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Dictionnaire mondial de la bande dessinée

éd. par Patrick Gaumer et Claude Moliterni. Paris : Larousse, 1994. – 682 p. – [64] p. de pl. en coul. : ill. ; 29 cm. ISBN 2-03-523510-3 : 315 F

par Jean-Pierre Brèthes

Depuis plus d’un siècle et demi désormais que la bande dessinée figure dans le panorama des genres littéraires et artistiques (Histoire de M. Jabot, Rodolphe Töpffer, 1833), il est nécessaire de faire périodiquement le point sur les connaissances, les nouvelles perspectives, les évolutions et points de vue sur ce genre hybride, qui fait appel aussi bien à l’écrit qu’au graphisme.

Malgré des qualités certaines, les précédents dictionnaires étaient trop restreints 1 ou avaient besoin d’une mise à jour 2. Sans les éliminer, ce nouveau dictionnaire produit par Larousse, les complète.

Auteurs, sujets, supports

Les auteurs de ce Dictionnaire mondial de la bande dessinée ont tenu à marquer, dès le titre, la mondialisation du phénomène, en présentant dans un seul ordre alphabétique 1 800 entrées (sur trois colonnes), de quatre types différents :

– les « acteurs » (et non pas auteurs) de la bande dessinée, classés à leur nom de famille ou pseudonyme : dessinateurs, scénaristes, éditeurs, animateurs de magazines, fanzines 3 et rencontres ;

– les « sujets », héros ou noms de séries, classés au prénom (ex. : Bibi Fricotin, classé à Bibi) ou au nom sous lequel ils sont connus (titre de la série). Un personnage peut devenir série, ainsi Astérix. Dans ce cas, il est écrit en italique dans le corps de l’ouvrage quand il est question de la série, alors qu’il est écrit en caractère normal quand on parle du personnage. Les adaptations de noms étrangers font le plus souvent l’objet d’un renvoi : Bicot, voir Winnie Winkle. Les noms de série peuvent parfois ne pas avoir trait aux héros : 13 rue de l’espoir, par exemple ;

– les supports, si importants pour le développement du genre : revues, classées à leur titre, mais aussi associations (tel le CELEG, Centre d’études des littératures d’expression graphique, présidé par Francis Lacassin 4, qui fit beaucoup dans les années 60 pour la reconnaissance éclatante du genre) et revues d’études de la bande dessinée (Cahiers de la bande dessinée ou Phénix par exemple) ;

– les termes spécifiques et techniques, en français (bande complémentaire, planche, phylactère, etc.) ou en anglo-américain (comics, daily strip, syndicate, etc.).

Une entrée, une fiche technique

Chaque entrée fait l’objet d’une fiche technique indiquant sa nature (personnage, scénariste, hebdomadaire, terme technique, association, etc.), sa chronologie (apparition et disparition du personnage ou de la revue, dates d’un auteur, etc.), sa nationalité. La fiche technique est suivie d’une notice de longueur variable qui renseigne sur l’histoire ou le contexte, donne des éléments biographiques, bibliographiques, étudie éventuellement le style. Les œuvres citées sont signalées en italique. Un astérisque, placé après un mot, indique que ce mot fait l’objet d’une entrée spécifique et joue de ce fait un rôle de renvoi.

Une notice sur deux en moyenne 5 est illustrée plein texte. Mais ce sont les huit hors-textes en couleurs qui dressent le panorama historique et vivant de la bande dessinée. On passe ainsi des pionniers (1933-1980) à l’âge adulte et aux nouvelles tendances (1980-1994) par six tranches chronologiques qui résument l’histoire de la bande dessinée, des deux côtés de l’Atlantique : les fondateurs (1902-1928), l’âge d’or du comic strip (1929-1939), la bande dessinée moderne en Europe (1929-1944), classicisme et innovation (1944-1958), en route vers le 9e art (1959-1968), de nouvelles expériences (1969-1979). Le choix d’illustrations caractéristiques, sans être d’une originalité extraordinaire, fait judicieusement la part entre connu, le plus souvent (de La famille Fenouillard à Lucien, côté français, de Yellow Kid à Maus, côté américain) et découvertes, de temps en temps (Alley Oop, d’Amlin, Sidonie en vacances, de Marijac ou Pour Vanity, de Mattotti).

À côté de l’absence étonnante de certaines entrées, notamment celle du CNI (Centre national de l’image, à Angoulême) ou du Salon de la bande dessinée, toujours à Angoulême, ou des entrées aux noms de pays, pour faire le point sur leur production, on peut regretter que la majeure partie des entrées auteurs et personnages soient essentiellement descriptives ou historiques, et finalement assez peu critiques : ainsi l’article Astérix ne donne aucune idée de la faiblesse grandissante des derniers albums. On regrettera surtout qu’il n’y ait presque pas de renvois, aucun index, ce qui gêne considérablement, puisqu’on ne peut pas chercher à partir d’un titre ou d’un auteur qui n’ont pas d’entrées, alors qu’on peut pourtant, ici ou là, parler d’eux. De même, il n’y a pas de bibliographie générale. Le dictionnaire d’Henri Filippini qui, lui, offre index et bibliographie, rendra donc encore bien des services.

Pourtant, les amateurs seront ravis de trouver des renseignements parfois détaillés sur leurs héros, leurs revues (anciennes surtout) ou leurs auteurs préférés. A ce titre, cet ouvrage a sa place parmi les usuels en bibliothèque ; il complète le BDM-Trésor de la bande dessinée 6 comme outil permettant de faire le tri en matière de conservation et d’éliminations.

  1.  (retour)↑  Ainsi 400 entrées seulement pour l’Encyclopédie des bandes dessinées, dir. par Marjorie Alessandrini, Paris, Albin Michel, 1986.
  2.  (retour)↑  Henri FILIPPINI, Dictionnaire de la bande dessinée, Bordas, 1989.
  3.  (retour)↑  Un fanzine est un magazine fondé par un fanatique du genre, souvent non-professionnel, magazine à la périodicité souvent irrégulière. On trouve des fanzines en particulier dans des domaines paralittéraires comme la science-fiction, le polar ou la bande dessinée. Un article fanzine figure dans le présent dictionnaire.
  4.  (retour)↑  Francis Lacassin, qu’on pourrait définir comme un polygraphe, et dont on connaît le goût éclectique pour toutes sortes de littératures – de Stevenson à Jack London, qu’il réhabilita dans la collection 10/18, en passant par Gustave Le Rouge et Gaston Leroux – fut l’auteur très remarqué en 1971 de Pour un neuvième art, la bande dessinée, qui reste encore aujourd’hui un ouvrage de référence.
  5.  (retour)↑  Ce qui semble nettement insuffisant pour un ouvrage de ce type : la bande dessinée ne se conçoit et n’existe que comme une littérature graphique. L’absence d’illustrations extraites de l’œuvre, dans les articles concernant un auteur ou un personnage, ne permet pas de s’en faire une idée, ce qui est tout à fait regrettable. De ce point de vue également le dictionnaire d’Henri Filippini était mieux réalisé.
  6.  (retour)↑  BDM-Trésor de la bande dessinée, Paris, Ed. de l’Amateur, 1994.