de disque.

Un château de cartes peut être aussi un château de livres. La ruche – présente sur le logo de la bibliothèque-discothèque André Malraux, à Maisons-Alfort –, de livres assemblée, induit une idée utilitaire du document, sans doute renforcée par l’image des abeilles virevoltantes, infatigables ouvrières ; leur présence alentour attire l’œil et donne du sens à cette structure de livres, mais elle le détourne aussi du motif principal du logo, la ruche. Telles des mouches du coche, elles agacent l’œil, et nous donnent à penser que les lecteurs que nous sommes ressemblent peu ou prou à ces insectes bruyants.

Le monde de l’écriture

Pourquoi une bibliothèque choisit-elle pour représentation le monde de l’écriture ? Sans doute pour la raison que tous les livres et documents rassemblés sont la mémoire de choses écrites à des époques différentes, antérieures ou contemporaines. La référence au monde de l’écriture induit une notion temporelle, de durée qui se traduit par des références nombreuses au passé. Pour écrire, il faut de quoi écrire, c’est-à-dire du papier et un stylo, et puis aussi un auteur.

Le papier

La bibliothèque départementale des Yvelines, installée à Versailles dans les Grandes Écuries, a choisi une représentation prestigieuse du papier : un fragment de papier reliure à la cuve. Mais pour les non initiés, cette référence culturelle est difficile à décrypter, et l’on peut sans doute lire ce fragment comme une photo de mouvements nuageux prise par satellite, ou le reflet poétique des lumières de la ville au fil de l’eau. Le papier est aussi le papier à lettre, l’enveloppe, écrite à la main à l’encre bleue, comme le logo de la bibliothèque Elsa Triolet à Pantin. Cette enveloppe, timbrée par un livre, où l’adresse est un rébus, est aussi la couverture d’un livre. C’est aussi un rideau de scène devant lequel un pantin s’anime. Qui tire les ficelles ? C’est la question que l’on est amené à se poser, puisque tout dans ce logo, paraît un jeu.

La plume

Si le logo de la bibliothèque Elsa Triolet évoque le porte-plume, et des écrits intimes, on trouve des crayons de couleur, dans celui choisi par la bibliothèque de Vandœuvre. Le crayon, considéré dans sa masse, devient un livre, sur une étagère ; on retrouve cette notion de masse, insolite pour un crayon, dans l’utilisation qui en a été proposée comme pied de table ou de fauteuil dans des créations contemporaines. Cet autre regard porté sur les objets, qui unit dans un même concept des notions sans aucun rapport apparent, permet des créations très originales. Il en est de même du logo de la bibliothèque centrale de prêt de l’Essonne, qui, selon le procédé graphique de Fischer, transforme des livres anonymes posés sur une étagère en plume d’oie, évocatrice de parchemins.

L’auteur parrain

On trouve très peu, sur les logos, de portraits d’auteurs vedettes comme André Malraux, Colette, George Sand, Albert Camus... Sur l’ancien logo de la bibliothèque-discothèque Raymond Queneau, à Juvisy-sur-Orge, l’écrivain est dessiné d’un trait assez insolite. Le graphisme évoque cette technique du motif en relief, le fil passé autour d’épingles piquées le long du trait, ou encore ces jeux où l’enfant doit réunir d’un trait les points numérotés pour découvrir le motif qui y est dissimulé. En tout cas, dans ce logo, nous voyons l’auteur dûment désigné, l’air pensif, dans la représentation même de la création.

La représentation de la lecture

Un des procédés les plus efficaces et les plus couramment employés pour traduire la lecture est le concept de « livre visage », dans lequel le livre est aussi le visage qui le lit : voici quelques exemples de réalisations graphiques utilisant comme figure de style cette syncrasie.

Le livre visage

Le logo des presses du CNRS n’est évidemment pas un logo de bibliothèque, mais il utilise le même procédé, opposant l’écrit et le blanc : le support écrit n’est pas celui auquel on s’attend, en découle un effet de surprise. La pliure du livre devient un profil humain dans le logo du Chèque Lire, et rompt en l’allégeant la symétrie rigoureuse du logo.

