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Newspaper preservation and access

ed. by Ian P. Gibbs
München : K.G. Saur, 1988. - 21 cm. - (IFLA publications ; 45, 46)
Vol. 1 : 230 p. ISBN 3-598-21775-7
Vol. 2 : p. 233-449. ISBN 3-598-21776-5

par Liliane Colin

Le groupe de travail de l'IFLA (International federation of library associations and institutions) sur les publications en séries a organisé, à Londres, du 12 au 15 août 1987, le premier symposium international sur la conservation et l'accès aux périodiques dans les bibliothèques. Ce symposium a rassemblé 108 participants de 30 pays différents.

L'ouvrage, en 2 volumes, reprend les 41 communications de ce symposium dans l'ordre où elles ont été faites, ainsi que leurs résumés et les discussions qui ont suivi. Le symposium s'articule de la manière suivante : histoire et bibliographie de la presse, utilisations de la presse, un exemple de gestion d'une collection de périodiques, le microfilmage, des ateliers qui reprennent les thèmes précédents de façon plus technique, la conservation au niveau national de périodiques à travers l'expérience de bibliothécaires de 19 pays différents, ouverture sur des perspectives au niveau international.

Confrontation des expériences

Un questionnaire concernant les collections nationales de périodiques a été envoyé à un certain nombre de bibliothèques au niveau mondial entre 1981 et 1983. 71 pays y ont répondu. Le questionnaire ainsi que l'analyse des réponses figurent en appendice. Ce symposium sur la conservation et l'accès aux périodiques faisait logiquement suite à l'exploitation des réponses au questionnaire par le groupe de travail de l'IFLA sur les publications en séries. Son but est d'apporter une aide aux bibliothécaires présents grâce à la confrontation des expériences des uns et des autres.

Dès l'introduction, l'accent est mis sur l'importance des périodiques pour les historiens, les hommes politiques, les journalistes, les écrivains, les hommes d'affaires... La première partie porte sur l'histoire et la bibliographie de la presse à travers une expérience allemande et deux expériences anglaises. Il est impossible de faire une bibliographie exhaustive de périodiques. Il est difficile de reconstruire l'identité d'un titre, souvent éphémère.

M. Bohrmann, de Dortmund, parle de l'importance des bases de données bibliographiques. MM. Harris et Black, de Grande-Bretagne, mettent l'accent sur le périodique en tant que source historique importante. A ce niveau le dialogue est indispensable entre le chercheur et le bibliothécaire. Ils concluent sur la nécessité de travaux plus nombreux sur l'histoire de la presse. Au cours de la discussion qui a succédé aux premières communications, il est fait mention d'un éventuel programme d'indexation rétrospective (techniquement trop cher), de l'importance des revues de presse, du manque d'information sur l'orientation politique des journaux, ainsi que des impératifs commerciaux en ce qui concerne le microfilmage.

Collaboration historiens-bibliothécaires

Les utilisations de la presse s'articulent en quatre points. En ce qui concerne l'histoire de la presse, D. Griffiths constate que les historiens de la presse sont peu nombreux. Il propose, à la suite d'un travail personnel sur l'histoire de plusieurs titres anglais, un archivage national de la presse.

M. Potter, donne, lui, le point de vue de l'utilisateur en tant que spécialiste de l'histoire de la médecine et conclut qu'il reste beaucoup à faire au niveau de l'exploitation des périodiques qui sont une source primaire sans prix, apportent des preuves historiques et donnent accès à la réalité. La collaboration historiens-bibliothécaires lui paraît nécessaire. Ces premières communications ne sont pas faites par des bibliothécaires mais par des professionnels de la presse ou par des historiens, ce qui permet d'ancrer le problème au niveau des utilisateurs avant de passer à l'aspect technique de la conservation et de l'accès aux documents.

M. Hôfig est le premier à s'exprimer en tant que bibliothécaire. Il présente une analyse détaillée de l'utilisation des collections de périodiques dans les bibliothèques grâce à l'analyse systématique des demandes de prêt-inter.

Cette partie se termine par une étude de la lecture des journaux en dehors des bibliothèques. Les différentes classes sociales, en zones urbaines et rurales, sont touchées. Une statistique réalisée en 1981 montre qu'en Autriche, sur 1 h 24 mn de lecture en moyenne par jour, 1 h est consacrée à la lecture des journaux. Un journal est lu d'abord par celui qui l'achète puis par sa famille (enfants puis conjoint). L'utilisation rétrospective d'une collection de périodiques nécessite la fréquentation d'une bibliothèque, à défaut d'archives personnelles !

