entête
entête

Catalogue de cent un livres anciens rares ou précieux de la bibliothèque de la Sorbonne...

Paris : Bibliothèque de la Sorbonne, 1991.- 155 p ; 24 cm.
ISBN 2-902304-09-9

par Dominique Varry

Toute exposition est par essence éphémère, et le catalogue qui accompagnait celle organisée sous les voûtes de la chapelle de la Sorbonne à l'automne 1991, avec l'aide et du ministère de l'Education nationale et de l'Association internationale de bibliophilie, est heureusement venu pour en garder la mémoire, et pour nous permettre d'en poursuivre la visite au-delà de son terme.

Plus qu'un simple guide du visiteur, il est également, et peut-être surtout, un remarquable « instrument de référence » pour l'historien comme pour le bibliophile. Il convient donc de saluer le travail accompli, à cette occasion, tant par l'atelier de restauration de la bibliothèque que par l'équipe de conservateurs qui en a assuré la conception et la présentation scientifique, sous la direction de Claude Jolly. Il est en effet assez remarquable qu'une bibliothèque universitaire, et surtout celle de la Sorbonne, qui doit faire face aux difficultés qui sont aujourd'hui le lot de ce type d'institution, dans des locaux déjà dénoncés comme inadaptés lors de leur ouverture il y a un siècle, ait trouvé la volonté, le temps et l'énergie de mener à bien un tel projet. Il est vrai que cette manifestation et ce catalogue s'inscrivent dans une action de plus vaste ampleur de mise en valeur des collections anciennes de la bibliothèque, action déjà concrétisée par la publication récente d'un petit volume * de présentation de l'histoire de l'établissement, de son organisation actuelle et des potentialités qu'il offre au chercheur, comme par la transformation des Mélanges de la biblio-thèque de la Sorbonne en une revue d'histoire du livre, des bibliothèques et des universités.

Ce catalogue s'ouvre donc par une introduction de Claude Jolly présentant les critères qui ont présidé au choix des pièces exposées, et l'historique des deux collections dont elles ont été tirées. Les fonds de la bibliothèque antérieurs à 1810 atteignent les cent mille volumes. En choisir cent un était par la force des choses arbitraire, même si les critères de sélection ont été l'unicité ou le petit nombre des exemplaires conservés, et les particularités d'exemplaires. Les volumes retenus proviennent pour une part de la collection dite « Bibliothèque de l'université » créée en 1770 et dont les tribulations au cours des années révolutionnaires et du XIXe siècle donnent un très éclairant exemple de pratique moultes fois répétées tant à Paris qu'en province. Pour l'historien, la grande particularité de cet ensemble est d'avoir privilégié le caractère d'utilité des ouvrages et l'intérêt des textes qui le composent sur leur enveloppe chamelle. La seconde collection mise à profit est celle plus « bibliophilique », léguée par le grand universitaire Victor Cousin, et dans laquelle il s'était attaché à faire entrer des éditions originales à une époque où telle n'était pas la mode.

Les notices ont été rédigées par Jacqueline Artier, Jean-Marc Chatelain et Yannick Nexon, conservateurs de l'établissement, renforcés d'Antoine Coron pour les ouvrages provenant des collections De Thou. Chaque pièce fait l'objet d'une notice comportant une description bibliographique allégée, les possesseurs successifs, une présentation de l'intérêt du texte, de l'édition et de l'exemplaire, et une orientation bibliographique. Vingt-cinq photographies, dont cinq en couleurs, viennent illustrer ce catalogue qui fait la part belle aux éditions incunables et du XVIe siècle (49 numéros).

On se refusera en tout cas ici à établir un quelconque palmarès des ouvrages présentés, laissant chaque lecteur vagabonder au gré de sa subjectivité. Comme le souligne Claude Jolly, c'est à partir de 1975 seulement qu'on a commencé, dans l'établissement, à porter un regain d'intérêt aux collections anciennes. Gageons qu'une manifestation et qu'une publication de cette qualité auront su capter l'attention des instances universitaires et de leurs autorités de tutelle pour que la « vieille maison de Sorbonne » ait les moyens de remplir toute sa mission.

  1.  (retour)↑  Claude JOLLY, La Bibliothèque de la Sorbonne, Paris, 1989, 93 p.