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L'électronique au service des bibliothèques

L'exemple de la British Library en 1992-1993

Pierre-Marie Belbenoit-Avich

Il ne s'agit pas ici de décrire à nouveau l'aspect, le fonctionnement ou le devenir de la British Library et en particulier du Document Supply Center, mais de voir comment ce dernier organisme a intégré les nouvelles fonctions électroniques pour s'adapter aux courants qui agitent le monde de la fourniture de documents, autrement dit du prêt entre bibliothèques. Il est en effet évident que les grands centres internationaux fournisseurs de documents ne peuvent plus fonctionner selon le seul mode traditionnel qui est le nôtre depuis si longtemps. La concurrence se fait trop rude et beaucoup de nouveaux venus dans ce secteur d'activités sont capables de fournir des articles - scannérisés au préalable - dans un délai souvent inférieur à 24 heures, et cela sur des canaux plus rapides que la voie postale.

Les lignes qui suivent vont donc traiter brièvement de deux facettes : d'une part les nouveaux services électroniques offerts par la British Library à ses usagers, d'autre part les liens créés entre elle et d'autres services fournisseurs de documents de façon à encore accroître ses services, en terminant par un bref commentaire sur les résultats.

Un accès plus simple à l'information

Depuis plusieurs années, le support CD-Rom a été utilisé par le British Library Document Supply Center (BLDSC) pour ses catalogues de livres, de périodiques et enfin de congrès auxquels sont venus plus récemment s'adjoindre plusieurs nouveaux produits : Inside Conferences qui reproduit les tables de matières de tous les congrès, conférences, symposiums acquis par le BLDSC soit 500 000 annuellement, mais aussi Inside Information qui fournit les tables de sommaires des 10 000 titres les plus fréquemment demandés, ce qui représente jusqu'à présent près d'un million d'articles. Et pour rendre ses services plus attractifs et développer la demande, Inside Information a été mis également en ligne sur le serveur Citadel, qui appartient au groupe nord-américain Research Libraries Group. L'information y est donc fournie très rapidement et a pour but de susciter une demande accrue de photocopies. Disons à ce sujet que les bibliothèques américaines qui font partie de RLIN (Research Libraries Information Network) ont, après paiement d'un forfait, accès illimité à Inside Information en ligne ; cette dernière application jouant ainsi à l'évidence à fond son rôle de stimulus.

Autre service également disponible sur CD-Rom : le Patent Express Service. Installé sur un ensemble de dix juke-box contenant chacun jusqu'à 100 CD, il permet de fournir les brevets à la demande. Il existe depuis juillet 1993. Il s'agit d'une fourniture assez révolutionnaire pour ce type de documents et le DSC envisage de fournir à court terme 600 000 documents de cette manière. A plus longue échéance, les utilisateurs pourront envoyer leur commande directement par voie électronique et recevoir les copies par fax, cette procédure devant à terme, réduire l'intervention humaine dans la perspective d'une fourniture des documents directement sur Internet.

Enfin, le catalogue général de la British Library est déjà, du moins en partie, disponible sur OPAC (Online Public Access Catalog), comme il l'était depuis plusieurs années sur le serveur Blaise. Il contient dès à présent les références des livres publiés depuis 1974 soit 1,5 million de notices sur les 6 millions de titres possédés par la bibliothèque nationale britannique. L'installation de cet OPAC, de même que le système de recherche automatique de livres à Saint-Pancras a été rendu possible grâce à un don de matériel informatique pour une valeur d'un million de livres par Digital Equipment.

Enfin, et ceci nous amène à la question de la fourniture même de documents, le BLDSC étudie la scannérisation du texte intégral de 50 périodiques. Après avoir réglé les problèmes juridiques, il s'agit de venir à bout des questions techniques. Ceci sans parler d'Adonis *, qui en est à sa deuxième génération et contient un nombre de titres encore plus grand.

Un partenariat en plein développement

Mais la British Library ne se contente pas d'utiliser les nouveaux supports électroniques pour sa propre infrastructure ; depuis peu elle s'engage étroitement dans des alliances avec d'autres nouveaux fournisseurs de documents. Il est bien certain, en effet, que l'exclusivité des bibliothèques en matière de fourniture d'articles appartient au passé. Le temps n'est plus où le chercheur ne pouvait que s'adresser à la plus proche bibliothèque municipale ou universitaire s'il voulait telle ou telle photocopie.

De nouveaux venus sont présents avec qui il faut réellement compter tant leurs prestations sont appréciées des utilisateurs : que ce soit les agences d'abonnements ou des centres purement électroniques tels OCLC, Carl, etc. Le BLDSC s'est donc tout d'abord associé avec l'agence d'abonnements Ebsco désireuse d'élargir ainsi ses services. Elle va diffuser auprès de ses clients les tables de sommaires de près de 10 000 titres de périodiques reçus au DSC. On a vu que cette application existait aussi sur CD-Rom, sous le nom de Inside Information. Les clients de Ebsco auront cette information en ligne sur le réseau électronique Ebsconet. Ils auront naturellement accès également à l'ensemble des collections du DSC, y compris les ouvrages. Ce dernier y trouve ainsi un moyen important de stimuler la demande.

En 1993, le BLDSC s'est également associé avec OCLC. OCLC n'est pas seulement une base de catalogage mais aussi un moyen d'obtenir des copies de documents, ceci grâce à des bases variées dont on ne citera que ArticleFirst et Proceedings-First qui permettent de demander des reproductions d'articles ou des extraits de congrès. L'utilisateur peut sélectionner les fournisseurs qu'il veut utiliser. L'accès aux collections du DSC s'en trouve là aussi non seulement mis en valeur mais encore favorisé et simplifié. Enfin, on mentionnera la participation active du BLDSC aux projets européens ION (associations des systèmes de prêt entre bibliothèques britanniques, français et hollandais) et Edil (qui vise à fournir par voie électronique les documents).

Il n'est pas inutile de souligner, en terminant, comme cet effort - retracé ici brièvement - a été fructueux pour la British Library. Malgré la crise économique qui aurait pu restreindre l'utilisation d'un centre assez onéreux, le nombre des demandes reçues au DSC a encore augmenté de plus de 3 % en 1993 avec près de 26 % en provenance de l'étranger. La quasi-exhaustivité de ses collections, la rapidité et la qualité de ses services font que notre pays, en particulier, devient toujours plus dépendant de la British Library : en 1992, le nombre des demandes qui lui avaient été envoyées de France avait augmenté de 40 % en un an, en 1993 par rapport à l'année précédente il a encore crû de 60 % avec plus de cent utilisateurs nouveaux. S'il en était besoin, cela témoigne bien de l'intérêt que peut trouver le chercheur, en particulier - mais pas seulement -, du secteur industriel, financier, juridique... dans les nouvelles voies électroniques d'accès à l'information.

  1.  (retour)↑  Rappelons - pour mémoire - qu'Adonis est un système offrant sur CD-Rom le texte intégral de plusieurs centaines de titres scientifiques et médicaux.