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Une nouvelle médiathèque

Anne-Marie Filiole

L'École des beaux-arts de la Ville de Paris, prévue dans le XIIe arrondissement, accueillera ses premiers élèves en septembre 1996. Conçue comme un véritable outil pédagogique, la médiathèque, à la fois conservatoire et laboratoire, source d'information et d'imaginaire, devra répondre aux formations dispensées :
- l'esthétique : avec une collection « d'exemples exemplaires » (Thierry de Duve, directeur des études de l'Ecole),
- l'enseignement théorique (dont elle sera l'outil indispensable),
- l'apprentissage technique (dont elle sera un soutien logistique).

Elle offrira 90 places assises et pourra accueillir 200 personnes simultanément. Un public naturel (les professeurs et les élèves : environ 500 étudiants dont la moitié de 1er cycle), mais aussi un public plus large : des professionnels (enseignants d'art principalement, comme les 240 enseignants d'art plastique de l'école primaire...) et des spécialistes (graphistes, etc.) reçus sur rendez-vous.

De l'art avec tout

Le projet de l'école visant l'art en général dans son aspect actuel et dans la condition post-modeme, « qui fait de l'art avec tout » (Thierry de Duve), la médiathèque devra donner le maximum de résonance dans le maximum de champs, avec :
- environ 200 titres de revues contemporaines ;
- des livres et des textes (24 000 volumes prévus à l'ouverture) qui situent les oeuvres d'art dans l'histoire et la géographie, « les décodent et les théorisent », des livres ouverts à toutes les cultures qui privilégient l'art et la création du XXe siècle, des livres d'artistes (à la fois l'oeuvre et son lieu d'exposition) et des textes illustrés par eux (dans une salle particulière, sorte de cabinet d'amateur, où les éditeurs viendront présenter des œuvres), mais aussi des livres de théosophie comme de philosophie, les écrits de Freud ou de Mauss, Baudelaire relu par Benjamin..., tous les textes ayant eu une grande importance dans la vie de certains artistes. Comme le dit, en effet, Michel Melot citant une déclaration d'André Malraux : « Ni vous ni moi, messieurs, ne savons où l'art prend ses sources ».... ;
- 120 000 images fixes nécessaires à l'enseignement (60 000 à l'ouverture), des images jugées importantes pour la formation et l'émulation des élèves, mais dont le choix pourra être révisé selon les idéologies en vogue ou l'enseignement du moment : soit un corpus vivant de « choix cumulés, divers et contradictoires » ;
- 1000 heures de documents audiovisuels, qui feront de l'école une sorte de vidéothèque du XXe siècle, avec des films de fiction, des films publicitaires, des documentaires sur l'art, qui soient en même temps des films de cinéastes, « utilisant l'œuvre à des fins de synthèse artistique » (Annie Pissard, directeur de la médiathèque), des films qui captent les spectacles du siècle (chorégraphies, mises en scène, entre autres...).

« Une bonne bibliothèque universitaire », en somme, précise Thierry de Duve, qui permettra tous les commentaires et toutes les comparaisons. La médiathèque devra, en effet, proposer un modèle d'artiste « aussi éloigné du lettré que de l'inculte », un artiste qui ne soit « pas un moule, mais un support d'identification imaginaire », « un modèle composite, flou, contradictoire, incertain » dont chacun s'inspirera librement.

Un art coopératif

Il s'agira pour ce faire d'acquérir activement, en cherchant y compris dans les livres de voyages et de fêtes, poursuit Michel Melot, en ouvrant des traités scientifiques, en s'intéressant à l'anthropologie... Seul interdit : la neutralité. Premières nécessités : la curiosité et la coopération, cette dernière étant encore plus impérieuse dans le domaine des arts à cause du flou entretenu autour de cette notion.

Déjà nombreuses, très actives et soudées par une problématique commune, les bibliothèques d'art représentent une aide indiscutable. Le projet du Catalogue collectif de France pourra, par ailleurs, offrir un apport patrimonial exceptionnel : les fonds anciens d'environ 50 bibliothèques municipales, très riches en documents artistiques - au moins en art local -, et les trésors actuellement cachés dans les bibliothèques des 21 universités enseignant l'art en France. La médiathèque pourra également se tourner vers certains noeuds stratégiques (fonds spécialisés comme Poitiers, Caen ou Strasbourg, par exemple), vers les 500 bibliothèques de musées (dont certains fonds très remarquables comme Nantes ou Roannes), les écoles d'art plastique, les écoles d'architecture, les archives départementales, les sociétés savantes... La section Bibliothèques d'art de l'Association des bibliothécaires français a lancé une enquête auprès de 700 de ces organismes pour identifier les richesses disponibles : 400 ont déjà répondu.

En la matière, le réseau parisien de la lecture publique est loin d'être négligeable : il comprend les collections d'une soixantaine d'établissements, avec des institutions comme Fomey, consacrée à l'artisanat, aux métiers d'art et aux arts décoratifs, les fonds de la Bibliothèque des arts graphiques, environ 8000 livres sur la calligraphie, l'industrie graphique, la publicité et l'imprimerie, des bibliothèques de prêt comme les bibliothèques André Malraux ou Drouot (catalogues de ventes d'objets d'art) et toute la classe 700 des bibliothèques (en 1991 : 13,8 % des documentaires), soit environ 115 000 ouvrages, selon Michel Netzer.

Enfin, se dessine le projet de la Bibliothèque nationale des arts qui réunira, avec les collections de la Bibliothèque d'art et d'architecture et celles de la bibliothèque des Musées nationaux, plus de 2000 titres courants - bien plus que le Centre Getty **, de Santa Monica en Californie, et la bibliothèque d'Heidelberg en Allemagne -, la bibliothèque d'architecture des Beaux-arts, et ouvrira sur la littérature et les arts des spectacles, si le département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale et l'Arsenal restent liés à cet ensemble.

En dehors de la France, il conviendra, pour exister vraiment, que la médiathèque se relie aux réseaux américains, les meilleurs et les mieux structurés, notamment le réseau des bibliothèques d'art et de musées, ARLIN, qui est la meilleure banque de données en art actuellement.

  1.  (retour)↑  Journée Médiathèque : points de vue et paysages, organisée le 8 mars 1993 à la Vidéothèque de Paris par l'Association de préfiguration de l'école des Beaux-arts de la Ville de Paris
  2.  (retour)↑  Journée Médiathèque : points de vue et paysages, organisée le 8 mars 1993 à la Vidéothèque de Paris par l'Association de préfiguration de l'école des Beaux-arts de la Ville de Paris
  3.  (retour)↑  Cf. Bulletin des Bibliothèques de France, n° 1, 1993, p. 30.