Dans le logo dessiné pour la bibliothèque jeunesse Brochant (Paris, XVIIe arrondissement), nous voyons un enfant absorbé, occupé à lire le livre qu’il tient ouvert devant lui. La première de couverture est aussi la reproduction de la porte d’entrée, munie de la serrure symbolique qui donne accès au contenu du livre. Le visage de l’enfant se dessine en réserve sur les feuillets ouverts en éventail, se donnant ainsi l’apparence d’un hérisson.

On peut citer aussi le logo de la bibliothèque municipale de Sannois, qui reprend les mêmes principes et rappelle également les premières affiches du Salon du livre de Paris, où l’on voyait les yeux du lecteur apparaître sur les plats.

Le logo de la bibliothèque municipale de Troyes utilise une autre partie du livre pour représenter un visage. Ce ne sont plus ni les feuillets ni la pliure du livre qui se transforment, mais la tranche du livre refermé, ou encore le dos, dans le cas de la bibliothèque de Givors. Ce dernier évoque un écran informatique sur lequel se profilent des feuillets, ou des ramettes de papier ; les caractères utilisés, disposés comme sur un clavier, renforcent cette idée de l’outil informatique, de plus en plus familier dans les bibliothèques modernes.

Les attitudes de lecture

Ce qui ressort de l’observation des logos de bibliothèques présentant des gens occupés à lire, c’est l’extrême concentration de leur attitude, qui induit un plaisir intérieur, et fournit par l’exemple une excellente publicité pour la bibliothèque concernée : « cette bibliothèque est un endroit où les gens ont plaisir à lire ». Dans quelle attitude les représente-t-on ?

Le logo de la bibliothèque de Villeneuve-d’Ascq représente le lecteur assis, les jambes croisées. La symétrie et la rigueur très travaillées des lignes et des diagonales de ce logo sont atténuées par la présence de motifs ronds, comme la cerise du logo de la ville, ou les grelots du bonnet et des chaussons du lecteur. Est-ce un fou ? Un fou savant qui a la sagesse de lire, et occupe les fonctions du fou du roi. Et dans ce cadre, aux noirs et blancs contrastés, on peut se croire aussi sur un plateau de jeu d’échecs, aux quatre coins duquel se trouveraient les quatre fous.

Dans deux logos fort semblables, on voit un lecteur confortablement installé dans l’épaisseur d’un gros livre qui lui sert de fauteuil. L’un est en tenue de ville, chaussures au pied, comme dans une rame de métro ou un autobus, l’autre est en pyjama, le cheveu en déroute, prêt à se coucher. Le premier est le logo de la bibliothèque de Moissy-Cramayel (Seine-et-Marne), l’autre est une illustration de Dobritz pour le journal La Croix du 23 mars 1994. L’un et l’autre présentent l’acte de lecture comme un moment de détente, hors des préoccupations ordinaires.

L’animal lecteur

Les hommes ne sont pas seuls à lire, les animaux le font aussi. C’est un thème souvent utilisé pour amener les enfants à la lecture, à l’âge où l’identification à l’animal est très forte. Ces logos attirent la sympathie spontanée des jeunes lecteurs, et ne sont utilisés que pour des bibliothèques spécialisées pour la jeunesse.

Les bibliothèques ou médiathèques désireuses de se doter d’un logotype ont à concilier des logiques internes souvent contradictoires. Devant le concept prioritaire qu’elles veulent illustrer – la promotion du livre et de la lecture dans un lieu culturel – elles rencontrent les logiques municipales fortes qui considèrent avant tout la bibliothèque comme un service municipal, et attendent une adhésion sans murmure à la ligne graphique choisie pour la ville.

Le logo choisi représente un compromis, un choix entre plusieurs positions culturelles et politiques : au carrefour entre la prise de conscience des principes de marketing culturel, de l’importance de la ligne et de la charte graphique comme élément noble d’identification, et de la volonté de la mairie de marquer fortement son image sur tous ses services municipaux, culturels et autres.

On voit que face à ces contradictions, les bibliothèques ne manquent pas d’initiative. Cherchant toujours à innover, elles font preuve d’une grande richesse d’imagination dans les thèmes abordés, et d’une vaste créativité dans l’exécution.

Mars 1995

  1.  (retour)↑  Voir à ce sujet l’article de Marie-Thérèse VARLAMOFF et d’Emmanuelle GIULIANI « Recherche image désespérément », Bulletin d’informations de l’association des bibliothécaires français, n°140, 1988, p. 28-33.