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Coopération et patrimoine en Rhône-Alpes

Martine Mollet

Bernard Lafon

Une journée professionnelle, organisée par l'ACORD, Agence de coopération interbibliothèques de la région Rhône-Alpes, et la ville de Roanne s'est tenue à Roanne début octobre. Présidée par Jean Gattegno, délégué scientifique à la Bibliothèque de France, cette journée avait pour ambition d'alerter les pouvoirs publics et les professionnels du livre sur l'état déplorable de la majorité de nos collections anciennes (et moins anciennes...), d'examiner les politiques nationales présentes et à venir, d'exhumer enfin les préoccupations, les réflexions, les mises en oeuvre des acteurs sur le terrain patrimonial.

Sauvegarde, reproduction, transmission

Gérard Oberlé, bibliophile reconnu, dénonçait dans une intervention pour le moins tonique, l'amalgame entre patrimoine et patriotisme : les livres commes les êtres humains ne peuvent être enfermés dans des frontières. Enfermer des livres, c'est enfermer des personnes. Mais les livres étant des personnes, on peut supposer qu'ils ont besoin d'un logis. En l'occurrence, l'habitat le mieux adapté est encore, jusqu'à nouvel ordre, les bibliothèques.

Aussi, la « maison commune », entendez la Direction du livre et de la lecture, par la voix de M. Ricard, adjoint d'Evelyne Pisier, est venue nous rappeler les aides qu'elle accorde pour la sauvegarde et la transmission du patrimoine écrit conservé dans les bibliothèques municipales. Les mesures traditionnelles (conservation des matériaux, plans de sauvegarde, traitements curatifs et scientifiques des fonds, aide à l'enrichissement des collections...) prennent un nouveau visage grâce au plan de déconcentration progressive des activités, selon le principe de la séparation entre prescriptions méthodologiques et contrôle technique (service centraux) et politique appliquée (DRAC 1). En projet pour 1991, la création de deux postes de conseillers patrimoniaux. Quant au rôle du conseil scientifique du patrimoine, il sera de collecter des informations pour le repérage systématique des collections patrimoniales mené en collaboration avec les agences de coopération.

En revanche, aucune subvention ne sera octroyée en amont pour les futurs centres de conservation, mais les commandes de prestations de services en aval 2 seront soutenues.

La Bibliothèque de France héritant des collections de la Bibliothèque nationale, Dominique Jamet précise ensuite la politique de reproduction qu'il entend mener à bien. Celle-ci est un élément fondamental de la politique de conservation et de communication de la Bibliothèque de France : les reproductions sur microfilms ou microfiches serviront de support à une numérisation de masse indispensable pour la communication via le réseau NUMERIS.

Jean-Marie Arnoult, directeur technique à la Bibliothèque nationale, brosse un tableau comparatif des politiques de reproduction en Europe, qui montre la nécessité de conjuguer des efforts inconnus jusqu'alors. On estime à 1,5 trillion le nombre de documents conservés en Europe. 15 % demandent une sauvegarde immédiate. Une réponse : un catalogue européen de microformes mères (projet EROMM).

La richesse patrimoniale des bibliothèques municipales de Rhône-Alpes est ensuite rappelée avec force par René Gachet, directeur régional des affaires culturelles. Elles conservent 600 000 unités au moins qui deviennent progressivement l'affaire de tous, sans compter l'élaboration du patrimoine contemporain qui est une juste préoccupation de la plupart des bibliothèques municipales.

Sacralisés et sacralisables

La seconde partie de la journée donnait la parole aux « régionaux ». Bibliothécaires, archivistes exposaient expérience et collaborations. Une coopération active bibliothèque municipale-archives municipales à Romans permettra, selon Jean-François Jacques et Martine Dubrana, de croiser les publics et de générer une dynamique vers une plurifréquentation des deux structures pouvant s'étendre aux autres institutions culturelles de la ville. André Brochier, des archives départementales de la Drôme, décrivait, quant à lui, l'archiviste au travail dans le repérage et la collecte des fonds privés, mais aussi dans l'assemblage des matériaux nécessaires à la recherche historique. Classer pour pouvoir penser.

Conserver et collecter des affiches à Chambéry en vue de constituer un fonds dont une partie pourra être prêtée, est une préoccupation constante. Par la mise en réseau des personnes et organismes qui peuvent fournir des documents, Jacqueline Guest soulignait le rôle essentiel de la conservation sans laquelle il ne peut y avoir de diffusion.

Quant à la bibliothèque municipale de Saint-Etienne, elle est depuis longtemps préoccupée par la conservation du livre de jeunesse. Jean-Guy Girardet témoignait que la littérature de jeunesse a sa place dans le dispositif de la fonction de conservation : restauration, conservation, mise à disposition du public, incitation à l'entreprise de recherches de type universitaire. La mise en place d'un dispositif original ne fait que commencer. Grenoble est davantage intéressée par la conservation et la mise en valeur de l'existant que par les acquisitions. Yves Jocteur Montrosier rappelait tout de même les spécialités de la bibliothèque : oeuvre bibliophile de Matisse, Stendhal, le papier, les jeux... Problème du patrimoine du réseau des bibliothèques de Grenoble qui fait ignorer pour l'instant le patrimoine de demain.

Guy Parquez et Pierre Guinard invitaient à une réflexion sur la notion même de patrimoine. Les sacralisés du présent relativement bien connus et les sacralisables du futur qui attirent peu de fidèles pour l'instant, effrayés moins par la communication que par la masse qu'ils représentent. A Lyon comme ailleurs, ce n'est qu'un début...

Repérage et inventaire étant les deux mamelles bien connues du patrimoine écrit, en fin de journée, Dominique Varry (ENSB) 3 et Jean-Paul Oddos (Bibliothèque de France) plaidaient pour leur nécessité intrinsèque. En Rhône-Alpes, un guide du patrimoine des bibliothèques de la région satisfaisant à la fois les chercheurs, les érudits et le grand public localisera les collections les plus originales et les plus remarquables et en indiquera les moyens d'accès. Sa conception et les modalités de son intervention dans le champ du tourisme culturel sera une priorité pour la commission patrimoine de l'ACORD 4 récemment constituée.