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Atlas de la France universitaire

sous la dir. de Armand Frémont, Robert Hérin et Jacques Joly.
Montpellier : Reclus ; Paris : La Documentation française, 1992. -270 p. ; 25 cm. - (Collection « Dynamiques du territoire », n° 9)
ISBN 2-11-002732-0 : 200 F

par Alban Daumas

Cet ouvrage apporte beaucoup plus que son titre pourrait vouloir dire. Sans doute les cartes, plans et tableaux s'y trouvent nombreux, mais seulement et surtout parce qu'ils appuient, éclairent et fortifient des textes d'un intérêt considérable. Au moment où l'on pense, pour notre pays, et dans une perspective européenne, aux universités de l'an 2000 - et certes il ne faut pas dire du siècle prochain, car il est au moins une probabilité, c'est que tout sera changé et différent d'ici vingt ou trente ans -, il était indispensable de faire le point et de réfléchir sur les établissements d'enseignement supérieur tels qu'ils sont chez nous et tels qu'ils pourraient ou devraient devenir dans leur variété et leur répartition géographique.

Pourtant, chose curieuse et certainement dommageable, on n'avait pas tenté d'établir jusqu'à ce jour une synthèse de la carte universitaire de la France dans ses tenants et aboutissants. Mais compte tenu de l'accroissement actuel du nombre des universités et autres écoles ou instituts du même niveau, et des enjeux territoriaux qu'ils représentent, il fallait décider et venir à bout de cette entreprise. Ce livre en est le résultat.

Université 2000

Les universités sont en vérité depuis des décennies, un enjeu majeur pour l'avenir du pays vu dans son ensemble et dans toutes ses parties régions et villes. Malgré ce, pendant longtemps et presque jusqu'à aujourd'hui, on s'est contenté - si l'on peut dire - de constater l'afflux progressif, puis brusquement massif des étudiants dans des facultés de type classique pas assez nombreuses et vivant trop souvent repliées sur elles-mêmes. Placées sous la tutelle de l'Etat, les universités laissaient alors les collectivités territoriales quasi indifférentes. De surcroît on pensait et on disait que les professeurs se tenaient pour la plupart, au moins en apparence, à l'écart de la vie de la cité. Quant aux étudiants on ne s'en préoccupait guère, sauf à avoir quelques soucis de leur turbulence et de leurs idées avancées et à se poser des questions pour leur logement. Au total, un constat s'impose : la nation dans ses structures traditionnelles n'appréciait pas beaucoup ses universités.

Cet état d'esprit a beaucoup changé en quelques années et un accord est peu à peu apparu pour considérer l'augmentation du nombre des étudiants non plus seulement comme un flux irrésistible et sans grandes conséquences - sauf sur les indices du chômage -, mais comme une nécessité impérieuse pour l'économie du pays. Une large entente existe aujourd'hui : pour que le niveau de vie de tous s'accroisse et qu'en même temps chacun bénéficie de progrès sociaux plus larges, il est indispensable d'instruire encore plus d'étudiants. On en dénombre plus d'un million et demi en 1992, ils seront probablement deux millions en l'an 2 000 à suivre cours et travaux dirigés et à chercher une formation professionnelle. C'est en effet dans les classes d'âge au-dessus du baccalauréat que se trouveront à l'avenir les qualifications et le niveau de culture générale indispensables à une vie harmonieuse et efficace pour la communauté.

Désormais, il ne sera plus possible à une tutelle centralisée et parisienne - telle qu'elle existait encore en 1968 - de gérer et de faire progresser des intérêts si nombreux et si variés, d'autant plus que des mouvements quelque peu contraires se manifestent s'agissant de l'éducation nationale en général et des formations de haut niveau en particulier. D'une part, les diverses collectivités territoriales veulent voir s'implanter chez elles dans un souci de proximité et de démocratisation des établissements d'enseignement supérieur parfois fort spécialisés, et d'autre part l'Etat se soucie, à juste titre, de préserver la qualité et le niveau des études et de la recherche universitaire. Il fallait trouver à ces contradictions des lieux d'entente et de cohérence et penser dans le cadre de l'Europe à la concurrence qui ne manquera pas d'arriver des pays voisins. C'est pourquoi le schéma Université 2 000 propose des aménagements pour le présent et suggère des solutions pour l'avenir, tout en maintenant des points forts d'équilibre et en préservant des espaces pour des décisions futures concertées et réfléchies.

Remarquable et excellent

Encore faut-il, pour ce faire, disposer de données quantitatives sérieuses et comparables (elles ne l'ont pas toujours été) et de textes qui les commentent, outils indispensables pour la réflexion et les études prospectives. C'est ce que les huit chapitres de cet atlas nous offrent d'une manière substantielle et bien structurée. Dans chacun d'entre eux on apprend beaucoup et on découvre des aspects insoupçonnés de notre paysage universitaire. lci, la place de ce qui est sous la tutelle du ministère de l'Education nationale dans telle ou telle académie : parfois moins de 85 % pour l'enseignement supérieur ; là le poids des étudiants dans la population des agglomérations universitaires de vieille date comme Montpellier, Rennes ou Besançon, et les effets que cela peut avoir sur le commerce local.

Cependant les parties les plus intéressantes et les plus nouvelles de cet atlas, concement la recherche et les systèmes documentaires, l'ouverture intemationale des universités aujourd'hui et demain, leur impact sur les villes et leur avenir à court terme. Pour une fois, les bibliothèques et les centres de documentation ne sont pas oubliés ou trop maltraités dans un ouvrage qui parle des enseignements supérieurs dans leur ensemble. La chose est assez remarquable pour être soulignée, d'autant plus que la vérité est dite à leur propos. Trop longtemps, l'information scientifique et technique a été considérée comme un accessoire, un parent pauvre des études et de la recherche, et malgré des progrès importants accomplis depuis peu, la situation est encore préoccupante. Même si, aujourd'hui, et demain plus encore, grâce à l'automatisation, aux catalogues collectifs et à la fourniture des informations ou des documents à distance, l'importance numérique des fonds n'est plus une donnée fondamentale, il n'est pas satisfaisant de constater qu'en 1992 quatre établissements (dont trois sont situés dans la région parisienne) concentrent 40 % de l'ensemble des collections de soixante bibliothèques universitaires françaises ; que dire aussi du petit nombre de titres en cours, s'agissant des revues reçues par beaucoup d'entre elles ?

Quoiqu'il en soit, dans le cadre de l'Europe et grâce à des programmes d'échanges et de coopération du type Erasmus, les étudiants des autres pays seront de plus en plus nombreux à fréquenter nos facultés et les étudiants français iront enfin plus volontiers continuer ou entreprendre leur formation professionnelle à l'étranger, et ce d'autant plus que l'on s'orientera certainement vers des équivalences réelles des diplômes ou même vers des titres universitaires reconnus d'emblée comme « européens ». Il faut encore ajouter combien sont extraordinairement significatives les recherches faites et ici exposées, dans le septième et avant demier chapitre de cet atlas, sur l'impact de l'installation des établissements d'enseignement supérieur dans des villes comme par exemple Amiens, Brest, Valence, ou dans un département d'Outre-mer comme La Réunion.

Comme l'introduction et la conclusion de ce livre sont passionnantes, les illustrations et l'impression d'une clarté rare et la reliure très belle, force nous est de terminer ce compte rendu par deux mots : remarquable et excellent. A peine une observation critique peut-elle être faite : le découpage des académies et des régions, tel qu'il existe malheureusement chez nous, rend quelques comparaisons comptables ou graphiques difficiles ; mais comment faire autrement ?