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Roger Gaillard

AUDACE

Annuaire à l'Usage Des Auteurs Cherchant un Éditeur

Vitry : Calcre, 1991. - 416 p ; 30 cm.
ISBN 2-906018-02-3 : 270 F

par Jean-Pierre Brèthes

Connaissez-vous l'Académie européenne du livre, ARCAM, La Bruyère, Dolphen, Editorel, Gap, Laporte, Le Méridien, Papyrus, Vague verte ? Tous sont des éditeurs qui pratiquent le compte d'auteur ; mais il y en a bien d'autres, le plus souvent inconnus des bibliothèques. Et parmi les centaines, voire les milliers d'éditeurs de langue française (le répertoire 1991 du Cercle de la librairie en recense 3901), comment trouver celui vers qui diriger le mieux tel ou tel de nos lecteurs, écrivain en herbe ou parfois confirmé ? Comment l'aider à détecter l'éditeur qui correspond le mieux à son manuscrit, si tant est que celui-ci soit publiable ?

Un monde frès fluctuant

C'est à cela que répond l'annuaire du CALCRE (Comité des auteurs en lutte contre le racket de l'édition), intitulé AUDACE, et qui en est déjà à sa 3e mouture (après 1986 et 1988), preuve qu'il répond à un besoin (et aussi à une nécessité de mise à jour, car le monde de l'édition est très fluctuant) : il permet de s'informer sur le milieu éditorial et remet bien des pendules à l'heure, même sur des éditeurs que l'on croit bien connaître.

AUDACE recense 700 éditeurs, dont 20 % environ ne figurent pas dans les répertoires du Cercle de la librairie et de Livres hebdo. Ils sont classés ici par ordre alphabétique. Chacun d'eux bénéficie d'une notice signalétique, analytique et critique (parfois polémique, avouons-le, mais c'est ce qui rend la lecture de cet annuaire assez réjouissante, et non pas aride, comme on pourrait s'y attendre), comprenant :
- nom complet, adresse et n° de téléphone (on espère, contrairement à ce qui est annoncé dans l'introduction, que les renseignements ne datent pas de la mi-87), nom du PDG ou du gérant, du directeur littéraire s'il y a lieu, date de création ;
- un code graphique qui indique le pourcentage de publications à compte d'éditeur et à compte d'auteur : dans ce dernier cas, un second code donne 1 à 3 étoiles à ceux d'entre eux qui, non contents d'éditer, assurent la diffusion réelle, ou 1 à 3 tomates (pourries ?) aux éditeurs vivement déconseillés, ceux qui arnaquent le malheureux auteur ;
- un tableau bien utile des genres publiés, avec pour chacun d'entre eux le nombre de titres au catalogue, le nombre de titres publiés par l'éditeur chaque année, le tirage moyen, le fait que les inconnus ou débutants sont publiés, les traductions, le nombre de manuscrits reçus par an, d'auteurs nouveaux publiés par an (ces chiffres sont édifiants, et généralement devraient décourager bien des apprentis-auteurs), le type de livres publiés (plaquettes, courant, poche, album, beaux livres), la démarche à suivre pour être publié (envoi à l'américaine d'un synopsis + début du premier chapitre ou envoi du manuscrit intégral), le délai de réponse et l'accusé éventuel de réception, le mode de récupération du manuscrit (aux frais de l'auteur ou de l'éditeur), le mode de diffusion / distribution de l'éditeur ;
- enfin, une analyse détaillée du style de l'éditeur, de sa façon d'agir avec les auteurs, des contrats qu'il pratique. Cette analyse qui s'achève sur des conseils aux auteurs devrait leur permettre de choisir un éditeur en toute connaissance de cause.

Un style un peu « débraillé »

On reste effaré (même si on le savait déjà) devant le nombre incroyable de manuscrits reçus par les éditeurs ( ex. : 1 700 pour Minuit, 2 000 pour le Mercure de France, 3 500 pour Actes sud, 6 000 pour Gallimard, et 500 pour Rougerie), à croire que des dizaines de milliers d'écrivains existent en France. Il est plus que probable qu'ils multiplient leurs copies pour forcer la chance. AUDACE indique clairement que de nombreux éditeurs ne souhaitent pas recevoir de manuscrits et contactent eux-mêmes leurs auteurs. D'autres, ne renvoient plus les manuscrits à leurs frais. Les poètes liront attentivement les notices et verront que souvent la publication en revue est un préalable à toute édition à compte d'éditeur.

On s'amuse beaucoup à lire AUDACE, notamment pour les notices consacrées aux éditeurs qui pratiquent le compte d'auteur de manière abusive (et qui sont gratifiés de 1 à 3 tomates). Roger Gaillard et le CALCRE cherchent à défendre les auteurs et n'hésitent pas à pourfendre certains de ces éditeurs ; ils utilisent volontiers la polémique et l'invective. Il y a là une férocité réjouissante rendue avec force par un style un peu « débraillé » et un langage parfois trivial. Malheureusement, la relecture de l'ouvrage n'a pas été opérée avec tout le soin nécessaire : que de fautes qui ne sont pas des coquilles ! Pourtant Roger Gaillard analyse longuement dans sa préface la présentation des manuscrits et déconseille une dactylographie « truffée de fautes de frappe et d'orthographe ». Qu'il veille donc à revoir sa copie pour la prochaine édition !

Il sera nécessaire de mettre à jour l'introduction, inchangée depuis 1988. Certes, elle garde son efficacité et indique clairement les tenants et les aboutissants de la recherche d'un éditeur, la stratégie à adopter, les pièges à éviter, et si l'apprentiécrivain veut à toute force être édité, elle donne de judicieux conseils sur le compte d'auteur minimum ou l'auto-édition. Un index par genre est le bienvenu : il aurait gagné à être affiné pour ce qui concerne le roman et la nouvelle. On souhaiterait aussi un index régionalisé. Les adresses ou numéros de téléphone ne paraissent pas toujours avoir été revus avec soin.

Sans remplacer le Répertoire des éditeurs et diffuseurs de langue française ni l'Annuaire-guide de l'édition française, AUDACE joue un rôle différent. Il reste, en dépit de ses légers défauts, un usuel indispensable dans toute bibliothèque, tant pour répondre à la demande des nombreux apprentis-écrivains que pour permettre aux bibliothécaires de mieux connaître (ou du moins d'une manière non officielle, et parfois irrespectueuse) de nombreux éditeurs.