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Les 16-18 ans et la lecture

Martine Poulain

Les sondages se suivent et ne se ressemblent pas... toujours. Dernier en date sur le sort des jeunes têtes blondes déchirées entre Gutenberg et Marconi : un sondage, Direction du livre, France Loisirs et Le Monde sur les 16-18 ans et la lecture. 65 % disent avoir lu « la veille » du jour de l'enquête : un livre (y compris éventuellement une encyclopédie ou une bande dessinée, mais en excluant les livres scolaires), un journal ou un magazine. Le jour le plus favorable à la lecture n'est pas le dimanche mais le mercredi. Qui dit lecture ne dit pas livre : 40 % n'ont lu aucun livre dans la semaine précédant l'enquête. On assiste donc bien à une certaine permutation des supports de lecture, le livre semblant retrouver des adeptes chez les plus âgés et chez les filles plus que chez les garçons : il y a moins de non-lecteurs de livres (au cours d'une semaine-type) chez les 17-18 ans que chez les plus jeunes et moins de non-lecteurs de livres chez les filles que chez les garçons.

Question mal posée et qui a en partie raté son objectif : celle des raisons de lire. Elle met en évidence le rôle encore prégnant du conseil du professeur (20 %), des parents (13 %), ou du feuilletage dans un magasin ou une bibliothèque, malheureusement confondus (25 %). Mais elle recueille aussi 39 % de « autres » ou « sans réponse » qui laissent supposer que les possibilités énoncées ne cernent pas réellement les façons de faire des jeunes ou que ces derniers ne réussissent pas à identifier ce qui déclenche leur choix. La prescription de l'école surtout, mais aussi de la famille et des amis est beaucoup plus forte chez les filles que chez les garçons ; le rôle du professeur et des parents semble décroître avec l'âge, tandis qu'augmente celui des amis.

Les jeunes écrivent beaucoup : des lettres (90 %), de la poésie (22 %, surtout les filles : 30 %), un journal intime (14 % en moyenne et 22 % chez les filles).

Enfin, passage incontournable des sondages aujourd'hui : un « mini-examen » des connaissances... Les poètes les plus connus sont Victor Hugo, La Fontaine, Baudelaire, Rimbaud, Prévert ; les préférés seraient Baudelaire et Hugo. L'intéressant ici n'étant, à notre avis, pas tant les résultats que la question. Les sondages se transformeraient-ils en nouveaux évaluateurs, se donnant, sans le savoir, comme tâche de contrôler le niveau de connaissances de nos concitoyens ? La mutation ne serait alors pas si anodine qu'il y paraît.