Microfilmer coûte cher

Nous entrons directement dans le vif du sujet avec l'intervention de Else Delaunay, de la Bibliothèque nationale, portant sur la gestion d'une collection de périodiques. Après une présentation du département des périodiques de la BN, E. Delaunay décrit toutes les tâches qui constituent la gestion d'un service de périodiques : acquisitions, choix des titres, support (papier ou microfilm), besoins des utilisateurs, équipement des locaux de lecture, catalogues, conservation matérielle (acidité du papier, restauration, reliure, magasins), accès aux documents, photocopies d'après microfilms, ressources financières. Elle propose, à travers son expérience, un type d'organisation et recommande la conservation des originaux pour des raisons légales, techniques et intellectuelles. L'exposé est très technique, il donne beaucoup de conseils pratiques.

J. Mannerheim (Suède) a intitulé son intervention : le microfilmage, ce qu'il vous faut savoir. Il s'agit à nouveau d'un exposé visant à apporter une aide aux bibliothécaires qui ne se sont pas encore engagés dans une politique définie de conservation et de communication de leurs collections de périodiques. Microfilmer coûte cher. Ce n'est pas une décision à prendre au niveau d'une seule bibliothèque, mais au niveau national. Il faut obtenir des crédits en sensibilisant les pouvoirs publics, ne pas attendre que le papier tombe en poussière pour microfilmer. Le microfilm ne se substitue pas au papier, un exemplaire papier de sécurité doit être conservé. L'avenir verra peut-être la conservation sur disque optique. On peut techniquement passer du film au disque, le microfilmage n'est donc pas du temps perdu.

L'auteur attire l'attention sur les titres qui ont plusieurs éditions par jour ainsi que des éditions locales. Un microfilmage régulier permet de travailler sur des collections en bon état. Il est souhaitable d'utiliser les informations bibliographiques rassemblées au moment du microfilmage, plus tard elles risquent de ne plus être accessibles. Le programme de microfilmage doit être défini au niveau du coût, du personnel, de ce qu'on veut microfilmer, du nombre de copies disponibles pour les lecteurs.

L'auteur cite les normes internationales en vigueur. La conservation du microfilm d'archive doit être faite dans de bonnes conditions. Le problème légal du copyright se pose. Pour une bibliothèque nationale, microfilmer implique de devenir microéditeur. Des conseils techniques sont donnés qui suivent toute la chaîne du travail de microfilmage. Celui-ci ne vise pas seulement à conserver les périodiques, il permet aussi un meilleur accès qui, en retour, crée la demande. Les annexes qui suivent la communication donnent des exemples concrets de ce qui a été exposé.

Stratégies de conservation

Sept ateliers ont suivi les premières communications. L'un concernait le catalogage des périodiques. Les grandes lignes internationales sont données à travers un document mis au point en 1987 par les membres du groupe de travail de l'IFLA sur les publications en séries. M. Black (Grande-Bretagne) donne ensuite le point de vue de l'utilisateur (historien) concernant un travail sur la presse anglaise du XVIIIe siècle. T. Ilbury, directeur du service reprographique de la British library, apporte des informations techniques sur le matériel, la méthode de travail étape par étape. Le disque optique est évoqué, mais pour un avenir assez lointain.

F. Dunn, bibliothécaire au journal Today, s'intéresse, lui, à l'indexation, aux coupures de presse, aux bases de données en ligne avec texte intégral et aux fichiers électroniques. F. Perraud aborde le problème des stratégies de conservation sous forme de microfilms à la Bibliothèque nationale et parle du rôle de l'ACRPP (Association pour la conservation et la reproduction photographique de la presse) dans le microfilmage de la presse française.

M. Banik (Autriche) pose le problème de la conservation en masse de périodiques dans les bibliothèques : papier fragile qu'il faut désacidifier, microfilms, photocopies, disque optique, support magnétique. Il décrit un procédé de désacidification du papier utilisé à Vienne et qui permet de conserver l'original renforcé par le traitement. Le dernier atelier s'intitule : disque optique et conservation des périodiques, par B. Williams (Grande-Bretagne), qui pose le problème du dépôt légal, des normes à long terme pour le matériel et de l'intégralité du document copié, ce dont on n'est jamais sûr avec le disque optique. Le problème de conservation est double. C'est à la fois un problème de conservation du contenu et un problème de conservation de la forme originale.

