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Conspectus

Annie Le Saux

A la Halle aux toiles, à Rouen, environ 200 participants ont assisté à la journée Conspectus 1, qui - initiative appréciée - était ouverte à tous les bibliothécaires, ce 18 septembre. Organisé cette année avec le concours du directeur de la bibliothèque universitaire de Rouen, ce XXIIe congrès de l'Association des directeurs de bibliothèques universitaires a, conformément à la tradition, consacré sa première journée aux rapports d'activité et aux comptes rendus des différents groupes de travail de cette association sur l'évaluation, la formation, la gestion financière et comptable, l'informatisation et les réseaux, ainsi qu'à l'élection du nouveau conseil d'administration 2.

La dernière matinée a été - traditionnellement elle aussi - réservée aux représentants de l'administration centrale, dont les déclarations ont été, comme toujours, écoutées attentivement, dans l'attente de scoops, comme, cette année, la création d'un Institut de formation des bibliothécaires à Villeurbanne et le lancement, en octobre 1992, par la Direction de la programmation et du développement universitaire, d'une Lettre d'information sur tout ce qui concerne la documentation et les bibliothèques de l'enseignement supérieur. Roland Peylet, directeur à la DPDU 3 et Jean Gasol, directeur à la Direction des personnels de l'enseignement supérieur, ont, entre autres, insisté sur l'accroissement des moyens financiers pour 1993, les créations d'emplois - surtout de conservateurs -, la création d'une prime de technicité pour les bibliothécaires, l'abondement de crédits de vacations pour élargir les horaires d'ouverture des bibliothèques universitaires, la modernisation des services via le Schéma directeur informatique des réseaux de bibliothèques universitaires...

Des visites sur les stands du salon ont permis aux participants de découvrir ou de compléter leurs informations sur les services et produits - agences d'abonnements, éditeurs, libraires, fabricants de mobiliers et de logiciels,... - que leur présentaient une cinquantaine d'exposants.

Qu'est-ce que Conspectus ?

Instrument d'évaluation des collections destiné à mener une politique d'acquisition, de catalogage et de conservation en commun, afin de réaliser une couverture documentaire suffisante au niveau recherche, Conspectus est né, aux Etats-Unis, dans les années quatre-vingt, des tentatives du RLG 4 d'instaurer un véritable partage des responsabilités. Cette opération fut reprise et développée par l'ARL 5. C'est ce qu'a rappelé Assunta Pisani, du Harvard University Center for Italian renaissance studies à Florence, avant de décrire dans les détails cet instrument.

Brièvement, on peut dire que la méthodologie de Conspectus consiste, pour chaque bibliothèque, à évaluer chacun des sujets du cadre de classement de la Bibliothèque du Congrès suivant le niveau de son fonds. Cinq niveaux sont définis (0 : hors sujet , 1 : niveau minimum d'acquisition, 2 : information de base, 3 : enseignement, 4 : recherche et 5 : exhaustivité), complétés par des codes linguistiques. Mais, et ce fut la première difficulté évoquée lors de la journée d'étude, établir ces niveaux n'est pas chose simple, dans la mesure où l'évaluation se fait de manière subjective. Difficile donc de vérifier la validité des informations recueillies et d'interpréter ces données. Cette intervention des personnes, qui est reprochée pour l'évaluation, intervient cependant d'une façon positive lorsqu'il est question de coopération, qui, souligne Ann Wade, de la British Library, fonctionne mieux au niveau local, du fait que les bibliothécaires se connaissent.

Conçu pour donner une vision d'ensemble plutôt qu'une description détaillée, Conspectus permet de déterminer s'il existe, à la bibliothèque, sinon, et c'est ce qu'il vise, à l'intérieur d'un groupe, des fonds suffisants du niveau recherche dans un domaine donné ou si des domaines faiblement représentés offrent cependant un intérêt pour la recherche ou encore si certains domaines peuvent voir leurs acquisitions réduites. De cet état des lieux dépend ou la diminution ou l'accroissement des achats. C'est donc un moyen de développer les collections d'une manière cohérente, dans un langage uniforme et normalisé, de la façon la moins coûteuse possible.

