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Carolyn O. Frost

Cataloging nonbook materials

problems in theory and practice

Littleton, CO : Libraries unlimited, 1983. - 390 p.; 24 cm.
Index. - ISBN 0-87287-329-3.

par Denis Bruckmann

Les bibliothécaires ou les documentalistes qui ont la charge de collections d'images, de documents sonores, de microformes ou de films sont souvent les premiers à ironiser sur l'expression « non-livre », utilisée dans les normes, qui leur semble à elle seule comme un aveu sinon de mépris, du moins d'une incapacité à prendre en compte la spécificité de chaque type de document. Ils sont aussi les moins convaincus de la possibilité d'une normalisation des pratiques de signalement : la France en est encore pour l'image animée à une norme expérimentale, a remis sur le métier sa norme pour les documents sonores, va publier enfin cette année la norme pour l'image fixe.

A ce double titre, l'ouvrage de Carolyn Frost devrait leur faire plaisir : ce manuel de catalogage américain semble vouloir, avec un malin plaisir, multiplier leurs raisons d'ironiser et accroître encore leur scepticisme : après un rapide historique des très nombreux textes normatifs sur le catalogage des non-livres, une réflexion théorique sur l'application (difficile) de la bibliographie, science du livre, à tout ce qui n'en relève pas, l'ouvrage entraîne dans un labyrinthe d'exemples classés par types de documents (cartes, documents sonores, images animées, images fixes, objets en trois dimensions, microformes) où les fiches sont glosées sur 300 pages en s'appuyant sur les arguties des documents normatifs anglais, américains, canadiens, internationaux confrontés dans une cascade de sigles : AACR2, ISBD (NBM), NBM1, NBM2. AECT4 etc.

Pourtant, seule une lecture hâtive de cet ouvrage pourrait conduire à voir en la notion de « non-livre » une addition de rébus, à considérer l'application de la bibliographie aux autres documents comme une obsession forcenée de bibliothécaires. et à ironiser sur des normes qui pour chaque zone semblent multiplier les prescriptions divergentes. La notion de « non-livre » n'a certes pas de réalité documentaire mais il est vain d'en faire un péché indélébile : elle n'est que le produit historique d'un mouvement de normalisation qui était moins obsédé par le livre en lui-même que par la définition de ce qu'est un document en général. Il suffit de parcourir les nombreux exemples de ce manuel pour voir que les notions utilisées dans la description bibliographique peuvent s'adapter sans grande difficulté aux autres types de documents : les codes articles des disques remplacent l'ISBN des livres, la durée des films se substitue à la pagination, la notion de suite d'estampes se moule dans celle de suite fermée d'ouvrages, les mentions de responsabilité relatives à l'édition s'appliquent très bien au tireur des photographies etc. Et tous les types de documents peuvent ainsi être inclus dans un même schéma de description.

Quant aux différences entre les textes normatifs, elles se réduisent le plus souvent à des divergences de détail (définition de notions techniques, usage des crochets, disposition de l'information...) qui ne compromettent en rien l'objectif des normes : l'identification des documents qui doit permettre l'élaboration du catalogue collectif.

L'ouvrage présenté ici, on le devine est plus utile pour sa belle leçon de pragmatisme que pour son intérêt didactique. Il est en effet trop orienté vers le monde anglo-saxon pour pouvoir être un outil de travail quotidien dans les établissements français. Il s'adresse plutôt aux concepteurs d'application soucieux d'un futur partage des données.