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La Bibliothèque nationale et universitaire de Sarajevo

Suada Tozo-Waldmann

La guerre qui sévit en Bosnie-Herzégovine a porté de terribles dommages à tous les domaines de la vie humaine, plus particulièrement aux institutions culturelles, scientifiques et éducatives. Parmi celles-ci de nombreuses bibliothèques (bâtiments et annexes) et tout leur matériel technologique (infrastructure informatique : ordinateurs, bases de données, équipements de reprographie et micrographie, télécommunications, documentation concernant les projets, documentation professionnelle) ont été complètement détruits ou sévèrement endommagés.

A Sarajevo, les plus grandes pertes ont été infligées à l'Institut d'études orientales et à la Bibliothèque nationale et universitaire de Bosnie-Herzégovine. L'Institut d'études orientales qui contenait des incunables et les plus importants périodiques bosniacoherzégoviniens a complètement disparu dans le feu. Depuis le début de cette guerre, c'est-à-dire dès le 6 avril 1992, la Bibliothèque nationale et universitaire a été continuellement et systématiquement exposée aux tirs de missiles inflammables venant du front serbe situé sur les collines autour de Sarajevo. Pendant la nuit fatale du 23 au 24 août 1992, un feu dévastateur a ravagé la bibliothèque. Le vieux centre de la ville, construit au XVIe siècle, a eu le même destin. De plus, la bibliothèque a été pillée par des individus déguisés en militaires.

Comme l'écrit Le Monde dans un article paru le 28 août 1992 :

« Les Serbes s'attaquent à tous les symboles de la ville. Tout autant que les morts et les blessés, c'était la destruction de la Bibliothèque nationale qui affectait les habitants, spectateurs impuissants de la disparition de leur patrimoine. Ancien hôtel de ville au temps de l'empire austro-hongrois, cet élégant bâtiment du style néo-mauresque, reconverti en bibliothèque universitaire et siège de l'Académie des sciences, a été, une bonne partie de la journée, la proie des flammes, qui projetaient dans le ciel les cendres de milliers de livres en train de brûler. Malgré leurs efforts, les pompiers, sans pression d'eau, n'ont rien pu faire. D'autant qu'ils ont été de nouveau bombardés alors qu'ils tentaient de sauver ce qui pouvait l'être ».

L'incendie a littéralement fait imploser le bâtiment de la Bibliothèque nationale et universitaire de Bosnie-Herzégovine (l'ancienne mairie). Tous les ouvrages placés dans les étages supérieurs ont disparu. Seules les collections conservées ailleurs et mises à l'abri auparavant ont échappé à la destruction.

Le feu a complètement ravagé la salle de lecture autrichienne, le bureau du Centre britannique, tous les ouvrages entreposés dans les salles de lecture publiques, les œuvres littéraires rassemblées pour les séminaires d'études slaves, la collection en langue hébraïque, les ouvrages publiés en braille, les ouvrages de référence (bibliographies, encyclopédies, dictionnaires, biographies, etc.), le département musical, les publications scientifiques et professionnelles ainsi que les manuels de langues étrangères, des parties de collections d'ouvrages et de périodiques venant des pays slaves du sud, des collections importantes de journaux, magazines et revues de Bosnie-Herzégovine, les monographies d'art et toute la technologie informatique et reprographique.

Les habitants de Sarajevo avaient entrepris de sauver des livres de la bibliothèque et de les entreposer chez eux (nous avons appris récemment qu'ils s'en servent pour faire du feu, pour s'alimenter, se chauffer ou éventuellement construire des abris).

D'après Mme Azra Kadic, bibliothécaire employée à la mosquée d'Husreff Bey, la plus ancienne bibliothèque de Sarajevo, celle-ci n'a été que légèrement endommagée. Son directeur avait faussement annoncé à la télévision que les trésors qu'elle contenait avait été transférés dans un endroit sûr. C'est pourquoi les Serbes ne se sont pas acharnés à la détruire.

Avant la guerre

La Bibliothèque nationale et universitaire de Bosnie-Herzégovine a été fondée en mai 1945, comme la Bibliothèque nationale centrale des Musulmans, Serbes, Croates et Juifs. Les buts de la bibliothèque sont d'acquérir, d'entreposer et d'utiliser la documentation provenant des pays des Slaves du sud et autres pays. A partir de 1949, année de la création de la Bibliothèque universitaire, la Bibliothèque nationale a fonctionné comme une bibliothèque universitaire et de recherche. C'était également le principal dépôt légal de Bosnie-Herzégovine. L'héritage littéraire et scientifique d'auteurs bosniaques et herzégoviniens était écrit en langues slaves, en turc, en arabe, en perse, en hébreu, en espagnol, en allemand, en italien, en russe. Cet héritage riche et protéiforme représente d'une façon spécifique et originale la rencontre, l'interpénétration et le choc de cultures qui ont existé pendant des siècles sur le territoire de Bosnie-Herzégovine, à la frontière entre l'Est et l'Ouest.

