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Modernisation des locaux de la bibliothèque scientifique d'Orsay

Thérèse Bally

A sa mise en service, en 1962, la bibliothèque scientifique d'Orsay était la première du genre construite en Ile-de-France. A cette époque, l'universté abordait sa première grande « explosion ». L'accroissement massif et rapide des effectifs se conjuguait avec celui de la documentation entraîné par l'expansion et la diversification de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Dans un tel contexte, la tâche à remplir par la nouvelle bibliothèque était particulièrement lourde et difficile, et il fallait à sa tête l'autorité et la compétence de Gabriel Gamier, son premier conservateur, pour relever le défi. La première description de l'établissement a été faite dans le BBF 1. Naturellement, après bientôt trente ans de fonctionnement, une réflexion sur la situation, l'utilisation des locaux et leur nécessaire adaptation s'imposait.

Ce travail aboutit en 1988 à la définition d'un schéma directeur de réaménagement de l'ensemble de la biblio-thèque et à la réalisation d'une première tranche de travaux en 1991.

Situation des locaux

Le domaine universitaire du Centre scientifique d'Orsay compte deux bâtiments autonomes construits à usage de bibliothèque : le bâtiment 307 ou bibliothèque centrale, et le bâtiment 337 ou annexe de premier cycle.

Construite au moment de l'élaboration des instructions de 1962 qui allaient préconiser et organiser le libre accès, la bibliothèque centrale a été cependant conçue comme une bibliothèque traditionnelle privilégiant les fonctions de conservation et de communication.

D'une surface utile d'environ 8 500 m2 les locaux se répartissent en trois ensembles bien distincts : hall et salles de lecture (3 000 m2), le magasin central (3 800 m2), les services intérieurs (700 m2). La seule nouveauté était un espace important (1 000 m2) réservé aux salles de travail de groupe.

Le bâtiment 337 (1 600 m2 utiles), construit à la demande des enseignants au début des années 1970, dessert les étudiants de premier cycle dont les locaux d'enseignement se trouvent relativement éloignés (800 m) de la bibliothèque centrale. Il se compose de deux salles de lecture de part et d'autre d'un magasin et hall central.

Mise à part l'introduction en 1983 du libre accès dans les deux bâtiments - première étape d'une transformation en profondeur du fonctionnement de la bibliothèque universitaire -, les locaux se présentent ainsi en 1987 :
- la bibliothèque ne dispose pas de l'intégralité des bâtiments. En effet 2 660 m2 sont détournés de leur destination première : les salles de travail en groupe (1 000 m2) sont occupées par des services centraux de l'Université (agence comptable notamment), une salle de lecture de 1 100 m2 est utilisée dès 1962 comme salle d'examen ainsi qu'une partie (560 m2) du bâtiment 337 ;
- si le bâtiment de la bibliothèque centrale apparaît spacieux et d'une bonne qualité de construction, il donne une impression générale de vétusté et de manque d'entretien.

Certes, depuis 1983, quelques travaux ont été réalisés : réfection partielle de l'étanchéité des terrasses, peinture de la salle en libre accès, mise en éclairage fluorescent de la salle des périodiques, rénovation du chauffage. Mais l'urgence apparaît d'une remise en état globale du bâtiment : peinture, huisseries et stores, remplacement des revêtements de sols, mise en conformité de l'éclairage des salles de lecture et des magasins ;
- la bibliothèque centrale ne rend pas tous les services que l'utilisateur, étudiant ou chercheur, est en droit d'attendre. En effet, des manques et dysfonctionnements apparaissent : absence de salles de consultation pour les étudiants de 3e cycle et de salles de travail en groupe, inadaptation des locaux à la consultation de documents autres que les périodiques et les ouvrages (manque de prises électriques par exemple), éloignement des bureaux liés au service public (prêt entre bibliothèques, reprographie, service des thèses), inclusion de la direction de la biblio-thèque de l'université de Paris-Sud au milieu des services internes, enfin inaccessibilité aux chercheurs des fonds en magasin.

A cette situation s'ajoutent les effets du gel et des suppressions d'emplois des années 1985, de l'informatisation des fonctions à partir de 1986, de l'introduction des nouveaux moyens d'accès à l'information.

La négociation et le financement

Rénover le bâtiment, repenser le fonctionnement dans son ensemble (l'accueil, les salles ouvertes au public, l'organisation du travail interne, l'accès libre aux collections), optimiser les investissements lourds, sont autant de facteurs qui amènent à devoir recentrer les activités documentaires et réintégrer la salle dite des examens dans les espaces publics de la bibliothèque. Ces hypothèses de travail serviront de base aux discussions avec l'Université et les autorités de tutelle.

Début 1988, la proposition faite au conseil de l'UFR 2 d'Orsay de rationaliser l'utilisation des locaux en regroupant les activités d'examen à l'annexe et les activités documentaires à la bibliothèque centrale recueille un avis favorable. Par contre, l'abandon de l'activité documentaire à proximité des enseignements de premier cycle soulève une vive opposition de la part des étudiants et des enseignants : ils demandent le maintien d'une salle de travail et de consultation de documents au bâtiment 337. Sur cette base, le conseil de l'UFR dans sa séance du 28 juin 1988 approuve le projet.