Conspectus en Europe

Conspectus n'est pas l'apanage des bibliothèques de recherche des Etats-Unis, il est également appliqué dans des bibliothèques européennes. L'exemple de la Grande-Bretagne a été abordé par Ann Wade qui a décrit l'application de Conspectus à la British Library, regrettant son développement encore trop faible dans les autres bibliothèques, sauf à la Bibliothèque nationale d'Ecosse, très active en ce domaine.

Au niveau européen, c'est au sein de LIBER 6 qu'un groupe de travail, créé en 1988, suit, traduit, adapte et fait évoluer les études sur Conspectus dans les différents pays où il est implanté. Ce groupe s'est notamment penché sur la concordance - problème également évoqué pendant cette journée - entre les rubriques Conspectus - reposant sur la classification de la Bibliothèque du Congrès - et les autres classifications : la Dewey, la CDU, la classification hollandaise. Geneviève Boisard, directrice de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, a exposé les différentes actions de ce groupe de travail, les projets de répertoire de bibliothèques de recherche, de traduction et de diffusion des documents, de révision des codes de langues, l'extension de Conspectus à l'Italie, l'Espagne, la Tchécoslovaquie,...

Conspectus en France

Si l'extension de Conspectus se poursuit en Europe, on doit cependant remarquer que son développement en France n'est encore que limité. Est-ce dû au fait que ce soit un outil américain difficile à adapter, par suite de problèmes de langue et de cadres de classement ? Ou bien fallait-il attendre une reprise des bibliothèques universitaires françaises, afin d'avoir autre chose à mesurer que la pénurie ? Actuellement, la nécessité d'une évaluation, ou du moins d'une estimation, des collections des bibliothèques universitaires françaises, afin de dresser une carte documentaire, ne fait toutefois aucun doute.

Parmi les applications françaises de Conspectus, deux expériences ont été décrites au cours de cette journée : une étude de cas précise et fouillée à la bibliothèque interuniversitaire scientifique de Jussieu, au CADIST 7 des sciences de la terre, et une expérience plus brève, mais néanmoins positive, notamment dans les relations avec les lecteurs, chercheurs des universités cocontractantes ou spécialistes étrangers, à la bibliothèque interuniversitaire Cujas. Les points de vue se rejoignent sur la nécessité d'investir de l'argent, du personnel spécialisé et du matériel dans de telles applications.

Si les intervenants ont, en fin de compte, reconnu l'efficacité de Conspectus à approfondir la connaissance des collections de chaque bibliothèque, des insuffisances ont cependant été relevées et l'objectif d'en faire un outil performant pour le partage des collections semble soumis à controverses.

Guide pour la gestion des collections, la répartition des crédits et l'établissement de priorités d'acquisitions, tel est l'actif de Conspectus. Aide à la décision pour subventionner certains projets, guide de sélection pour la conservation, guide pour la distribution des responsabilités, moyen de favoriser la coopération documentaire, tel est son potentiel.

  1.  (retour)↑  Cf. l'article de Davis H. STAM, « Collection = collaboration », Bull. Bibl. France, t. 31, n° 2, 1986, p. 146-153.
  2.  (retour)↑  Présidente : Marie-Hélène BOURNAT, bibliothèque interuniversitaire, Aix-Marseille II, vice-président : Yannick VALIN, Service commun de la documentation, Rouen.
  3.  (retour)↑  Cf. Bull. Bibl. France, t. 37, n° 5, 1992, p. 8-11.
  4.  (retour)↑  RLG : Research Library Group, créé par quatre bibliothèques américaines - Harvard, Yale, Columbia, New York Public Library.
  5.  (retour)↑  ARL : Association of Research Libraries, cette association regroupe les bibliothèques de recherche les plus importantes nord-américaines, incluant donc le Canada, et comprend environ 120 membres, dont les membres du RLG.
  6.  (retour)↑  LIBER : Ligue des bibliothèques européennes de recherche. Cf., dans ce même numéro, le compte rendu de Geneviève BOISARD sur le congrès de LIBER à Budapest, p. 80-82.
  7.  (retour)↑  CADIST: Centre d'acquisition et de diffusion de l'information scientifique et technique.