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Dominique Cotte

Stratégie documentaire dans la presse

Paris : ESF, 1991. - 122 p. ; 24 cm. - (Systèmes d'information et nouvelles technologies)
ISBN 2-7101-0899-2
ISSN 0298-3524 : 105F.

par Anne-Marie Filiole

Un sujet intéressant, plutôt bien contourné. La plupart des développements ne sont pas spécifiques à la documentation de presse mais une pâle évocation du travail documentaire en général. Ersatz disséminé le long des pages sans hiérarchie d'information ni progression du discours. Travail inutile pour un professionnel de la documentation, insuffisant pour un néophyte.

On peut toujours rappeler l'essentiel

Stocker l'information en l'indexant, en la décrivant, en la catalogant, en la classant... n'est en effet pas une découverte en ces temps d'information totale où chaque citoyen consomme quotidiennement du document. L'auteur ne recule pourtant pas devant les évidences : « En matière de documentation, le document n'est jamais lui-même que le support d'une information, et l'étape principale du traitement consiste dans la description et la localisation du contenu de cette information »... On peut toujours rappeler l'essentiel.

Que le fichier soit manuel ou informatisé, la qualité des données stockées, autant que leur quantité, et le pouvoir de les replacer dans leur contexte et de fournir les bonnes réponses aux questions ont toujours été le souci des documentalistes, de presse et d'ailleurs. Il s'agit d'insérer le dossier dans un ensemble documentaire logique et de créer des pistes et des interfaces qui permettront d'y accéder.

La perte en logique de recherche du texte intégral par rapport à des outils navigationnels de type fichier, organisés pour favoriser l'accès à une typologie d'information (dossiers de presse ou banques de données), est la même pour tous : « L'accès au texte intégral a brutalement gommé tout l'aspect spatial " hypertextuel " de la documentation papier » - depuis 1971, des centaines de journaux sont disponibles en texte intégral aux Etats-Unis; en France, uniquement Le Monde et l'Agence France-Presse. Mais le texte intégral est un apport richissime et les logiciels hypertexte existent 1...

La page 45 révèle ce qu'on n'attendait plus : « Le journal est une culture de l'événement.

La documentation, un art de la durée ». C'est dans l'urgence de l'événement que le journaliste a besoin de l'information la plus synthétique. Mais quand ce travail est réalisé, il est souvent trop tard.

Difficile à maîtriser

La « nouvelle » n'est pas l'information documentaire, hiérarchisée, classifiée, repérée, qui se construit dans le temps. Elle est étroitement liée aux aléas de l'actualité et ouvre mille pistes, génère une inflation de données (politiques, économiques, militaires, énergétiques ou autres...). La difficulté est de trouver l'élément qui constituera le « fil rouge » du dossier à partir duquel l'ensemble d'une affaire pourra être retrouvée. L'affaire Greenpeace, par exemple, et rien qu'elle, mais aussi tous les éléments pouvant introduire à « tous les développements possibles effectués autour de ce thème » (rapport du pouvoir politique et des services secrets, diplomatie, essais nucléaires...)

L'art journalistique et l'art documentaire ont du mal à converger... « Par vocation, le service de documentation de presse est amené à fournir une demande à la fois très large et très pointue. » Le documentaliste oscille donc entre deux écueils : « Celui de la hiérarchisation à outrance avec une multitude de sous-dossiers et éclatement de l'outil, et celui du regroupement non critique qui vient nier la logique même du classement documentaire. » L'irangate n'est plus un dossier, mais « une nébuleuse de dossiers avec une planète centrale qui peut porter le nom de "Irangate", et une nuée de satellites répartis dans d'autres dossiers thématiques qui peuvent eux aussi former des "lunes" d'autres systèmes, etc. ».

L'information de presse est particulièrement difficile à maîtriser. Elle est redondante. Redondante dans le temps parce que les informations sur un même événement tombent jour après jour, et dans l'espace, parce que les différentes agences envoient les mêmes dépêches et que les journaux éditent le même jour et couvrent les mêmes événements, dans les mêmes circonstances. Elle est volatile, parce que jaillie, écrite, recherchée dans la rapidité, avec un manque de recul étonnant qui laisse difficilement discerner l'importance de l'événement proprement dit de sa couverture journalistique. Peu prévisible dans ses évolutions. Susceptible d'interprétation. Elle est sémantiquement floue (« drame » ? « Catastrophe » ?« Evénement » ?). Et, pour d'évidentes raisons, rapidement obsolescente (« Nothing is more dead than yesterday's paper »).

Le problème à résoudre est un problème de communication et d'interface entre différents outils d'information qui font appel à des méthodes de transmission et des techniques différentes afin d'intégrer réellement l'accès aux sources électroniques d'information au travail rédactionnel.

La substantifique moëlle

On aurait souhaité voir tomber les dépêches d'agences. Entrer dans les salles de rédaction, au Monde, par exemple, où le rédacteur reçoit automatiquement ces dépêches sur son poste de travail, les filtre selon ses centres d'intérêt, les conserve, les retraite ou les copie dans un article, etc. Voir fonctionner les centres de documentation, comme celui de The Independent, qui déploie une politique de panachage des sources, entre le texte intégral du journal lui-même, un ensemble de dossiers de presse pré-sélectionnés (utilisés pour les recherches de type large) et l'usage intensif des banques de données pour toutes les recherches ponctuelles et spécialisées.

Aussi aborde-t-on avec bonheur le chapitre V (page 75), et en même temps la substantifique moëlle annoncée dans le titre, grâce à quelques applications d'entreprises bien connues comme l'Agence France-Presse, le Monde, La Croix, Gamma ou l'INA ... Ici, faits, chiffres, précisions offrent un réel aperçu des stratégies adoptées. Finis les pseudo-considérations tout terrain, les résumés, tableaux ou récapitulatifs inutilement longs, encombrant une série déjà décousue de démonstrations qui effleurent le sujet ou en sortent.

Restait une dernière épreuve. La liste des « Quelques banques de données de presse » choisie sans raison apparente, surprenante par son absence de classement (ni thématique des données, ni alphabétique du nom des banques, ni alphabétique du nom des producteurs, ni chronologique des créations). Quand on sait que l'auteur fut lui-même documentaliste ! Il eût été plus pertinent de s'abstenir et d'opter pour un index des termes de presse...