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Les Desseins animés de Saint-Jérôme

La politque d'animation à la section sciences de la BIU d'Aix-Marseille

Guy Hazzan

« Animez, animez, il en restera toujours quelque chose ! ». Peu importe l'impact d'une exposition, l'essentiel est de pouvoir exhiber un catalogue...

L'animation, un alibi scientifico-culturel ? Une démarche que tous ne reprennent pas à leur compte : à la section Saint-Jérôme, l'animation est perçue comme un moyen d'ouvrir plus largement la bibliothèque et d'en faire un lieu de rencontres permanent.

BBF. La bibliothèque interuniversitaire d'Aix-Marseille, et tout particulièrement la section sciences de Saint-Jérôme, sont connues pour être pionnières dans le domaine de l'animation. Comment avez-vous été amené à vous engager sur ce chemin et, surtout, quels objectifs poursuivez-vous en matière d'animation ?

Guy Hazzan. J'aurais tendance à récuser le terme « pionnier ». Tout d'abord parce que l'animation existe de longue date dans le secteur de la lecture publique; ensuite parce que les bibliothèques universitaires se sont mises elles aussi à organiser des expositions (des présentations de livres anciens le plus souvent); enfin parce que la section sciences de Saint-Jérôme ne mène pas une action unilatérale d'animation: d'autres sections de la BIU d'Aix-Marseille participent ponctuellement à des expositions, à des festivals ou à des foires, sans parler des « Rencontres avec l'université » qui sont organisées une fois par mois par Mme Estève, responsable de la BIU.

Une fois bien précisé ce contexte, je pense qu'on pourrait dire que nos activités vont « dans le sens de l'histoire » puisque les textes les plus récents donnent pour mission au service commun de documentation de « participer aux activités d'animation culturelle, scientifique et technique » de l'université. C'est bien l'axe sur lequel nous travaillons et, personnellement, je reprends à mon compte la problématique de l'animation telle qu'elle est couramment définie dans le secteur de la lecture publique. L'animation a pour but, non seulement d'accueillir et de retenir un public qui va déjà à la bibliothèque, selon des méthodes et des techniques diverses, mais encore d'attirer un public de non-lecteurs en développant une politique de présence et d'insertion dans la vie culturelle de la commune d'implantation. Faire de la bibliothèque un lieu vivant, actif, accueillant ; attirer, retenir et accroître le nombre d'usagers de toutes couches sociales.

Science sans frontières

BBF. Est-il possible de faire une transposition aussi directe ? On pourrait penser que le public des bibliothèques universitaires est déjà tout trouvé et acquis puisqu'il s'agit d'usagers d'un certain niveau culturel, que des droits de bibliothèque ont été payés et que l'engagement dans un cycle d'études doit (ou devrait) conduire nécessairement l'étudiant à la bibliothèque. Par ailleurs, quelle définition donnez-vous du non-lecteur par rapport à votre établissement ? S'agit-il des étudiants qui ne le fréquentent pas ou d'un public littéralement extérieur ?

GH. Je répondrai les deux : car notre public « naturel » n'est pas un public acquis (nous ne touchons que 2 700 étudiants sur 5 000 inscrits). D'autre part, la section Saint-Jérôme est implantée dans des quartiers populaires excentrés. L'université et différents organismes d'animation qui lui sont apparentés, tels que l'AUDIST (Association universitaire pour la diffusion de l'information scientifique et technique) souhaitent développer sur place, et en liaison avec la bibliothèque, des actions de vulgarisation scientifique. Tout cela est encore très prospectif et les modalités, qui sont loin d'être fixées, prêtent à controverse. Certains enseignants récusent le projet, considérant que la vulgarisation véritable passe par une action au niveau des lycées et collèges. D'autres sont déjà sur la brèche et animent des conférences-débats ou participent à des expositions. La bibliothèque s'est d'ores et déjà associée au mouvement : nous accueillons en permanence une exposition dans le hall d'entrée, nous envisageons d'organiser des visites de classes avec la collaboration d'enseignants et de travailler avec les associations de quartier.

Du Mont Saint-Michel à la terre ferme

Aussi limitée soit-elle, cette action postule un principe fondamental sur lequel tout le monde s'accorde mais qu'on voit rarement mis en oeuvre... L'université et, de ce fait, sa bibliothèque sont partie prenante d'un tissu culturel dans lequel elles doivent s'insérer. Personnellement je conteste le schéma de la bibliothèque universitaire fermée sur elle-même, ce Mont Saint-Michel de la culture n'oeuvrant et ne s'ouvrant qu'à son seul public. Il me semble que la dichotomie traditionnelle « BM = lecture publique, BU = lecture universitaire » produit des effets pervers car nos publics sont partiellement les mêmes. Je n'entends aucunement par là revendiquer la responsabilité de lecture publique pour les bibliothèques universitaires, mais il me semble qu'il y a des solutions de complémentarité à étudier. On pourrait dire dans le cas de Marseille-St-Jérôme que le joint serait aisé à trouver puisqu'il y a une annexe de la bibliothèque municipale dans notre voisinage immédiat ; je n'envisage pas cette complémentarité en termes de substitution, mais plutôt comme une collaboration possible et plus étroite que celle qui existe actuellement avec la bibliothèque centrale, et donc comme un « enrichissement » de nos actions de diffusion. Ensuite parce que la vulgarisation universitaire déborde largement, à mes yeux, le secteur des sciences et des techniques. Il y a tout un travail de vulgarisation à mener dans des domaines tels que la sociologie, la philosophie, la psychologie. Il est possible d'accéder aux textes fondateurs dans ces disciplines via les bibliothèques, mais les textes fondateurs clairement explicités sont déjà d'un accès beaucoup plus aléatoire. Dans les mêmes domaines se développe actuellement toute une production vidéo qui gagnerait à être mieux diffusée et les canaux BU-BM pourraient collaborer, ne serait-ce qu'en se prêtant leurs films et leurs cassettes.

