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Éditorial

Réseaux et pyramides

En ces temps de décentralisation, il est de bon ton de s'interroger sur le devenir des bibliothèques publiques, sur leur infrastructure administrative, sur les formes d'intervention qu'elles devront adopter, sur les relations qu'elles devront avoir avec leurs autorités de tutelle, communes, régions, Etat, sur leur vocation même.

L'interrogation la plus lancinante concerne les bibliothèques centrales de prêt, bibliothèques implantées dans un département mais non départementales jusqu'à une date très récente; bibliothèques au service de la population, mais indirectement, agissant par intermédiaire, bibliothèques travaillant avec d'autres bibliothèques, centrales de services, de prestations, d'informations, de coordination. Après la diffusion de livres, les BCP passent à la diffusion de services, élaborant une nouvelle définition de la compétence professionnelle.

Les axes de cette stratégie nouvelle vague peuvent adopter des orientations bien différentes : au Québec, elle s'inscrit dans le cadre d'un rapport général sur les bibliothèques publiques, où les bilans et questionnements qui sont présentés concernent l'ensemble du secteur de la lecture publique. Celle-ci se situe à la base, les BCP n'interviennent que pour les communes de moins de 5 000 habitants, et leur fonctionnement se négocie entre la province et les communes ; les bibliothèques municipales ne sont pas toujours municipales et peuvent dépendre d'une association... Du diagnostic de crise qui a nécessité la remise d'un rapport émerge un bouillonnement de revendications et d'analyses en tout genre, allant du remodelage du cadre d'action des BCP à l'analyse des modes de financement, sans oublier l'organigramme des services régionaux, le prix des livres, la vidéo, la normalisation, la mise en place de réseaux en tous genres...

Bouillonnement tous azimuts, mais aussi, pourra-t-on dire, relative timidité bibliothéconomique, car ce rapport qui s'en prend à toutes les modalités du fonctionnement des bibliothèques publiques n'envisage guère d'en remettre en cause le contenu.

En France, on taille sur une échelle plus large, le seuil ne se situe pas à 5 000 habitants mais à 10 000, le département est l'autorité de tutelle, mais interviennent la région et l'Etat - la solidité du cadre administratif n'empêche pas que se fassent jour des analyses nouvelles, que la BCP d'antan se retrouve plus ou moins vidée de sa substance, que les établissements les « plus cultureux », ceux qui avaient joué pendant vingt ans la carte de l'animation et de l'offre culturelle, se retrouvent à la pointe des nouveaux services, des nouvelles technologies, des nouvelles logiques de l'information... Ironie de l'histoire ou retournement dialectique ? On pourra, au gré des opinions, parler d'orientation nouvelle ou d'épiphénomène ; on ne pourra plus, néanmoins, faire l'impasse de la réflexion sur l'avenir des BCP.