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Jean-Pierre Casseyre

Catherine Gaillard

Les Bibliothèques universitaires

Paris : PUF, 1992. - 128 p. ; 18 cm.
(Que sais-je ? ; 2714)
ISBN 2-13-045072-5

par Yannick Valin

Après le volume général sur les bibliothèques dû à Denis Pallier, et celui de Bruno Blasselle traitant de la Bibliothèque nationale, le 2 714e numéro de la collection Que sais-je, signé par Catherine Gaillard et Jean-Pierre Casseyre, fait entrer les bibliothèques universitaires dans ce panthéon de l'encyclopédie calibrée. Pour compléter la série, reste à écrire sur la lecture publique.

Maîtres de leur sujet, les auteurs nous placent au cœur des choses, à l'essentiel de ce qu'il nous faut savoir, apprendre ou vérifier. Divisé en quatre parties, le plan de l'ouvrage scandera l'appel à la lecture que ce compte rendu aimerait être.

Le cadre législatif et administratif

En 1855, le législateur souhaitait déjà fondre l'ensemble des bibliothèques spéciales des différentes facultés en une seule, désignée comme service commun dans une circulaire de 1879. Plusieurs lois et structures administratives concerneront la gestion de cette composante particulière de l'université.

Le premier grand moment date de 1945, avec la création de la DBLP (Direction des bibliothèques et de la lecture publique). Cette direction qui exerçait sa tutelle sur la Bibliothèque nationale, la BNU de Strasbourg, les bibliothèques universitaires (BU) et la lecture publique laisse une œuvre impressionnante, tant administrative (mise en oeuvre des statuts des personnels), qu'architecturale (120 bâtiments construits pour les seules BU en 20 ans) et scientifique (informatisation de l'IPPEC 1 et de la Bibliographie de la France). Elle inventa aussi les bibliothèques centrales de prêt (BCP), dont patiemment elle tissa la couverture nationale, achevée en 1985.

En juillet 1975, une décision du Conseil des ministres répartissait les attributions entre le Secrétariat d'Etat aux universités, et celui de la Culture. De 1975 à 1982, le Service des bibliothèques géra les BU, puis, née de la fusion du SDB et de l'AUDIST 2, la DMBIST 3 laissera place, en mai 1989, à la Sous-direction des bibliothèques. Dans son second volet, cette première partie de l'étude traite d'abord de la loi d'orientation du 26 janvier 1984 et de ses conséquences sur la politique documentaire. Parmi celles-ci, la mise en place des services communs de la documentation, puis la création de la DPDU 4 qui donne naissance à la Sous-direction des bibliothèques - il aurait été bon de la citer, même si elle reprend toutes les attributions de la DBMIST - et au Conseil supérieur des bibliothèques. Conformément aux recommandations du rapport Miquel, et dans le cadre du schéma « Universités 2000 », la DPDU lance une politique audacieuse de développement des bibliothèques universitaires.

Evolution et rénovation de la bibliothéconomie

Chapitre capital que celui consacré à la bibliothéconomie, car c'est là que se forge, au-delà du service rendu, l'image de marque. Un rappel utile des fonds anciens (750 000 volumes pour la France), à mettre en relation avec les 21 millions de volumes possédés par les BU, sur les 56 millions détenus par l'ensemble des bibliothèques françaises. Les auteurs, avec objectivité - une constante de leur approche -, notent que, si faute de moyens et de place, rares sont les BU pratiquant une réelle politique de conservation, de véritables programmes de micro-reproductions se développent et, pour 1994, se dessine la perspective de la création d'un centre technique du livre.

