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Le CD-ROM

du punch pour les BU

Annie Le Saux

« Un lecteur de CD-ROM dans chaque section de bibliothèque universitaire, fin 1989 », telle a été l'assurance de Henri Peretti, lors de l'ouverture des journées INFO-ROM sur les bibliothèques et centres de documentation face au CD-ROM (Compact disc read only memory), les 28 et 29 novembre 1988, au Palais des congrès à Paris. Un CD-ROM est tout simplement un dérivé du disque compact audio, sur lequel des informations numériques - textes, images, graphiques - ont été gravées. Ce disque, pressé en usine, né permet pas la recopie et n'est pas réinscriptible.

Un lecteur de CD-ROM implique un micro-ordinateur, des logiciels d'application et, bien sûr, des titres. Et, si possible, une compatibilité entre ces différents matériels. Et il n'y a pas si longtemps que les plâtres ont été essuyés ! Des accords sont enfin intervenus entre constructeurs, développeurs de logiciels et industriels du disque compact pour aboutir à l'établissement de normes : standards logiques, avec la norme High Sierra ou ISO 9660, qui permet une compatibilité entre les différents types de lecteurs de CD-ROM et standards de connexion physique, avec le développement de lecteurs munis de l'interface SCSI. Parmi les lecteurs disponibles en France, TRT-TI/Philips, Hitachi, Toshiba, Sanyo, Atari offrent soit des interfaces spécifiques, soit des interfaces SCSI. Comment choisir le bon produit ?

Le risque de départ

Si le choix de matériel n'est pas simple pour le bibliothécaire, par contre le choix des titres est vite fait. Pour l'instant, du moins, car des projets de CD-ROM sont en cours. La mise en place d'un fonds d'avance sur recettes pour les CD-ROM, par le Centre national de la cinématographie du ministère de la Culture en collaboration avec le ministère de l'Industrie, devrait aider à financer une vingtaine de projets dans l'année. Ajoutons à cela un appel à propositions de produits d'information scientifique et technique sur CD-ROM, lancé par la Délégation à l'information scientifique et technique du ministère de la Recherche et de la Technologie.

Le but de ces opérations est de développer les produits, en aidant les partenaires à prendre le risque de départ, par un financement d'une partie de la réalisation. Car, l'intérêt économique du CD-ROM étant proportionnel au nombre de ses utilisateurs, le taux de consultation est, lui, proportionnel à l'offre, c'est-à-dire au nombre de fichiers. Ce développement passe aussi par un accroissement du nombre des lecteurs et donc une aide, en collaboration avec la DBMIST, aux bibliothèques, afin qu'elles puissent s'équiper. Un obstacle qui tend à disparaître, c'est le manque de structure organisée pour vendre les CD-ROM. On estime, en effet, que, d'ici un an, le nombre de diffuseurs, en France, sera d'une dizaine..

Aux Etats-Unis, le CD-ROM, fort apprécié des utilisateurs, est depuis longtemps (1984), et largement, implanté dans les bibliothèques. Une bibliothèque sur quatre environ est équipée d'un lecteur, avec au moins un produit. 70 % des bibliothèques équipées offrent des bases de données ou des produits internes sur CD-ROM. Le tirage, pour certains titres est supérieur à 1 000, mais la plupart avoisinent seulement les centaines. La première apparition de ce produit a été le CD-ROM Bibliofile en 1986. Il s'agit du catalogue automatisé de la Library of Congress, sur 4 disques. Ensuite sont apparus les Books in print, équivalent américain des Livres disponibles.

La première grande application du CD-ROM a donc été l'édition de catalogues et d'ouvrages de référence existant déjà sous forme papier, c'est-à-dire d'informations qui ne demandent pas un renouvellement permanent. La deuxième application est la création d'un produit nouveau spécifique au CD-ROM. Les applications les plus directement utiles aux bibliothèques sont les encyclopédies (Grolier, Mac Graw Hill, le dictionnaire Harrap's multilingue, Zyzomis, le Who's who), les catalogues de bibliothèques, les bases de données scientifiques et juridiques (ERIC en sciences de l'éducation, PSYCLIT en sciences humaines, MEDLINE, EMBASE en sciences médicales, AGRICOLA/CRIS en agriculture, NTIS en recherche et industrie).

