La diffusion de l'Information scientifique japonaise, structures japonaises et structures européennes

par Alain Van Cuyck

Isabelle Normand

Paris : ADBS éditions, 1992. - 186 p. ; 29 cm. - (Sciences de l'information)
ISBN 2-901046-52-5:170 F.

Cette étude fait partie de la série Recherches et documents de l'Association des documentalistes et bibliothécaires spécialisés, sous la direction de Serge Cacaly, qui se propose de « mettre rapidement entre les mains des professionnels des documents de " littérature grise " ayant trait aux sciences de l'information et méritant une large diffusion. Elle accueille ainsi des thèses et des mémoires, des rapports de recherche, d'administrations ou d'entreprises, des enquêtes, des outils de travail, les actes de joumées d'études... ».

La présentation choisie (format A4) ressemble plus à celle d'un document de recherche qu'à celle d'un livre ou d'une publication soignée 1. Il s'agit, en effet, de la reproduction intégrale d'un mémoire présenté en 1990-91, en vue de l'obtention du Diplôme supérieur des sciences et techniques de l'information et de la documentation de l'INTD 2.

Politique et sources d'information

La présence de deux titres différents, celui de la page de couverture L'information scientifique japonaise et le titre originel du mémoire repris en page de garde La diffusion de l'information spécialisée japonaise en Europe, donne au lecteur l'impression d'un mémoire « habillé » pour cette série. Ce léger glissement de sens n'est pas neutre, puisque, dans l'introduction, l'auteur nous rappelle, non sans raison, que « le terme d'information scientifique technique et économique (ISTE) » lui semblait « plus approprié que celui plus généralement utilisé d'IST, tant il est vrai que les innovations scientifiques et techniques sont la base même des mutations économiques et sociales ».

Le champ couvert par ce mémoire est donc bien plus large que la seule information scientifique japonaise, puisque c'est à un vaste tour d'horizon des structures, des politiques et des sources d'information existant au Japon et de leur diffusion en Europe que nous convie l'auteur, par ailleurs documentaliste et japonologue.

Les quatre grands chapitres qui structurent cette étude, nous font cheminer directement du producteur d'information (japonais) au consommateur (européen).

Le premier présente l'ISTE, ainsi que les sources disponibles au Japon et les politiques de diffusion. L'auteur y développe les axes généraux de la politique de l'information d'un pays, deuxième producteur mondial d'information spécialisée, qui a depuis longtemps réfléchi sa stratégie informationnelle, défini des rôles et des axes spécifiques et multiplié les structures et les réseaux pensants.

Bases de données

Le deuxième chapitre présente les bases de données au Japon, un court aperçu historique de leur évolution depuis 1970, ainsi que les principales structures publiques et privées intervenant sur ce marché en émergence, de dimension internationale. Trois-quarts des 2 128 bases de données accessibles au Japon en 1990 sont produits à l'étranger, contre un quart seulement au Japon, laissant ce dernier loin derrière les Etats-Unis 3

En raison de la langue, le Japon a du mal à exporter ses bases de données : une enquête effectuée en 1990 4 dénombrait 155bases japonaises accessibles à l'étranger dont 39 pour le seul domaine des sciences et techniques. Ces 155 bases de données sont d'ailleurs récapitulées dans un tableau mentionnant le nom de la compagnie, la description de la base, le sujet, la langue utilisée, les statuts, les formats, les pays receveurs et les références des adresses à l'étranger lorsqu'une représentation existe. Cette énumération nous a semblé un peu longue et fastidieuse, puisqu'elle va de la page 65 à la page 82 et qu'elle aurait, à notre sens, gagné à être placée en annexe. Ce chapitre se termine par une description détaillée des bases de données scientifiques et techniques les plus utilisées, ce qui constitue un outil de travail appréciable.

Diffusion

Le troisième chapitre nous ouvre les portes de « l'utilisation des sources japonaises à l'étranger ».

La première partie est une recension de trois enquêtes. Les deux premières ont été réalisées lors des conférences internationales sur l'information scientifique, technologique et commerciale japonaise de Warwick et de Berlin en 1987 et 1989, et la troisième enquête a été menée par le Research Policy Institute de l'université de Lund en Suède. Elles n'ont qu'une valeur tendancielle, et ne sauraient être équivalentes à une véritable étude de marché, puisque, dans chaque cas, l'échantillon étudié, bien que très ciblé, ne représentait qu'entre soixante et cent personnes. Si l'on peut rester circonspect sur la valeur quantitative de ces études, l'analyse qualitative ne manque pas d'intérêt.