Presse nationale

Le deuxième volume s'ouvre sur une série de 19 interventions décrivant les choix spécifiques faits par 19 pays différents, du Brésil à la Yougoslavie, par ordre alphabétique, concernant la conservation des périodiques. Chaque pays présente un bref historique de sa presse nationale et décrit l'action menée. La plupart des papiers sont suivis d'une bibliographie et parfois même d'annexes. La majorité des pays concernés suit un plan de microfilmage plus ou moins systématique depuis plus ou moins longtemps.

Les projets sont fonction d'impératifs financiers, historiques (l'Inde a perdu ses premiers périodiques, les archives de la RFA sont éparpillées), géographiques (le Canada a décentralisé le travail dans chaque province, au Brésil les collections sont dispersées sur un territoire vaste comme un continent), du bon fonctionnement du dépôt légal (problèmes au Brésil et au Canada). Plusieurs langues peuvent coexister (Inde). Certains problèmes de conservation sont spécifiques aux pays tropicaux (Nigéria). La Yougoslavie manque d'équipement pour lire les microfilms.

Cette partie du symposium est le lieu privilégié d'échange d'expériences. Aucune recette n'est donnée mais chacun peut y trouver des solutions à ses problèmes et prendre ce qui peut fonctionner dans un contexte donné. Le point fort qui se dégage de ces interventions est l'importance des normes internationales en vue d'une plus grande coopération (qui est aussi un argument pour obtenir des crédits au niveau national).

Coopération internationale

Les dernières interventions concernent les éléments d'une politique mondiale de conservation des périodiques, conclusion logique de ce congrès. H. Bohrmann (RFA) aborde, à travers sa propre expérience, le problème des possibilités de coopération : en RDA, les collections sont nombreuses, les catalogues incomplets. La politique est de conserver l'original et de donner le microfilm en consultation. La limite aux normes internationales est qu'elles sont facilement appliquées dans les pays industrialisés, mais les pays en voie de développement manquent des moyens financiers nécessaires. M.J. Starr donne ensuite des éléments d'approche d'une coopération internationale pour le microfilmage.

H. Komorous aborde le problème de l'échange international des informations en partant du cas hypothétique d'une recherche internationale : identifier un périodique (facile grâce aux répertoires), en trouver la description bibliographique (les périodiques ne sont pas toujours inclus dans les bibliographies nationales), trouver les informations rétrospectives (beaucoup de catalogues sont sur papier, il n'existe pas de listes communes), obtenir des informations sur les microformes (il existe quelques catalogues et quelques annuaires sur la microédition, il faut trouver le prix du document ou localiser le master, réaliser des copies). Une lettre d'information (par exemple) qui permettrait l'échange d'information sur les programmes nationaux serait la bienvenue. Quelques voeux sont émis pour améliorer l'accès aux périodiques (source récente de recherche), entre autres établir un réseau de bibliothèques nationales, réaliser des listes bibliographiques, des catalogues, des bibliographies informatisées, rassembler des informations sur les microformes.

Le dernier papier, présenté par S.C. Biswas (Inde), aborde les besoins des pays en voie de développement. Il est difficile de réduire trois continents à une entité. Les périodiques n'y ont pas partout la même valeur. Le microfilmage pose des problèmes climatiques et de matériel, il représente un gros investissement. La coopération n'est possible qu'entre partenaires égaux, le tiers monde devra aller vite pour surmonter son handicap. Par-delà beaucoup de vœux pieux, cette intervention pose peut-être les vrais problèmes en ce qui concerne les pays en voie de développement.

La conservation et l'accès aux périodiques intéressent aussi bien les producteurs, les utilisateurs et les bibliothécaires. Les activités du groupe de travail de l'IFLA sur les périodiques sont maintenant bien coordonnés. C'est le lieu où le dialogue peut se resserrer entre bibliothécaires, historiens et autres utilisateurs. LP. Gibb dégage 14 points à discuter en guise de conclusion. Le deuxième volume des actes du symposium s'achève sur quatre documents placés en appendice dont un texte de l'IFLA sur la conservation ou l'élimination des périodiques après microfilmage.

Le thème central de ces discussions aura été la nécessité d'une coopération internationale plus importante. Chacun pourra y trouver une aide, une réponse à la question de savoir sous quelle forme conserver et proposer aux lecteurs des collections de périodiques (avec les limites et les avantages de chaque technique). La lecture des 449 pages de ce document sera surtout profitable aux bibliothèques de pays qui ne se sont pas encore complètement engagés dans un choix, c'est-à-dire essentiellement aux pays en voie de développement. Tous pourront y trouver des conseils pratiques pour résoudre des problèmes ponctuels.