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Des livres pour les enfants immigrés : prix de traduction à Aubervilliers

Odile Belkeddar

L'idée d'un prix de traduction nous est venue de notre pratique en direction des enfants immigrés. Beaucoup parlent une autre langue que le français mais peu d'entre eux ont été scolarisés dans leur langue maternelle et les livres que nous achetons dans ces langues leur servent peu, mis à part le portugais. Nous avons néanmoins continué à en acheter et constitué un fonds qui commence à être connu. Certains adultes viennent spécialement pour emprunter des livres en langue étrangère. Mais ils sont souvent trop difficiles pour les enfants.

Il faut un type de livre particulier, les livres bilingues, pour que ces enfants aient accès à leur langue écrite. Cette réflexion a pris forme au moment où apparemment d'autres se sont posé la question dans les mêmes termes. On a vu éclore des collections bilingues chez Syros-l'Arbre à livres, l'Harmattan.

Pour développer ce genre d'édition, il faut des textes ! C'est pour cela que nous avons organisé le concours de traduction, à deux reprises, en 1983 et 1985. Le travail d'organisation est long et complexe: nous avons dû contacter des organismes pour obtenir des subventions, élaborer un règlement, diffuser l'information, recevoir les textes (105 en 1985), les lire, choisir le jury et répartir les textes entre ses différents membres.

La « règle du jeu » était de trouver un texte court, pour les enfants de 5 à 10 ans. Il fallait donc connaître la littérature enfantine dans la langue choisie et savoir traduire.

Neuf langues ont été retenues comme étant les plus courantes de l'immigration. Dans le jury, étaient réunis des traducteurs professionnels, spécialistes de ces neuf langues, et des personnes qualifiées pour juger de la forme de l'écriture et du contenu des textes: trois éditeurs Gallimard Jeunesse, La Farandole et l'Harmattan, une représentante de l'Association l'Arbre à lire, Jean Perrot, l'ANGI et l'ADRI.

La liste des primés a été envoyée à plusieurs maisons d'éditions et cinq d'entre elles ont manifesté leur intérêt. Nous souhaiterions bien sûr que les textes soient publiés en bilingue, mais si les éditeurs ne prennent que les traductions, leur publication n'en reste pas moins intéressante pour la connaissance d'autres littératures.

Plusieurs initiatives sont nées dans l'esprit de ce prix: un débat au Salon du livre de 1985, organisé par les Associations Atlas, l'Arbre à lire et Ibby-France sur la traduction; un atelier dans le cadre des 2e Assises de la traduction à Arles également en 1985; enfin une table ronde devrait avoir lieu en 1986 à partir de plusieurs traductions d'un même texte afin de dégager s'il y a ou non une spécificité en matière d'écriture pour les enfants.

Dernier point qui nous a semblé important: le prix a permis à plusieurs jeunes de tenter l'aventure puisqu'il s'adressait aussi aux lycéens. Certains deviendront peut-être les « découvreurs » de textes de demain, à partir de langues encore peu reconnues en littérature enfantine.