L'auteur présente ensuite une typologie des 10 000 périodiques scientifiques et techniques, ce qui nous permet d'appréhender le potentiel japonais. Puis est citée une étude mettant en évidence la présence ou l'absence de la littérature scientifique et technique japonaise dans les huit principales bases de données en anglais 5. A travers cette étude, le problème de la langue, abordé à maintes reprises par l'auteur, apparaît comme le nœud gordien de l'information spécialisée japonaise. Il n'est pas surprenant de constater que les périodiques japonais sont d'autant mieux exploités qu'ils sont écrits en anglais. Une autre enquête citée 6, (preuve du riche travail d'investigation documentaire réalisé), confirme cette tendance. Le fait est qu'à peu près un quart seulement de la littérature en ISTE du Japon est accessible en Europe.

La littérature grise est également abordée dans ce chapitre, avec des données très ciblées sur son identification et les moyens spécifiques d'y accéder. Puis sont décrites les principales bases de données occidentales fournissant de l'information « made in Japan ».

Le quatrième chapitre nous ouvre les voies d'« accès à l'ISTE japonaise et à quelques organismes de diffusion européens ». Sont ainsi passés en revue la cellule Japon de l'INIST 7, celle de l'IRSID 8, les différents cabinets de consultants foumisseurs d'informations sur le Japon, l'ambassade de France à Tokyo, le Club Japon du CRC 9, le réseau EURAJIN 10, le projet JAPAN INFO de la CEE 11, le Centre de coopération industrielle CEE-Japon.

Enfin, un tour d'horizon des structures spécialisées de certains pays européens (Grande-Bretagne, Allemagne, Belgique, Hollande, Suède) clôture ce dernier chapitre, riche par la diversité des expériences citées.

Après la lecture de cette étude, on ne peut plus ignorer l'importance de l'information japonaise, la façon de l'obtenir et de s'en servir. Ce rapport, au-delà des données qui y fourmillent, est une véritable plaidoirie pour une révolution de notre conception de l'information. L'auteur y rappelle avec justesse dans sa conclusion que « c'est donc une barrière bien plus haute que les frontières, la langue ou la compatibilité de matériel qui nous reste encore à franchir ; c'est notre propre conception de l'information qu'il est nécessaire de transformer radicalement avant tout autre chose ». Nous ne pouvons qu'en être encore plus convaincus après la lecture de ces pages.

  1. (retour)↑  Ainsi, certaines photocopies de documents sont à la limite de la lisibilité p. 8, 13, 22, 40, 65 à 82. Ceci est dommageable, et nuit à la qualité du document et à l'intérêt de la collection. Un léger effort aurait pu éviter ce défaut.
  2. (retour)↑  Institut national des techniques de la documentation, dépendant du Conservatoire national des arts et métiers de Paris.
  3. (retour)↑  Cité dans l'étude, d'après la Japanese Database Industry Association, juillet 1990.
  4. (retour)↑  Cité dans l'étude, d'après la Directory of Japanese Database in 1990.
  5. (retour)↑  Cité dans l'étude, enquête effectuée par deux chercheurs américains Gibson et Kunkel en 1987 sur les bases de données suivantes : AGRICOLA, CASEARCH, COMPENDEX, BIOSIS, EMBASE, INSPEC, MEDLINE, SCISEARCH.
  6. (retour)↑  Enquête faite à partir des bulletins signalétiques de bibliothèques américaines, effectuée par la National Diet Library en 1988.
  7. (retour)↑  Institut de l'information scientifique et technique, dépendant du CNRS.
  8. (retour)↑  Institut de recherche de la sidérurgie française.
  9. (retour)↑  Centre de recherches et d'études des chefs d'entreprises.
  10. (retour)↑  European Association of Japanese Information Agencies regroupant plusieurs établissements publics ou semi-publics de la CEE, dont la cellule Japon de l'INIST.
  11. (retour)↑  Sous la direction de la DG XIII. La direction DG XIII de la commission européenne est plus particulièrement chargée de la télécommunication, de l'industrie de l'information et de l'innovation.