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Éditorial

La coopération entre bibliothèques publiques ne date pas de la décentralisation. Loin de là. Mais les effets respectifs du développement des bibliothèques et de la décentralisation, confrontés à l'éternel émiettement des communes françaises, ont rendu nécessaire le renforcement des structures et des objectifs de cette coopération. Ce terme, qui a longtemps été en France synonyme d'initiatives émanant d'institutions nationales, se conjugue aujourd'hui plus fortement sur le terrain.

Si les bibliothèques centrales de prêt ont renforcé ces activités dans le cadre départemental, le milieu des années 80 a aussi vu la création d'un nouveau niveau de coopération : celui de la région. De nombreuses agences régionales de coopération, ainsi que deux institutions fédératrices nationales, ont ainsi été créées.

Ces agences ont, comme l'avait recommandé le rapport qui avait présidé à leur création, investi de nombreux terrains : information bibliographique, conservation et mise en valeur du patrimoine écrit, mais aussi audiovisuel, information et formation, action envers les publics spécifiques, relations avec l'interprofession, etc.

Ces modes pris par la coopération régionale sont aujourd'hui à un tournant. Qui dit développement dit aussi nouvelles questions. Celles que se posent les coopérateurs, ou qui leur sont posées, le sont aujourd'hui de manière insistante, voire abrupte. Quelles doivent être effectivement les activités principales prises en charge à un niveau régional ? Quelles sont les priorités ? De quelle manière ces agences peuvent-elles être effectivement au service de toutes les bibliothèques, quels que soient la taille et les besoins de ces dernières ? De quelle manière doivent-elles être gérées ? Quel doit être le mode de participation et de partage, aux plans tant politique que financier, entre les divers partenaires ? Les professionnels des bibliothèques sont-ils suffisamment conscients des enjeux ? Ont-ils vraiment l'esprit coopérateur ou l'âme française est-elle définitivement vouée à ne s'intéresser qu'à son clocher ? Quelle doit être l'attitude de l'Etat ? Comment conçoit-il sa mission, son rôle de fédération, d'initiative, d'encouragement, de soutien, de promotion, de rééquilibrage ? La naissance de la Bibliothèque de France, au-delà des espoirs qu'elle suscite, doit-elle faire craindre, pour certains des aspects de la coopération, un retour à des formes de centralisme, où trop est dévolu à une seule institution ?

Si cette livraison du Bulletin est essentiellement axée sur la coopération régionale, elle laisse aussi la place à d'autres réflexions. Quelles formes de coopération mettre en place dans d'autres collectivités territoriales, par exemple dans une communauté urbaine ? La coopération demain, aujourd'hui, ne peut être limitée par des frontières institutionnelles, liées bien souvent à la diversité des autorités de tutelles des organismes documentaires. La coopération, même et surtout, locale, ne peut être pensée en termes de découpages institutionnels mais bien dans le sens d'un réseau d'intérêt public. Qui dit coopération et maillage dit aussi, bien sûr, bibliothèques universitaires, bibliothèques d'écoles, bibliothèques spécialisées, centres documentaires divers. Le début du siècle avait, par exemple, vu Clermont-Ferrand répondre à ce défi à sa manière en créant une bibliothèque à la fois universitaire et municipale.

Le défi de cette fin de siècle sera la coopération réussie dans chaque unité territoriale entre les divers types de bibliothèques. Faute de quoi, tous les retours en arrière seront toujours possibles.