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Yves Chevrel

L'Étudiant chercheur en littérature

Paris : Hachette supérieur, 1992. - 159 p. ; 23 cm.
ISBN 2-01-017129-2

par Francis Marcoin

Quand de plus en plus d'étudiants se dirigent vers des 3e cycles, un tel guide pratique se révèle fort utile, d'autant que, par voie de conséquence, beaucoup d'entre eux se trouvent éloignés des grands centres de recherche, où l'information est plus facile à obtenir. Encore l'accès aux documents ou aux outils ne se révèle-t-il pas toujours limpide là où ils existent. Mais la recherche ne se limitant pas à « un parcours même initiatique, dans une bibliothèque ou à l'apprentissage du maniement d'un ordinateur », Yves Chevrel entend poser la question de cette recherche elle-même, question délicate en ce qui concerne la littérature. Il n'y répond pas par une définition, car le recours au terme maintenant usuel de « littérarité » - ce qui fait d'une œuvre donnée une œuvre littéraire -, s'il donne un objet à « la science littéraire », laisse intact le problème. Ce qui nous est présenté ici pourrait plutôt être vu comme une chaîne d'actes intellectuels qui permettent une recherche : détimitation d'un corpus, décrite de manière très empirique et pour cela très suggestive, problèmes de méthode (quel type d'étude choisir : générique ou réception des textes...), établissement du texte de référence (qu'est-ce que le « texte original », « le texte définitif » ?). On trouvera des exemples éclairants. Ainsi, pour cette dernière question : quelle version retenir des pièces que Corneille a sans cesse remaniées ? Mais ce choix ne peut se faire dans l'absolu. Si l'on étudie le rôle joué par le roman de Goethe, Les souffrances du jeune Werther, dans l'Europe de la fin du XVIIIe siècle, il faut savoir qu'on l'a longtemps lu dans sa première version, non définitive.

Des principes de travail

Sont donnés également des principes de travail : ce que c'est que travailler de première main, ce que sont les scrupules du chercheur tant à l'égard de son objet qu'envers ceux qui l'ont précédé. Est rappelée, peut-être trop rapidement, la dimension de la sociabilité, qui implique qu'on connaisse la communauté scientifique et qu'on s'y fasse connaître, non seulement pour des raisons stratégiques de carrière mais pour un meilleur avancement des travaux.

La partie pratique porte sur l'établissement de fiches, les prises de notes, et surtout sur les références documentaires, tant à propos des orientations critiques que des bibliographies, des outils informatiques, des banques de données comme Frantext (qui présente environ 3 000 œuvres complètes de quelque 900 écrivains). Le tout se signalant par sa clarté, tant dans les éclairages portés sur tel ou tel problème que dans le système des renvois qui permet un repérage commode.

Une autre idée du travail en littérature

Tel quel, ce guide peut intéresser, outre le public ciblé, les responsables de bibliothèques et des centres documentaires à qui il permettra de faire l'évaluation de leurs ressources, mais aussi tout étudiant nouveau, désireux de se faire une idée plus précise de son domaine de travail. Enfin l'enseignant-chercheur ne manquera pas de glaner ici ou là une information très suggestive. Mais on trouvera aussi quelque chose de plus qu'un guide, une certaine idée du travail en littérature, très significative du climat actuel : très grand souci de méthodologie, lié à la rigueur, à l'honnêteté intellectuelle, qui conduit à mettre en avant « l'organisation du corpus » et à moins parler de l'interprétation. Par là même ce livre est significatif d'une évolution par rapport au début des années 70, où l'on mettait sans doute plus en avant la démarche spéculative et l'invention critique, en faisant quelquefois l'impasse sur les techniques et les méthodes de recherche, du moins sur leur transmission.