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Le Projet de la Bibliothèque nationale des arts

Françoise Benhamou

A la suite du rapport d'André Chastel, La création d'un Institut national d'histoire de l'art, remis au Premier ministre en mai 1983, fut acquise l'idée de relancer les études en ce domaine en tentant notamment de sauver la Bibliothèque d'art et d'archéologie, logée dans un bâtiment vétuste à Paris, rue Michelet.

La décision, en 1990, de transférer imprimés, périodiques et documents audiovisuels de la Bibliothèque nationale à la Bibliothèque de France, permit de trouver un lieu pour ce projet. Toutefois, les délais de construction du bâtiment de Tolbiac risquaient de menacer ce transfert. C'est pourquoi il fut décidé, malgré l'état de saturation de la Bibliothèque nationale, d'opérer un déménagement anticipé de la Bibliothèque d'art et d'archéologie.

Aujourd'hui, c'est chose faite : les périodiques sont arrivés, et peuvent être consultés, rue de Richelieu, dans la « Salle ovale » de la Bibliothèque nationale. Dès mars prochain, les livres suivront, et c'est ainsi tout le fonds de la Bibliothèque d'art et d'archéologie que le lecteur pourra trouver à la Bibliothèque nationale.

Un rapport sur la Bibliothèque nationale des arts a été remis au ministre chargé de la Culture par Michel Melot, et un second rapport vient d'être achevé sur l'Institut international d'histoire des arts. Son rapporteur était Pierre Encrevé, qui s'est entouré, pour ce faire, d'experts internationaux. Dès janvier 1993, l'Institut verra le jour et, quand les bâtiments modernes de la Bibliothèque nationale, rue Vivienne, auront été libérés, l'Institut y prendra place, ainsi que l'Ecole nationale du Patrimoine.

Un projet

Mais le projet de Bibliothèque nationale des arts, quel est-il ? Outre la Bibliothèque d'art et d'archéologie, il comprend plusieurs collections : une partie de la Bibliothèque centrale des musées nationaux, le fonds d'architecture de l'Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts et, parmi les départements spécialisés de la Bibliothèque nationale, cinq d'entre eux : le département des Monnaies, médailles et antiques, celui des Estampes et de la photographie, le département de la Musique, celui des Cartes et plans, et le département des Arts du spectacle, aujourd'hui principalement logé à l'Arsenal.

Et le département des Manuscrits ? Son avenir est encore l'objet de discussions. Sans doute est-ce la contrepartie de la richesse et de la multidisciplinarité de ses collections.

L'Association pour la Bibliothèque nationale des arts souhaite qu'il demeure rue de Richelieu et qu'il fasse partie à part entière de la Bibliothèque nationale des arts. Un rapport a été remis au ministre de la Culture à ce sujet, afin que la décision soit prise dès que possible. Il est clair qu'on ne saurait bâtir la même bibliothèque avec ou sans ce département.

Afin de préparer le projet de Bibliothèque nationale des arts, l'association a réuni régulièrement, depuis février 1992, des commissions de travail, chargées d'instruire notamment les questions suivantes :
- quels publics accueillera la Bibliothèque nationale des arts ?
- quelles collections formeront cette bibliothèque ?
- quelle sera la politique en matière de catalogage informatisé ?
- quelle politique sera mise en oeuvre en matière de conservation ?

Les groupes de travail associaient chaque fois des usagers futurs (historiens de l'art, conservateurs de musées, mais aussi documentalistes et éditeurs) et les personnels des bibliothèques appelées à se regrouper.

Les questions étaient larges. L'association a été appelée, au fur et à mesure de l'avancement des travaux, à créer de nouvelles structures de réflexion, plus pointues, plus techniques. Par exemple, le groupe « champs couverts par les collections » a « engendré » des réunions sur l'architecture, sur l'art moderne et contemporain, sur l'archéologie, sur les arts du spectacle, etc. De même, à partir des premiers résultats du groupe sur les catalogues informatisés, se sont mises en place des structures de travail sur le catalogue collectif national, et sur le catalogage « par lots » (c'est-à-dire par ensemble de documents spécialisés), qui consisterait en un catalogage sommaire, susceptible, par la suite, d'être enrichi.

