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Mise en page et mise en texte du livre manuscrit

sous la dir. de H.-J. Martinet J. Vezin. Paris : Promodis, 1990

par Isabelle Kratz

Cet ouvrage collectif est consacré à la forme du texte manuscrit, depuis l'Antiquité jusqu'à la naissance de l'imprimé. Les auteurs, à l'aide d'exemples précis pris dans les genres littéraires les plus variés, font une étude très technique des éléments de mise en forme et de mise en texte.

La première partie de l'ouvrage est consacrée au livre antique dans le bassin méditerranéen, écrit sur papyrus ou sur parchemin, généralement sous forme de volumen, au moins jusqu'au IIe siècle après J. C. Les trois chapitres suivants, très riches, portent sur la Bible, bibles hébraïques, grecques, latines, et sur toute la littérature née autour de la Bible, textes liturgiques et écrits patristiques.

Les auteurs s'intéressent ensuite aux ouvrages non religieux, textes classiques (Homère, Platon, Virgile, ...) et littérature latine de distraction. Viennent ensuite les livres d'étude (religieux, scientifiques, juridiques, ...), utilisés comme instruments de recherche et d'enseignement, où gloses, croquis, tables et index prennent une grande place.

Un autre chapitre est consacré aux textes en langue vernaculaire, tout d'abord très fidèles aux traditions de mise en page d'usage pour les ouvrages en latin, mais trouvant ensuite leur propre voie. Les modes d'illustration ne sont bien évidemment pas oubliés et plus de cinquante pages abondamment... illustrées leur sont réservées. Pour terminer, les auteurs abordent la question fondamentale de la ponctuation et des coupures de mots, éléments régis en fonction de l'utilisation des textes écrits et des méthodes de lecture.

Dans chacun de ces chapitres, les auteurs étudient de façon très détaillée les éléments de mise en page et de mise en texte : réglure, type d'écriture, encre, alinéas, sauts de ligne, initiales, rubrication, titres courants, notes, marges, justification, longueurs de ligne, procédés plus ou moins heureux utilisés pour organiser un texte et son commentaire dans un même espace ou pour distinguer texte de base et citations ajoutées, dimension et place des illustrations... Pour les textes qui ont connu une longue tradition, l'évolution de ces éléments de mise en page les uns par rapport aux autres est analysée, évolution qui correspond là aussi à un changement de mentalité, d'utilisation ou de méthode de lecture.

L'ouvrage est magnifiquement illustré, ce qui, outre un apport esthétique indiscutable, permet aussi au lecteur de suivre plus facilement l'analyse et les descriptions théoriques des auteurs.

En résumé, on pourrait dire que l'intérêt scientifique principal de cet ouvrage est d'ouvrir de nouvelles perspectives à l'étude des textes manuscrits. Jusqu'à présent, les éléments extérieurs (écriture, réglure...) de ces textes étaient utilisés avant tout pour des questions de datation et d'identification. Les 19 collaborateurs de Mise en page et mise en texte... vont au-delà en fournissant tous les éléments pour une étude sur les modes d'écriture et de lecture à travers les siècles.

La façon dont un texte est présenté dépend de la manière dont il devrait être lu et utilisé et du public auquel il est adressé. Graphiques, tableaux et schémas, destinés à concrétiser les résultats de recherche, montrent à quel point les éléments de mise en page et mise en texte sont loin d'être des produits de l'imagination des scribes, mais correspondent bien à des méthodes réfléchies, au moins dans la plupart des cas.

Cet apport de l'ouvrage en est aussi la limite : les auteurs fournissent des descriptions très détaillées des manuscrits étudiés, mais n'en tirent généralement pas des conclusions sur la réception de tel texte, sur le public visé ou sur les modes de lecture. De toute évidence, ce n'était pas l'objectif de la publication.