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Les Collections de la bibliothèque verte

Martine Darrobers

Atonie : ce terme est devenu banal pour caractériser l'édition française en bibliothéconomie. On pourrait au reste presque parler d'autoédition puisque la majorité des titres publiés sont des manuels élémentaires tirés dans les ateliers de l'ENSB ou de centres régionaux de formation professionnelle et réédités au rythme des années scolaires. Au niveau commercial, K.G. Saur et le Cercle de la librairie ont pris pour axe la production de guides et d'ouvrages de références - projets originaux ou réédition d'ouvrages initialement « autoédités ». Contrairement à ce qui se passe à l'étranger les associations professionnelles apparaissent quelque peu en retrait; si l'ADBS s'est orientée vers le créneau des nouvelles technologies 1, l'ABF et l'AENSB se sont limitées, l'une à la publication de manuels supports de sa formation, la seconde à des publications isolées.

Un portrait classique mais désormais un portrait à retoucher; la BPI qui présente un catalogue d'une quinzaine de titres a occupé discrètement mais sûrement le créneau de l'innovation. Deux approches ont été retenues : la sociologie, la technologie.

Sociologie de l'innovation

En se dotant dès ses débuts d'un service des Études et de la Recherche, la BPI s'affirmait comme un terrain d'expérimentation et en même temps marquait sa volonté d'en tirer des enseignements de portée plus générale. Les premières recherches ont porté sur l'impact et les usages d'expériences originales ou de services complémentaires - les renseignements par téléphone : Le Lien et le lieu, ou la logique et les publics comparés de la consultation sur place et de la consultation à distance ; la médiathèque de langues : Babel à Beaubourg, ou les modèles multiples de l'autodidaxie dans l'apprentissage des langues étrangères; les banques de données : La Télématique documentaire à l'épreuve, ou l'impact des nouvelles technologies d'information dans une bibliothèque publique; les expositions: Ethnographie de l'exposition ou la découverte d'une typologie inattendue des modes de visite.

La vocation du service vise aussi plus largement à une analyse du champ social et culturel dans lequel s'inscrit la BPI. C'est le cas en particulier des recherches sur l'édition, la lecture, la diffusion de l'imprimé et de l'image : L'Offre du livre à Paris (analyse cartographique typologique des bibliothèques, librairies et autres points de vente); L'Image fixe (actes d'un colloque sur l'espace de l'image et le temps du discours) ou le Répertoire de la recherche sur le livre contemporain et la lecture. La BPI a également publié la recherche réalisée par J.-C. Passeron et M. Grumbach pour la Direction du livre sur l'image en bibliothèque (L'Oeil à la page), et publiera en 1986 une recherche actuellement en cours de B. Seibel sur la sociologie de la profession de bibliothécaire.

Enfin, les dernières recherches menées sur les comportements du public de la BPI se proposent d'analyser les mécanismes psychologiques et sociologiques d'accès à l'information dans ce qu'ils ont d'essentiel et de transposable hors de l'institution où ils ont été observés. La synthèse de ces travaux paraîtra début 1986, dans un ouvrage dont le titre reste à trouver mais dont les sous-titres - Le Savoir faire et la ruse pour la bibliothèque, La Recherche de l'imprévu pour la Salle d'actualité - disent bien que leurs auteurs, J.-F. Barbier-Bouvet et M. Poulain, n'en restent pas à une analyse classique de la fréquentation (qui vient, quand, combien, etc.). Et les questions qu'ils soulèvent intéressent toutes les bibliothèques : qu'est-ce qui explique la perpétuation ou la modification des inégalités culturelles dans un établissement où tous les barrages matériels de prix, d'horaires, d'accès au document ont été levés ? Quels sont les publics spécifiques de chaque support (livre, périodique, diapo, vidéo, disque) et de chaque domaine de la connaissance ? Et quels sont les effets du multimédia - concurrence du texte et de l'image ou mélange des genres ? Comment s'y retrouvent les lecteurs dans l'accumulation des objets et des messages ? Nombre d'entre eux ne se coulent qu'occasionnellement dans les moules prévus par les bibliothèques, on s'aperçoit que les tactiques les plus personnelles valent parfois les stratégies les plus rationnelles ; sans compter les mille et une façons de s'approprier symboliquement des documents par définition inappropriables puisque propriété de tous et consultables seulement sur place; et les mille et une façons de privatiser un espace public qu'il faut bien se résoudre à partager avec d'autres.

Comment joue-t-on du temps que l'on se donne ? Comment gère-t-on ses choix, un jour consacré aux intérêts personnels, le lendemain aux nécessités de l'étude ? Comment cultive-t-on le hasard, l'imprévu ? Comment joue-t-on de l'association ou de l'exclusivité à l'égard d'espaces offrant des ressources comparables ? On s'aperçoit bien souvent que les projets et leurs destinataires déterminent les choix et modes d'usage des documents eux-mêmes.