En France, la BPI édite son catalogue multimédia sur CD-ROM, sous le nom de Lise. Myriade, le CD-ROM du Catalogue collectif national des publications en série (CCN), installé dans une vingtaine de bibliothèques tests, avant d'être commercialisé, donne accès à 450 000 notices de périodiques disponibles dans 2 760 bibliothèques et centres de documentation. Dans l'avenir, un certain nombre de développements sont prévus, dont la mise en liaison avec le prêt entre bibliothèques (PEB).

Valeur ajoutée

Outre ces réalisations, divers produits sont actuellement à l'étude. Réalisé en commun par la Bibliothèque nationale et la British library, un CD-ROM pilote contenant 30 000 notices de la Bibliographie de la France, publiées en 1986 et 1987, en format UNIMARC, et 30 000 notices de la British national bibliography sur l'histoire de l'Europe, en format UKMARC. Une trentaine de bibliothèques (BM, BU, BCP) ont participé à ce programme d'évaluation. L'objectif est de commercialiser en 1989 un CD-ROM contenant sur un seul disque 400 000 notices de la BGF depuis 1975. Autre projet en voie de réalisation : mettre la bibliographie du Cercle de la librairie, c'est-à-dire Les livres disponibles, déjà accessibles en ligne, sur CD-ROM, avec comme principe guide, trouver le moyen de combiner une approche par des spécialistes et par des non-spécialistes.

Annoncé par la presse spécialisée comme le média universel (stockage et diffusion de l'information), le CD-ROM présente un certain nombre d'avantages, tels que sa facilité d'emploi, sa durabilité, ses très grandes capacités de stockage (550 millions d'octets, soit environ 270 000 pages dactylographiées) et sa sécurité. Encore vaut-il mieux fermer à clé le lecteur, lorsqu'il est en accès libre. Autre point positif, l'information sur CD-ROM a une valeur ajoutée par rapport à celle fournie par les banques de données en ligne, car elle est structurée et formalisée en fonction des besoins.

Les bibliothécaires, conscients des avantages du CD-ROM, en aperçoivent aussi les limites. Son accessibilité en monoposte uniquement est certainement un frein à son développement. L'utilisation en réseaux n'est actuellement pas possible, soit pour des raisons techniques, soit pour des raisons de copyright. De plus, la fréquence des mises à jour ne dépasse que rarement deux à trois en un an. Ce en quoi il est concurrencé par les banques de données en ligne, qui peuvent avoir des mises à jour hebdomadaires, comme SOVT, système de deux banques de données sur l'URSS.

Cependant, plutôt que le terme de concurrence, c'est celui de complémentarité qui est le plus souvent retenu, lorsque l'on parle de CD-ROM et de banques de données en ligne. Il est même envisagé de compléter les informations du CD-ROM en combinant la mise à jour à la connexion en ligne. On pourrait ainsi rafraîchir l'information et rendre plus conviviale l'interrogation en ligne. L'avenir sera-t-il aux applications mixtes ?

Actuellement, la diversité des logiciels d'application pilotant les CD-ROM requiert de l'utilisateur final une certaine faculté d'adaptation. Et même si la plupart d'entre eux sont d'une utilisation très simple, certains nécessitent une formation préalable. On est donc encore loin du CD-ROM grand public et c'est, pour l'instant, par le biais des bibliothèques et centres de documentation que le marché du CD-ROM peut s'établir. Afin de le rendre plus performant, des groupes d'utilisateurs se sont mis en place, qui confrontent leurs expériences et envoient leurs remarques aux producteurs.

De plus en plus, les systèmes visent à une meilleure adaptation aux façons de penser et de travailler de l'utilisateur. Certaines des applications du CD-ROM intègrent déjà des logiciels de recherche hypertexte, qui permettent une navigation dans l'espace documentaire et offrent la possibilité de gestion individualisée et personnalisée de l'information. 1989 devrait généraliser l'usage de cette technologie... révolutionnaire.