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Manuel UNIMARC

UBCIM publications = Programme CBU-MI ; trad. Mireille Chauveinc, Thierry Cloarec, Suzanne Jouguelet.
Munich : Londres : Paris..., 1991. - IX-419 p. ; 24 cm.

par Marie-Renée Cazabon

MARC, contrairement à ce que pensaient deux très jeunes étudiantes bibliothécaires d'un centre de formation bien connu, et qui associaient dans leur imagination le nom de Marc Chauveinc aux formats MARC, n'est pas une découverte identifiée par le nom de son inventeur. Certes, on parle familièrement de la Dewey sans se poser de question, mais de là à faire le même amalgame entre les formats pour le catalogage lisible en machines et le nom de celui qui en parle le mieux et le plus souvent, il y a un monde. Mais voilà sans doute comment naissent les légendes...

Marc Chauveinc ne nous en voudra pas de révéler cette petite perle dont nous laissons le lecteur apprécier la candeur. Aujourd'hui, nous parlerons d'UNIMARC et non plus seulement de MARC dans cette note de lecture que nous pourrions, en signe de clin d'oeil, intituler : Marc, Mireille, Thierry, Suzanne et les autres ...

Un texte finement traduit

En mai dernier était édité le Manuel UNIMARC, aboutissement d'un projet qui avait germé deux ans auparavant, à la suite du Congrès de l'ABF à Marseille, dans l'esprit de Mireille Chauveinc et d'autres bibliothécaires sensibilisés par la question des formats. Publié par l'IFLA programme UBCIM chez K.G. Saur, le Manuel UNIMARC est la traduction française de l'UNIMARC Manual, réalisée par Mireille Chauveinc, Thierry Cloarec et Suzanne Jouguelet.

La presse professionnelle accueille régulièrement dans ses colonnes des articles passionnés sur les formats MARC : UNIMARC, USMARC, INTERMARC, et autres. Mais nous l'avons bien lu dans le Bulletin de l'ABF, la guerre des MARC n'aura pas lieu. Nous l'avons échappé belle. Toutefois, resituons les faits dans leur contexte, sans rejouer le drame des Atrides, version 1991.

Le format UNIMARC est né de la volonté de l'IFLA, (International federation of library associations and institutions) d'échapper à la babélisation des formats MARC. En effet, mis au point par la Bibliothèque du Congrès en 1965, le format MARC a très vite donné naissance à une génération de formats cousins difficile à maîtriser, malgré leur parenté évidente, chaque pays développant son propre format lisible en machine et le fondant sur ses propres règles de catalogage. UNIMARC a été créé pour mettre un terme aux difficultés engendrées dans les échanges bibliographiques par tant de différences, ou de variances.

Après plusieurs éditions de l'UNIMARC Handbook, un guide d'utilisation fut édité, en 1983 puis en 1987, l'UNIMARC Manual, dont nous présentons aujourd'hui la toute première traduction française.

Depuis plusieurs années, le seul document de référence était un énorme pavé de près de 500 pages, écrit en anglais par des bibliothécaires totalement imprégnés de leurs seuls usages et concepts professionnels américains. De maniement peu pratique et à la limite de l'illisibilité, il était urgent qu'une traduction fut réalisée et éditée pour les utilisateurs français. C'est ce que viennent de faire paraître Mireille Chauveinc, Thierry Cloarec et Suzanne Jouguelet dans une présentation matérielle extrêmement pratique, bien mise en page et d'une grande lisibilité grâce à l'utilisation de ressources typographiques.

Il s'agit d'un travail considérable, un texte finement traduit par des professionnels conscients de l'importance de la terminologie et qui n'a rien d'une simple traduction mot à mot. Celle-ci aurait été du reste incompréhensible. C'est en cela que nous trouvons finesse et intelligence de la part des auteurs.

Les usages français

En effet, bien que le format UNIMARC ne soit pas un manuel de catalogage selon les prescriptions de l'AFNOR, les auteurs ont veillé à se placer dans le contexte normatif français le plus souvent possible. S'appuyant sur la lecture des normes de catalogage françaises, et sur celle des différents ISBD ainsi que des AACR2 (anglo-american cataloguing rules), ils ont cherché à harmoniser le vocabulaire et les différents concepts. Leur langage est clair, parfaitement homogène d'un bout à l'autre de l'ouvrage. On sent cette recherche perpétuelle de coller à nos pratiques et à notre vocabulaire professionnels français.

Dans leur souci de fidélité, les traducteurs ont été visiblement très gênés par la présence dans le texte original de certaines tables ou de listes de codes dont ils savaient pertinemment qu'elles n'étaient et ne seraient jamais utilisées dans les établissements français Que faire en effet des listes de codes géographiques développés par la Bibliothèque du Congrès et empruntées à l'USMARC sans mise à jour ? Devant l'impossibilité de retrouver les responsables de ces listes, les traducteurs ont adopté une solution qui peut paraître expéditive, mais logique, avec les objectifs qu'ils s'étaient fixés : ne donner que les références des tables et non les tables elles-mêmes puisqu'elles ne servent pas. Quelle aurait été également l'utilité de maintenir les tables de caractères ISO puisqu'on peut les trouver dans les recueils de normes ISO ?