À politique éditoriale diversifiée, diffusion diversifiée; sans parler de séries, les tirages distinguent trois lignes de produits, de 200 à 2 000 exemplaires, et diffusés selon les cas par la BPI elle-même, le centre Pompidou ou la Documentation française.

Des dossiers branchés

La collection « Sociologie » a démarré en 1980; celle des « Dossiers techniques » est de bien plus fraîche date puisque ses trois premiers titres ont paru en 1985. A l'origine, les nouvelles expérimentations de la BPI et, tout particulièrement, le secteur des nouvelles technologies. Les « Dossiers techniques » se veulent un guide pratique: conseils pour l'acquisition de matériels, cahier des charges... sont regroupés en dossiers qui devront être régulièrement remis à jour par le service compétent de la BPI. Les deux premiers numéros sont dus au service de téléréférences de la BPI qui, pour un coup d'essai, aura réussi un coup de maître en publiant la Mise en place d'un service d'interrogation de banques de données dans une bibliothèque publique, libre adaptation d'un document d'Outre-Manche 2.

Une adaptation des plus heureuses : tous les aspects pratiques et concrets posés par la mise en place d'un service de téléréférences sont passés en revue. La qualité de la présentation rehausse la clarté de l'ouvrage qui comporte une lecture à deux niveaux : en marge du texte court une glose en forme de clin d'oeil au lecteur affichant les derniers tuyaux, les gaffes à ne pas faire ou le résumé des chapitres précédents. Les annexes, développées, témoignent du même pragmatisme : bibliographie brève mais pertinente, listes d'adresses utiles, renseignements financiers, présentation des BD interrogées à la BPI...

Essoufflement après un premier coup bien parti ? On s'étonne de voir à sa suite une Étude sur la tarification des consultations de banques de données dans les bibliothèques, étude qui, en fait, est une publication d'une journée ABF relativement ancienne (début 1984) - journée de réflexion où, par la force des choses, on a surtout parlé de la tarification des services dans les bibliothèques universitaires. L'intérêt du thème et des communications présentées n'est pas douteux; on peut toutefois s'interroger sur l'opportunité de ce choix éditorial car les interventions publiées font apparaître une donnée irréfutable : la tarification des services est essentiellement une décision d'ordre politique et les arguments accumulés en sa faveur ou. à son encontre ne font que justifier des positions idéologiques, trop souvent camouflées sous des considérations comptables et des recettes de cuisine. Alors, dossier technique ou dossier politique ? On peut s'interroger sur les raisons de ce flottement éditorial...

Le numéro trois de la collection renoue avec le premier, avec un élargissement puisqu'il s'agit d'une coproduction BPI-Bibliothèque nationale. Ce dossier, établi par Denis Bruckman et Michel Melot, et consacré au Traitement documentaire de l'image fixe, fait le point sur les différentes techniques documentaires (catalogage, indexation...) et les expériences en cours, de la diapositive à l'affiche. Toutes ces expériences ont recours au support de l'informatique et des nouvelles technologies. « La bibliothéconomie de l'image est encore à faire » note Michel Melot en introduction; nul doute que ce dossier n'en constitue un premier jalon.

Cette mise au point sur le traitement documentaire de l'image pose une des questions majeures de cette collection - son actualisation et, partant, sa diffusion. Les tirages modérés au départ (200 exemplaires) appellent des coûts unitaires élevés. « Beaucoup plus élevés que les prix affichés au départ insiste Arielle Rousselle, responsable de la diffusion; pour un service, la mise au point d'un dossier, puis son actualisation, représentent un investissement important. Là-dessus se greffent les coûts d'expédition et de gestion (facturation, rappels, encaissement) particulièrement lourds pour un établissement qui n'avait pas, au départ, vocation à faire de la distribution. Nous étudions plusieurs formules, peut-être une diffusion par abonnement; dans l'immédiat une réévaluation prenant en compte les véritables coûts: les prix de vente des prochains dossiers techniques devraient se situer entre 150F et 200F, comme le dossier n° 3 ».

La diffusion ne manquera pas de donner des instruments d'évaluation. Pour l'instant la vente des premiers numéros marche bien: bibliothèques municipales, universitaires, centres régionaux de documentation pédagogique et centres d'information et d'orientation ont déjà quasiment épuisé le premier numéro qui va faire l'objet d'un retirage. L'avenir s'annonce souriant pour les prochains dossiers, également axés sur la vocation de la BPI à diffuser les acquis de ses expérimentations technologiques : « désherbage » (renouvellement des collections), interrogation en ligne de catalogues, communication de logiciels et micro-informatique, services pour les mal-voyants sont inscrits au programme.

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Le catalogue

  1.  (retour)↑  En liaison avec la Documentation française, en passe de devenir l'un des principaux éditeurs-diffuseurs sur ce créneau.
  2.  (retour)↑  Stella KEENAN, How to go on line, British Library, 1980, adaptation par Jacques FAULE.