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Coopérer avec les pays en voie de développement

Jeanine Bonnefoy

La francophonie est un objet de réflexion déjà ancien. Cette idée a été promue par Léopold Sédar Senghor en 1962 au cours d'une réunion de l'Union africaine et malgache, à Bangui. Ce faisant, il voulait donner un aspect institutionnel à l'emploi du français de par le monde. Il s'agissait d'instituer un Commonwealth à la française.

Rappels historiques

Ce qu'il envisageait surtout à l'époque était une certaine forme de l'unité africaine et l'instauration de liens privilégiés avec l'ancienne métropole. Aussi s'employa-t-il à inviter les autres chefs d'Etat à le suivre dans ses efforts. En 1966, à l'Université Laval de Québec, il se transforma en avocat de la francophonie : « Pour nous, la francophonie est culture.... Nous sommes devenus des états indépendants, des personnes majeures qui exigent leur part de responsabilités pour fortifier la communauté en l'agrandissant ».

De son côté, le président Bourguiba déclara, en 1965, lors d'une visite officielle à Dakar : « La francophonie est une réalité en Afrique : elle rassemble les pays dans un même univers culturel et leur fait découvrir, même au-delà de la langue, ce qui les unit... »

Des institutions internationales francophones apparurent : ainsi l'AUPELF, Association des universités partiellement ou entièrement de langue française, fondée en 1961 à l'Université de Montréal avec, pour but principal, de développer, grâce à la langue française, une coopération universitaire internationale.

En 1967, le Général de Gaulle aida à la formation de l'Association internationale des parlementaires de langue française (AIPLF).

Dans ce contexte, il faut mentionner l'activité de l'association ADIFLOR 1 (Association pour la diffusion internationale francophone de livres, ouvrages et revues), présidée par Xavier Deniau 2, qui constitue une des unités de fonctionnement essentiel. Dans le cadre de son département, le ministre s'est employé à constituer un réseau de collectes d'ouvrages et à en assurer la répartition auprès des pays intéressés, en collaboration avec la bibliothèque universitaire d'Orléans.

Un réseau de collectes

A partir de janvier 1987, il a usé de son autorité afin d'obtenir l'accord des présidents du Conseil régional du Centre et du Conseil général du Loiret. Pour promouvoir l'opération, le premier accepta la mise à disposition d'un local de stockage, le second intervint auprès de tous les maires du Loiret, comme l'Inspecteur d'Académie le fit auprès des proviseurs de lycées, des principaux de collèges, des directeurs d'écoles primaires et des inspecteurs départementaux.

Les associations de parents d'élèves furent également informées, et la presse locale, ainsi que le Bulletin municipal d'Orléans, firent paraître une information sur le sujet.

La collecte ainsi réalisée permit de réunir 10 000 ouvrages. Le double fut atteint en 1988 grâce à la participation régulière des écoles et collèges d'Orléans et de la périphérie, et de dons particuliers sollicités par voie de presse : des romans classiques pour adultes ont pu ainsi être introduits dans les envois, afin de satisfaire un public plus large.

L'année 1989 conserva ce niveau de 20 000 volumes, auxquels s'ajoutèrent l'envoi de 1 500 fascicules de revues pour l'enseignement supérieur. Le concours de la bibliothèque municipale de Montargis et de la bibliothèque centrale de prêt d'Indre-et-Loire permit d'accroître le réseau. Un libraire apporta son soutien, ainsi que la documentaliste du bureau de recherches géologiques et minières, qui proposa des revues spécialisées.

De nouveaux participants se manifestèrent en 1990, notamment la ville de Tours et une association de parents d'élèves de Gien : 20 000 volumes environ furent réceptionnés qui comprenaient surtout des manuels scolaires et des ouvrages de droit ou d'économie niveau baccalauréat, proposés par un libraire.

La préparation du recensement et l'acheminement des dons furent effectués avec le concours de la bibliothèque universitaire d'Orléans. Grâce à l'aide de l'ADIFLOR (centre de Paris), un agent fut recruté dans le cadre des travaux d'utilité collectifs pour établir des listes et surtout se charger de la confection des colis. Actuellement, un agent recruté selon un contrat « emploi et solidarité » maintient cette activité.

Quelques particuliers effectuèrent des dons spontanés ainsi que des bibliothèques, mais la plus grande partie émana des écoles d'Orléans ou de son agglomération. Des communes se sont également signalées par leur dynamisme.

Des manuels scolaires furent proposés, de la 6e à la 3e, notamment en français (grammaire et textes), histoire et géographie, mathématiques, sciences naturelles, physique et chimie.

Acheminement des dons

Quatre-vingts colis envoyés au Tchad furent déposés dans les diverses bibliothèques de N'djamenah et des villes de province.

L'activité se développant, 1988 permit de diversifier les destinations : les états bénéficiaires furent le Tchad, le Niger, la Louisiane, la République Centre africaine et l'Albanie. Ces pays tiennent à manifester des liens privilégiés avec le français : les manuels scolaires, dictionnaires et lexiques sont particulièrement appréciés, mais ces deux derniers, très difficiles à obtenir.

Les envois vers le Tchad furent maintenus en 1989 et étendus à Djibouti et à Alexandrie. Un ensemble important fut acheminé par les « Camions de l'Espoir », dont les responsables distribuaient conjointement des médicaments à destination des états de la côte africaine, du Maroc à la Sierra Leone.

En 1990, le premier destinataire fut la Roumanie - Bucarest notamment -, en raison des besoins impérieux. Puis l'expédition de deux palettes pour Madagascar a pu être réalisée, ce qui porte actuellement le nombre de colis à 481 contre 364 en 1989.

Il faut également mentionner l'aide matérielle apportée par certaines villes, quelques particuliers, sous les formes les plus diverses (moyens de transport, cartonnages,...), et par des associations caritatives, pour le stockage, l'acheminement, voire la distribution, de ces dons.

Si l'on souhaite, selon l'expression de Léopold Sédar Senghor, que le français « soit un soleil qui brille hors de l'hexagone », il devient indispensable que d'autres bibliothèques participent à ce réseau, quelle que soit leur catégorie, comme l'ont déjà compris les responsables de la bibliothèque municipale de Brest et la bibliothèque départementale du Cher.

  1.  (retour)↑  18 rue Brillat Savarin, Paris, 13e
  2.  (retour)↑  Secrétaire général de l'AIPLF.