Par contre, il faut remarquer dans cette traduction la très importante annexe A sur les codes de langues. Il s'agit d'une table comportant environ cinq cents entrées de langues différentes mise à jour en 1990 par Marcelle Beaudiquez, directrice du Centre de coordination bibliographique et technique de la Bibliothèque nationale.

La liste des codes de fonction dans l'annexe C a été remaniée, traduite par Pierre-Yves Duchemin et présentée par ordre alphabétique. Ici aussi les traducteurs ont veillé aux usages français. Mais on peut cependant regretter que cette liste n'ait pas été maintenue également dans un ordre numérique car une certaine logique découle de cet ordre et permet la reconnaissance d'une fonction à la lecture d'une zone auteur.

Les traducteurs ont voulu une certaine homogénéité entre les termes utilisés dans la description bibliographique où l'on parle de zones, zone du titre et de la mention de responsabilité, zone de l'édition etc. et dans l'énumération des zones du format. Ils ont repris la même appellation pour traduire le mot field au lieu du mot « champ », ce qu'admet également le Vocabulaire de la documentation (AFNOR).

L'annexe G qui cite les codes des systèmes d'indexation matière a été enrichie par rapport à l'édition originale en faisant entre autres référence à la liste RAMEAU et au Choix des vedettes matières du Cercle de la librairie. La bibliographie a été réactualisée, les normes de catalogage citées le sont dans leur édition la plus récente.

Signalons enfin qu'un manuel ne remplit pas totalement sa mission s'il n'est accompagné d'exemples. Ici les exemples originaux ont tout d'abord été vérifiés, et les traducteurs ont eu scrupule à laisser figurer les erreurs (typographiques ou autres) qui se trouvaient dans l'édition de 1987. Pourtant quelques rares coquilles persistent qu'il faudra corriger pour une prochaine édition. Le Manuel UNIMARC a été en outre enrichi d'exemples français fondés sur les normes AFNOR ou extraits directement de ces normes. Ils rendent cette traduction encore plus concrète dans la pratique des utilisateurs.

L'avenir d'UNIMARC

Justement, à qui est destiné cet ouvrage ? Tout d'abord à tous les bibliothécaires appelés à utiliser un système informatique de catalogage structurant l'information bibliographique en UNIMARC, c'est une évidence. Du reste, il y a eu un parallèle significatif entre la réalisation de ce travail de traduction et l'installation du nouveau système informatique de la Médiathèque de la Cité des sciences. En effet, deux des auteurs étaient bibliothécaires à la Médiathèque de la Villette et ont participé, en même temps que leur travaux de traduction, au pilotage de l'installation du système Geac (l'un de ceux qui comprennent UNIMARC). Il faut relever à cet égard le soutien qu'ils ont reçu de leur établissement.

Ensuite, il concerne les concepteurs, les constructeurs eux-mêmes et ceux qui développent les logiciels de saisie et de récupération de notices. Car il est bien connu qu'aujourd'hui le marché est plus que jamais ouvert aux constructeurs qui proposent des systèmes capables de récupérer et d'échanger des notices. Il n'est pas vain de préciser que le CD-ROM de la Bibliothèque nationale est en UNIMARC, cela veut dire que les utilisateurs récupérant des notices de la BN, les reçoivent en UNIMARC. Il n'est pas le seul, le CD Electre présente lui aussi ses notices structurées en UNIMARC.

Quel est l'avenir d'UNIMARC ? UNIMARC est un véritable outil dans les échanges bibliographiques, appelé à se développer puisque certaines zones sont réservées pour de nouveaux supports ou attendent de nouveaux types d'informations. L'International MARC Network Advisory Committee qui, au sein de l'IFLA, avait la charge du développement d'UNIMARC a été dissout cette année pour laisser la place à un Comité permanent UNIMARC. Dépendant toujours de l'IFLA, et sous la présidence de Fernanda Campos de la Bibliothèque nationale du Portugal, ce groupe dans lequel la France est représentée par Françoise Leresche du CCBT de la BN a pour mission de promouvoir et de veiller à la maintenance du format.

L'ouvrage que nous avons présenté manquait dans le domaine professionnel et prend dès sa publication une place de premier ordre dans les ouvrages de référence. Il est sans doute appelé à connaître des rééditions dans un avenir plus ou moins lointain, rendues nécessaires par l'évolution de l'UNIMARC.

Mais cet ouvrage est-il suffisant pour que le professionnel sache cataloguer directement devant son écran ? A notre avis, il pourrait être complété par un outil pédagogique, genre recueil d'exemples expliqués ou d'exercices commentés car, on le sait, la demande en formation est aujourd'hui très forte.