Parallèlement à ces discussions, une commande est passée auprès d'un architecte programmateur 3 pour établir un schéma directeur de réaménagement de la bibliothèque centrale. En juin 1988, cette étude estime la modernisation - c'est-à-dire l'amélioration du fonctionnement et la remise en état des locaux - à 20 MF, non compris les honoraires d'architecte, les équipements mobiliers et matériels, et la mise en conformité avec les règlements de sécurité. Des tranches opérationnelles totalement autonomes les unes des autres sont définies, la première concernant l'aménagement en espace d'étude et de consultation tous supports de la salle d'examen. Elle s'élève à 5,5 MF TTC, honoraires et équipements mobiliers compris.

Avec, en toile de fond, l'organisation à Paris du Congrès de l'IFLA en août 1989, le contexte est favorable au ministère de l'Education nationale : dès 1987, des projets de modernisation cofinancés par l'université sont sollicités ; en 1988, la commission de réflexion présidée par André Miquel préconise la rénovation des bâtiments pour un meilleur service au public. Le dossier d'Orsay est retenu comme action-pilote et bénéficie - via la DBMIST 4 - d'une subvention d'1 MF accordée dans le cadre des mesures urgentes en faveur des bibliothèques universitaires.

A la DBMIST. le principe du doublement de cette subvention est retenu pour 1989 au titre des contrats de modernisation, mais la nature des travaux à effectuer appelle un complément de financement sur le titre V (crédits d'investissement). La demande est admise par le Bureau de la programmation qui conseille de présenter un dossier d'ensemble sur les deux bâtiments (307 et 337), et d'établir une cohérence entre origine des crédits et organisation des maîtrises d'ouvrage. Une étude est alors demandée au cabinet Crosnier-Besson qui évalue à 2 MF TTC le coût des travaux au bâtiment 337, mobilier compris.

En juillet 1989 la totalité du financement, soit 7,5 MF, est accordée : 4 MF par la Sous-direction des constructions, 2,5 MF par la Sous-direction des bibliothèques, 1 MF par le Centre d'Orsay. La maîtrise d'ouvrage est confiée à l'université pour les travaux financés sur des crédits de fonctionnement (bâtiment 307) et pour le lot mobilier intégré au bâtiment 307, à l'Etat pour la salle multimédia ; le SCARIF 5 est conducteur d'opération et l'architecte commun 6 aux deux maîtres d'ouvrage.

La réalisation des travaux

Pour ne pas gêner le déroulement des examens, les travaux ont duré deux ans : 1990 pour l'annexe, 1991 pour la bibliothèque centrale.

L'aménagement du point documentaire s'est fait selon la proposition des architectes dans le hall et magasin central (230 m2). Les étudiants disposent de 65 places de travail et d'environ 3 000 ouvrages en libre accès contrôlé, sans prêt à domicile, le fonctionnement étant assuré par des étudiants moniteurs. Pour ce faire, il y a eu démontage des rayonnages métalliques autoportants, aménagement d'une réserve, création d'une mezzanine (50 m2) sur le pourtour de l'espace et sur la réserve, installation d'une banque de communication et création d'un escalier dans le hall pour accéder à la mezzanine ; l'éclairage est assuré par la pose de quatre skydomes et la suppression des portes d'accès au magasin.

Pour la création de la salle multimédia à la bibliothèque centrale, bibliothécaires, architectes, utilisateurs ont travaillé en étroite collaboration et défini les principales fonctions qui se dérouleront dans ces locaux : accueil, consultation d'ouvrages de culture générale, de 3e cycle et de références, espace d'étude, travail en groupe, consultation tous supports (audiovisuel, atelier informatique, laboratoire de langues).

Les architectes ont tenu compte de trois éléments principaux : l'impression « grand espace » donnée par cette belle salle de 1 100 m2, le double accès - par un escalier monumental donnant dans le hall, et par un escalier secondaire à l'autre extrémité - le double éclairage naturel enfin, lumineux et ensoleillé côté sud, doux et diffus côté nord.

Outre la rénovation proprement dite, la création d'une ventilation et d'un bloc sanitaire, l'espace a été compartimenté par du mobilier intégré, et les « atmosphères » - détente, échange, étude, travail individuel - créées par un choix harmonieux des couleurs, du mobilier et d'éclairages différenciés.

La salle multimédia a ouvert au public fin janvier 1992. Ainsi s'achève cette première tranche de travaux de modernisation, complexe dans son déroulement, et qui a demandé une bonne connaissance de la bibliothèque et de son environnement universitaire, des circuits administratifs et financiers, enfin, un suivi constant tout au long du processus. Une deuxième tranche concernant la rénovation des services publics au rez-de-chaussée (hall, salle 1er-2e cycle, création d'une salle de formation) est actuellement en cours de négociation.

Janvier 1992

Illustration
Une salle audiovisuelle à la bibliothèque de Pharmacie de Châtenay-Malabry

  1.  (retour)↑  Gabriel GARNIER, « La nouvelle bibliothèque universitaire d'Orsay », Bulletin des bibliothèques de France, n° 12, 1962, p. 565-570.
  2.  (retour)↑  UFR : Unité de formation et de recherche.
  3.  (retour)↑  Isabelle CROSNIER et Sophie BESSON, Cabinet de programmation architecturale et urbaine.
  4.  (retour)↑  DBMIST : Direction des bibliothèques, des musées et de l'information scientifique et technique.
  5.  (retour)↑  SCARIF : Service des constructions des académies de la Région d'Ile-de-France.
  6.  (retour)↑  Isabelle CROSNIER et Sophie BESSON, Olivier DELAITTRE Françoise SOGNO.