Suivant les règlements du dépôt légal, la Bibliothèque nationale et universitaire de Bosnie-Herzégovine recevait régulièrement toutes les publications imprimées dans les pays slaves du sud.

Une association pour la renaissance de la bibliothèque

Une chose est sûre : la bibliothèque doit revivre. Malgré la situation de guerre, nous avons fondé une association qui a pour but de contribuer à sa renaissance. Nous envisageons :
- de reconstituer les fonds de la BNU-BH en faisant appel à toutes sortes de donations ;
- de représenter et de promouvoir ses objectifs auprès des médias ;
- de promouvoir son action auprès des bibliothèques, centres culturels, centres d'information et de documentation, établissements d'enseignement supérieur, au niveau européen et mondial ;
- de soutenir son action par l'organisation de manifestations culturelles telles que concerts, expositions, soirées littéraires, conférences, et par l'utilisation et la mise en place de centres de rencontre, sans limitation géographique, religieuse ou politique ;
- d'éditer, de produire et de diffuser des livres, revues, journaux, affiches, des produits audiovisuels et sonores. Ainsi, nous espérons faire revivre à l'étranger l'activité éditrice de la bibliothèque de Sarajevo, une de ses fonctions d'avant la guerre ;
- d'établir le contact avec 250 bibliothèques à travers le monde qui, avant la guerre, avaient une relation d'échange avec la bibliothèque de Sarajevo, afin de collecter (et éventuellement d'acheter) le plus grand nombre possible des ouvrages qu'elle leur avait envoyés avant la guerre ;
- de coordonner et de centraliser d'autres activités de restauration et de reconstruction provenant d'autres associations à travers le monde. Nous avons déjà soumis un plan d'action au département des bibliothèques de l'Unesco et nous attendons leur décision.

Notre association a participé aux activités du Salon du livre de Paris en mars 1993, au congrès de l'Association des bibliothécaires français à Chambéry en mai 1993, et au Festival du livre de géographie à Saint-Dié dans les Vosges. Lors de ces manifestations, nous avons établi un contact avec de nombreux intellectuels, journalistes et éditeurs et collecté quelques centaines d'ouvrages. Pour soutenir notre action, la bibliothèque municipale de Saint-Dié a lancé une collecte auprès de ses lecteurs. Un millier d'ouvrages a déjà été recueilli. A notre action s'est jointe la bibliothèque du Conservatoire de Perpignan. Celle-ci a entrepris une collecte de partitions pour le département musical de la Bibliothèque nationale.

A partir du mois de février, nous proposons aux bibliothèques (et aux autres institutions culturelles) une exposition de photographies de la bibliothèque de Sarajevo avant et après la guerre.

Bien que la Bosnie-Herzégovine soit une petite république, sa population actuelle et future n'en a pas moins le droit d'apprendre, de comprendre et de s'enorgueillir de la richesse de son passé, dont la bibliothèque de Sarajevo est un des dépositaires essentiels. Notre mémoire collective appartient à la mémoire collective universelle.

Aider

Il existe de multiples manières d'aider à reconstituer la bibliothèque de Sarajevo :
- Vous pouvez devenir membre de notre association (150 F pour les membres actifs, jusqu'à 1 500 F pour les membres bienfaiteurs).
- Bibliothèques, libraires, éditeurs ou particuliers peuvent offrir des livres et des périodiques couvrant tous les domaines, parmi lesquels littérature française, encyclopédies et dictionnaires, civilisations méditerranéennes et études balkaniques, littérature slavistique et traductions, littérature arabe, persane et turque, sciences fondamentales, beaux-arts, sciences humaines, tout ce qui a trait à la Bosnie et aux Bosniaques, etc. ainsi que des disques, cassettes audio et vidéo, atlas, cartes...

Envoyez-nous des listes de titres que vous aimeriez nous donner ou demandez-nous des listes d'ouvrages prioritaires. Une ville, une bibliothèque, toute institution culturelle, peuvent attribuer une infime fraction de leur budget annuel, tous les ans à la bibliothèque de Sarajevo. - Pour tous renseignements : Association pour la renaissance de la Bibliothèque de Sarajevo (ARBNS) 23-25 rue des Petites Ecuries 75010 Paris Téléphone : 42 80 62 80 ou 43 49 24 62 Télécopie : 42 53 58 03.