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Prytherch Ray

Information Management and Library Science

A Guide to the Literature

Hants : Gower, 1994. – VII-323 p. ; 24 cm. ISBN 0-566-07467-2

par Thierry Giappiconi

La littérature sur le management des bibliothèques est devenue si abondante qu’un guide ne pouvait être que le bienvenu. Ray Prytherch a le mérite de s’être attelé avec persévérance à cette lourde tâche. Son Information Management and Library Science : A Guide to the Literature constitue la troisième édition d’ouvrages précédemment parus en 1985 et en 1987 sous le titre Sources of Information in Librarianship and Information Science.

À travers le management de l’information, Ray Prytherch entend traiter, non seulement des bibliothèques, mais aussi de ce qui, de façon plus large, concerne la technologie, les techniques et les aspects stratégiques relatifs à l’acquisition, l’organisation, la récupération et l’exploitation de l’information sous ses diverses formes.

Une production anglo-saxonne

La littérature professionnelle sur l’information est en plein développement. L’essentiel de la production semble à l’auteur presque exclusivement anglo-saxonne. L’Inde, la Scandinavie, l’Afrique du Sud, l’Autriche et la Nouvelle-Zélande constitueraient des gisements importants. Mais cette production est faite, même dans ces cas, de publications en anglais.

Les thèmes traités privilégient la connaissance de l’environnement économique et technique du monde de l’information et des bibliothèques. Ils posent le problème des implications des mutations rapides de ces dernières années sur les évolutions du métier. Le management et l’innovation technique sont ainsi l’objet de nombreuses publications. Certaines font le point sur les innovations ou les tendances dominantes, d’autres tentent de proposer des stratégies nouvelles mieux adaptées aux exigences de l’heure.

Qui sont les auteurs, qui les publie, et quel crédit peut-on apporter à ces publications ? Un chapitre est consacré au rôle des organisations professionnelles institutionnelles ou associatives ; un autre donne la liste des revues considérées comme essentielles. Prytherch remarque que 65 % de la littérature provient du milieu universitaire ; des bibliothécaires, bien entendu, mais aussi des enseignants, chercheurs et étudiants en bibliothéconomie. Cette dernière origine explique sans doute le caractère académique d’une grande partie de la production, où quantité semble ne pas toujours rimer avec qualité. Écrirait-on par obligation, pour conforter une position professionnelle ou au contraire en conquérir une ?

Plusieurs auteurs cités remarquent la banalité, le caractère rituel, mais aussi le manque de clarté des articles. Écrit-on même si l’on a rien à dire ? Dans sa chronique anticonformiste du Library association record, Edward Dudley n’hésitait pas en 1991 à relever, avec une ironie très britannique, que « la publication d’un article ne démontre souvent rien d’autre que la capacité d’écrire sur un sujet de moindre importance avec un manque total d’élégance et sans égards pour les travaux précédemment publiés ».

Un ouvrage de référence

Ces critiques montrent que le monde anglo-saxon des bibliothèques sait ne pas être dupe de ses travers. Ce qui est, somme toute, signe de santé et ne doit pas nous conduire à des jugements trop rapides ; les apports récents de la bibliothéconomie, notamment anglais et américains, sont réels. Il convenait cependant de les dégager du gros de la production. A cette fin, une sélection d’écrits récents, dont on peut penser, après ces réserves, qu’ils échappent à des défauts dénoncés avec si peu de complaisance, sont analysés dans de brefs résumés rapidement et facilement lisibles par un bibliothécaire français saturé de travail, et modérément anglophone.

L’ensemble constitue pour la bibliothèque du bibliothécaire un très utile ouvrage de référence. Outre son rôle de synthèse, il fait fonction d’annuaire. C’est ainsi qu’il recense les coordonnées des principales revues spécialisées, et celles des organismes professionnels. Un index répertoriant les thèmes, les noms des personnes des institutions et des publications mentionnées dans l’ouvrage rend l’ensemble aisément maniable.

Une vision partielle

La littérature professionnelle évolue si vite et se révèle si abondante, que l’on peut, cependant, craindre que ce guide n’en donne qu’une vision insuffisante et déjà partiellement dépassée.

Insuffisante, car bien qu’il soit incontestable que la littérature anglo-saxonne occupe une place de choix, il est manifeste que l’auteur ne prend en compte que la littérature écrite ou traduite en anglais. C’est faire là peu de cas de la littérature scandinave, allemande, et française, loin d’être quantitativement négligeable, et porteuse d’approches originales. C’est ignorer la littérature de l’Europe de l’Est, en pleine ébullition qui, révélatrice des stratégies suscitées par des circonstances qui oscillent entre péril et naufrage, peuvent éclairer bien des discours élaborés dans des circonstances meilleures.

Partiellement dépassée, car on peut par exemple s’étonner de ne pas voir traiter, comme telle, la littérature sur l’évaluation autrement que sous l’angle des statistiques. Ce thème est pourtant en Grande-Bretagne même un sujet majeur, largement exploré par nos collègues d’outre-Manche et d’outre-Atlantique et plus généralement par le monde des bibliothécaires occidentaux.

Il ne faudrait cependant pas pour autant dénier à cet ouvrage ses évidentes qualités (franchise, maniabilité...), et son éminent mérite, celui d’exister. Reconnaissons en outre que la tâche était lourde et rendue difficile par le mouvement rapide de l’environnement et des mentalités. Tirons donc partie, sans faire la fine bouche, du meilleur des ressources de ce livre qui constitue une utile introduction à la connaissance de la littérature bibliothéconomique anglo-saxonne.