Le paragraphe sur les CADIST 5, bien charpenté, les chapitres consacrés à l'informatisation - dont on perçoit les limites actuelles dans les BU - et à l'accès à l'information montrent que, sans avoir toujours trouvé le nécessaire équilibre entre les objectifs et les potentiels, les BU progressent à grands pas. L'enrichissement des fonds et leur mise en libre-accès, la pratique courante de la recherche documentaire informatisée (RDI), les CD-ROM en libre service comptent parmi les facteurs d'évolution. En témoignent l'augmentation des prêts, signe d'efficience, et celle de la fréquentation, preuve de vitalité, toutes deux supérieures à la croissance des effectifs étudiants. Des réseaux comme ceux du prêt entre bibliothèques (PEB) ou du Catalogue collectif national (CCN) améliorent la qualité du service rendu et aident à la recherche.

Les ressources financières et humaines

Sans argent, point de Suisse, et sans crédits, pas de documentation. C'est une règle. Jean-Pierre Casseyre et Catherine Gaillard, chiffres à l'appui, nous montrent la spectaculaire - et récente -augmentation des moyens, notamment par le biais de la contractualisation. Ce volume, sous son corset de 128 pages, semble contenir des milliers de pages de circulaires, de notes, de décrets, de lois ou de statistiques. Tout est dit sur la présentation et le vote du budget, l'origine des ressources, les droits universitaires, les recettes propres, le Centre national des lettres (CNL) ou la répartition des crédits. Toutefois, si la situation financière des BU fait parfois des envieux au sein même des universités, il ne faut pas rêver. Une coquille, la seule mais malencontreuse, a multiplié par 100 les subventions de renouvellement de matériel ! Le chapitre traitant du personnel est guidé par le même souci permanent de se référer aux textes, d'éclairer par l'exemple, ou par les données chiffrées. Cette recherche d'une vision complète et panoramique donne chair et sang à ce texte marquant, qui aurait pu n'être qu'une insipide présentation des BU.

Bibliothèques de grands établissements et bibliothèques spécialisées

La quatrième partie semble déséquilibrer la composition d'ensemble : ces bibliothèques ne sont pas des BU, et n'appartiennent pas tout à fait - ou pas du tout - à leur monde, hormis celles du Muséum et du Musée de l'homme. Mais, à la réflexion, elles devaient être là, pour leur prestige (et l'on pense aux bibliothèques de l'Institut, à la Mazarine, ou à la Bibliothèque de l'Académie de Médecine) ou parce qu'elles se situent dans un environnement encore assez inexploré aux limites floues : les nommer, c'est déjà attester une volonté de les connaître. Et par le PEB et le CCN, peu à peu, elles pénètrent le réseau de l'information scientifique et technique.

Un livre à lire et à retenir

En ces temps heureux où, par la voie des concours, les possibilités de promotion s'ouvrent largement, bien inspirés les candidats qui acquerront ce précieux fil d'Ariane, condensé de tout ce qui s'est écrit sur les BU et image claire de la situation actuelle. Bien que l'immédiateté soit saisie au plus près, certains chiffres ou textes cités, déjà obsolètes, montrent la rapidité des mutations en cours.

Dans ce contexte en évolution constante, les responsables, les formateurs, les syndicalistes, et plus généralement tous ceux que l'histoire ou l'actualité de leur métier intéressent, trouveront là ce qu'ils cherchent ordinairement dans le BBF, leurs archives, des dossiers, le Journal officiel, ou en téléphonant à qui doit savoir... Un exemple : l'exposition en quelques pages limpides d'une synthèse sur les nouveaux statuts des personnels, avec mention des effectifs, des indices, l'analyse des tâches et les conditions de recrutement. Du temps économisé, pour une information plus sûre.

Un vade-mecum ce petit livre, indispensable autant que pratique. A lire, mais aussi à retenir.

  1.  (retour)↑  IPPEC : Inventaire permanent des périodiques étrangers en cours.
  2.  (retour)↑  AUDIST : Agence universitaire de documentation et d'information scientifiques et techniques.
  3.  (retour)↑  DBMIST : Direction des bibliothèques, des musées et de l'information scientifique et technique.
  4.  (retour)↑  DPDU : Direction de la programmation et du développement universitaire.
  5.  (retour)↑  CADIST : Centres d'acquisition et de diffusion de l'information scientifique et technique.