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The New University Library

Issues for the '90s and beyond. Essays in Honour of Ian Rogerson

ed. by Colin Harris. Los Angeles, CA ; London : Taylor Graham, 1994. – 131 p. ; 23 cm. ISBN 0-947568-64-6

par Yves Desrichard

Les essais réunis dans ce court volume l’ont été à l’occasion du départ en retraite de Ian Rogerson, qui fut pendant plus de vingt ans librarian au sein des bibliothèques universitaires de Manchester, y occupant des fonctions diverses jusqu’à parvenir aux plus hautes. Les auteurs ont tous été, de près ou de loin, des collaborateurs de Ian Rogerson, mais, par-delà l’hommage obligé à leur collègue, ils ont su chacun apporter en quelques pages une masse d’informations sur les bibliothèques universitaires anglaises.

Une douzaine d’interventions pour un ouvrage d’une centaine de pages ne laisse pas à chacun le loisir d’explorer de manière approfondie les sujets traités. Cette contrainte est plutôt un avantage pour le lecteur français, qui n’a pas forcément besoin d’informations détaillées sur tel ou tel établissement, mais plutôt d’indications générales et de comptes rendus succincts. Elle est, par ailleurs, largement compensée par la bibliographie jointe à chaque article – ce qui permet de souligner une fois de plus que nos collègues anglais ou américains, sans pour autant se limiter à un travail de compilateur, prennent avec constance le soin de lire et d’utiliser ce qui existe déjà sur les sujets traités, tout en ayant le scrupule de citer leurs sources, et non de les piller : il est vrai que la littérature professionnelle outre-Manche et outre-Atlantique est, en quantité, sans commune mesure avec celle que l’on peut trouver en France.

Diversité

Si certains articles sont d’un intérêt plutôt anecdotique, ou intimement liés à l’activité passée de Ian Rogerson, d’autres en revanche ont une portée plus générale, et donnent envie d’en savoir plus sur les sujets traités. Ainsi des méthodes de prévention des inondations, incendies et autres catastrophes qui peuvent guetter nos bibliothèques, même si l’auteur se limite à analyser les catastrophes naturelles, excluant ainsi d’autres causes parfois tout aussi importantes...

Ainsi des « convergences » qui peuvent exister, au sein d’un établissement universitaire, entre l’équipe de la bibliothèque et celle du centre informatique. Si les années qui viennent verront (peut-être) la fusion de réseaux jusque-là strictement séparés, comme la micro-informatique, la téléphonie et la télévision, les « fusions » entre bibliothécaires et informaticiens semblent, pour l’auteur, plus problématiques, même si des expériences sont en cours. Différences de culture, d’approche des problèmes, voire de salaires ou de conditions de travail (où l’on retrouve le pragmatisme anglo-saxon, et l’art de ne pas éviter les questions gênantes !) freinent pour l’instant de telles évolutions : il est en tout cas significatif que la question soit posée, ce qui traduit de profondes mutations du travail en bibliothèque universitaire.

Gestion documentaire, administrative et humaine

D’autres articles rappellent que le new university librarian a et aura quand même à gérer avant tout des collections de documents papier, et que l’importance de l’« IT » (pour information technology) ne doit pas faire oublier que, dans la formation initiale des bibliothécaires, la gestion de ce type de documents doit demeurer un des fondements pédagogiques, au risque de paraître rétrograde ou conservateur.

En revanche, il serait bon d’initier plus activement les responsables d’établissement à la gestion administrative et comptable de leur bibliothèque et, surtout, à la gestion humaine : sur ce point (et Ian Rogerson semble l’avoir vérifié tout au long de sa carrière), les méthodes du type de l’analyse transactionnelle, si elles peuvent être utiles, ne doivent pas éclipser le simple bon sens, voire des pratiques plus radicales... que le titre d’un chapitre, « Shouting and interpersonal skills training », quoique peu traduisible, résume à merveille...

Car l’humour anglais n’est pas absent de ce petit ouvrage, où un chapitre se penche, une fois de plus, sur l’image des bibliothécaires, pour conclure que, souvent, ils ont d’eux-mêmes une image plus dévalorisée que celle qu’ils donnent à l’extérieur, ce qui est plutôt encourageant... Pour autant, quelques appréciations glanées dans les salles de lecture laisseront chacun accablé ou ravi, selon son humeur, ainsi de : « Ils (ou elles ?) sont vieux et assis derrière des bureaux », ou « Ils semblent faire quelque chose, mais quoi, je ne sais pas trop , et enfin, la plus terrible de toutes sans doute : « Ils ressemblent à des bibliothécaires ».