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Éditorial

OPAC une ténébreuse affaire

OPAC : on line public access catalogue. Le succès de la formulation anglo-saxonne, qui résiste à toute tentative de francisation, tiendrait, d'après certains linguistes, à son euphonie et à sa polysémie et, pour tout dire, à son efficacité. On ne saurait exprimer plus sobrement la situation actuelle : l'OPAC est une ténébreuse affaire et on n'est pas encore sorti du tunnel.

Pessimisme hors de saison, pourra-t-on dire, alors que les OPACs se chiffrent par centaines à travers le monde ; qu'ils évoluent à toute vitesse en intégrant les évolutions techniques les plus en pointe, du CD-ROM à l'hypertexte ; qu'ils apportent un « plus » considérable par rapport aux instruments antérieurs, transportant la bibliothèque au domicile de l'utilisateur, ouvrant sur les ressources des autres bibliothèques du monde ou sur les services locaux ; que se créent, à Bath en Grande-Bretagne, et peut-être bientôt en France, des centres de recherches spécialisés sur les OPACs... Alors, pourquoi cette mine dubitative, voire morose, affichée par certains bibliothécaires ? L'OPAC, après tout, ne fonctionne pas plus mal que le bon vieux catalogue-papier dont on savait bien, quel que fût le soin qu'on pouvait y mettre, qu'il restait déroutant et peu adapté aux besoins du public.

Mais justement, l'OPAC n'est pas perçu comme un catalogue traditionnel et son usage ne s'établit pas en termes de substitution, mais en termes d'élargissement, de cumul et de dialogue : pour le public, l'OPAC remplacerait plutôt... le bibliothécaire. Une remise en cause quelque peu perturbante - d'autant que l'OPAC, même lorsqu'il est bien perçu pour ce qu'il est, un moyen d'accès aux ressources de l'établissement, est aussi un moyen d'évaluation de l'établissement, puisqu'il permet de déballer le mystérieux circuit du livre sous le nez du public.

Pour le moment, la principale victime de ce malentendu reste l'utilisateur, confronté à une suite d'écrans qui affichent imperturbablement un message, même si ce n'est pas le bon. Fautes de frappe, malentendus et incompréhensions en tout genre se manifestent : sémantique, grammatical, langagier. Comme l'horizon, le dialogue en langage naturel tend à s'éloigner au fur et à mesure que l'on s'en rapproche. Et lorsque l'utilisateur a compris qu'il avait à piloter une machine et non plus à dialoguer avec un interlocuteur bien placé, son principal souci est de se raccrocher au mode d'emploi, de vérifier, de revenir en arrière, bref, de se repérer, tout comme dans un catalogue-papier ! A moins, tout simplement, qu'il ne décide de jouer... Conclusion : l'imaginaire d'usage est le concept de base à partir duquel doivent s'articuler toutes les recherches sur les OPACs.

Mais l'OPAC pourra-t-il rester lui même, se cantonner à la fonction purement catalographique ? Déjà s'effectuent des élargissements, des ouvertures, sur d'autres lieux de services, sur d'autres instruments. Mais l'évolution n'ira-t-elle pas jusqu'à infléchir le contenu même des OPACs : la référence catalographique ne devra-t-elle pas devenir une référence-service à l'instar des télé-librairies et comporter des appréciations « consuméristes » ? La question est tout juste posée : un des prochains épisodes du grand feuilleton des OPACs apportera la réponse.