Un premier ensemble de conclusions s'est dégagé, qui dessine un profil pour la future bibliothèque.

Des études

De plus, à la Bibliothèque nationale même, une série de réunions se sont tenues afin de préciser la manière dont les départements spécialisés s'inséreront dans la Bibliothèque nationale des arts, lui conférant son caractère national, avec en particulier le dépôt légal des documents spécialisés : cartes et plans, partitions musicales, médailles, estampes, affiches, photographies.

Par ailleurs, des études ont été, et sont encore, lancées. François Fossier, conservateur au département des Estampes de la Bibliothèque nationale, a mené une étude sur les fonds d'histoire de l'art dans les bibliothèques de la région parisienne. Il y tente de tempérer le tableau fort sombre des ressources documentaires qu'avait dressé André Chastel en mettant en évidence les richesses des fonds, qui souffrent, il est vrai, de difficultés d'exploitation. Ces difficultés tiennent à l'éclatement géographique et administratif des institutions et à l'absence de coordination et de formation. Les résultats de cette enquête menée auprès de 131 établissements conduisent à préconiser des politiques différentes selon la nature des documents. François Fossier fait l'hypothèse de l'existence d'environ un million de titres différents sur l'histoire des arts, qu'un catalogue collectif permettrait de localiser.

Les conclusions dessinent à l'évidence des perspectives de travail pour la Bibliothèque nationale des arts.

Une seconde étude, commandée à la société Bossard Consultants, a permis d'évaluer les recoupements de fonds entre la Bibliothèque d'art et d'archéologie et la Bibliothèque centrale des musées nationaux. Elle a conclu à un taux de recoupement de 28 %, qui démontre la forte complémentarité entre les deux fonds, qui s'explique par l'histoire de ces fonds, leurs missions respectives, et leurs accès différenciés aux sources d'approvisionnement. Deux exemples en témoignent :
- à la Bibliothèque centrale des musées nationaux, les catalogues de musées proviennent d'échanges du Louvre avec ses partenaires étrangers. Bien entendu, à la Bibliothèque d'art et d'archéologie, les entrées en ce domaine relèvent de démarches plus « actives » ;
- la Bibliothèque d'art et d'archéologie est une bibliothèque d'art au sens traditionnel du terme, et la Bibliothèque centrale des musées nationaux une bibliothèque sur les œuvres plus que sur l'art en général.

A la suite de cette étude, une mission a été confiée à Isabelle Le Masne de Chermont, conservateur, afin de définir les bibliothèques de « proximité » qui demeureront au Louvre.

D'autres études ou actions sont en cours :
- une étude sur le Service photographique de la future bibliothèque, qui a pour objet la programmation de ce service fondamental dans une bibliothèque consacrée aux arts et à l'image ;
- une étude sur les fichiers de documents spécialisés, étude qui ouvrira la voie à la définition d'un schéma directeur informatique ;
- une étude de programmation architecturale, afin de vérifier la conformité du projet proposé au bâtiment qui l'accueille ;
- une action de « nettoyage » de fichiers de documents imprimés détenus par les bibliothèques ainsi regroupées.

Dans un rapport que l'Association pour la Bibliothèque nationale des arts a remis au ministre chargé de la Culture sont consignées les propositions des groupes de travail. L'association s'y efforce de dessiner cette bibliothèque dans la plupart de ses dimensions.

En attendant, les groupes de travail poursuivent leurs réflexions, afin de continuer d'harmoniser les politiques de chacun des participants, de bâtir le réseau de la future bibliothèque, et de donner un caractère incontournable à ce projet ambitieux.

Novembre 1992

Illustration
Bibliothèque nationale des arts (chronologie)