J'ai eu plusieurs fois l'occasion de rencontrer des non-universitaires qui souhaitent accéder à la section sciences parce qu'ils veulent aller plus loin que les collections de la bibliothèque municipale. Parallèlement cette dernière est envahie d'étudiants... Je crois que la complémentarité doit intervenir au niveau des politiques d'acquisition et des horaires d'ouverture et qu'il sera de plus en plus difficile, avec le développement de la formation continue, d'introduire une discrimination en fonction du critère étudiant/non-étudiant. Encore une fois cette analyse est très prospective et je ne méconnais pas la force des obstacles administratifs (tout particulièrement le problème des droits d'étudiants qui ont valeur de symbole) pouvant freiner une telle évolution, mais celle-ci me paraît intrinsèquement liée à la dynamique de l'animation et de la vulgarisation scientifiques.

Les lecteurs savent-ils lire ?

Pour en revenir à notre cadre d'action immédiat, l'animation ne me paraît pas dissociable de l'accueil et de la conquête d'un nouveau public. Comme je viens de le dire, nous ne touchons véritablement que la moitié de notre public institutionnel. Aussi avons-nous fait cette année un effort particulier à l'égard des étudiants, en achetant pour 100 000 F d'ouvrages et de manuels, ce qui a permis de répondre à une grande partie des besoins (par contre, l'année précédente, l'abonnement à beaucoup de périodiques avait été interrompu, mais les relations que nous avons avec les laboratoires nous ont permis de combler partiellement cette carence). Cette politique n'est qu'un début. Parallèlement nous essayons d'améliorer les conditions d'accueil, la signalisation, mais aussi tout simplement l'aspect de la bibliothèque qui se veut nette et accueillante, sans oublier les horaires d'ouverture que nous souhaitons élargir; nous réfléchissons surtout à la dimension « culture générale » de la bibliothèque, au rôle qu'elle devrait jouer dans le développement de la pluridisciplinarité ; je donne à ce dernier terme la même acception qu'Alfred Kastler qui, il y a déjà quelques années, déplorait de voir les étudiants de plus en plus « confinés dans des études de spécialité. Cette spécialisation, qui s'accentue au cours de leurs années d'études, n'est compensée par aucun enseignement général leur ouvrant l'esprit sur les problèmes du monde moderne (...). Cet enseignement devrait être à base de philosophie, d'épistémologie, d'histoire des disciplines enseignées dans nos universités * ».

Au niveau de Saint-Jérôme je constate la pertinence de ce diagnostic : un responsable d'IUT m'a spontanément fait part de son problème, donner à ses étudiants cette culture générale qui leur manque en leur proposant des ouvrages de vulgarisation ou de littérature. La question se pose au reste de manière beaucoup plus générale, et nombre d'enseignants ont supprimé les cours polycopiés pour inciter les étudiants à la lecture de manuels.

Mais cela ne suffit pas : parmi ces étudiants qui ont retrouvé par ce biais le chemin de la bibliothèque, beaucoup d'entre eux ignorent tout de son usage, du maniement du fichier à la recherche sur les rayons. De toute évidence, ils débarquent dans un monde qui leur est totalement étranger, celui de la lecture, de l'information, et il est urgent de mener une réflexion sur cette question : nos « lecteurs » sont-ils des lecteurs ? Non pas qu'on ait à leur imposer un type de lecture, mais je pense qu'il y a une véritable action culturelle à mener et qu'il faut promouvoir, à côté du manuel spécialisé, le livre mais aussi les journaux, les films, les cassettes...

Les chemins de la culture

Là aussi vous pourriez me dire que je reprends la problématiquede la lecture publique. Sans aucun doute... et je crois que c'est peut-être cette dimension qui a souvent manqué aux salles de culture générale qui ont été implantées çà et là. La salle de culture générale dont je rêve, pour commencer, ne porterait pas ce nom-là; ensuite elle ne devrait pas être perçue comme un élément de la bibliothèque : il s'agirait d'une salle-carrefour, permettant, comme on le voit aux États-Unis, aux enseignants de se rencontrer et de discuter; un endroit où l'on viendrait consommer une boisson, où l'on viendrait lire des revues d'intérêt général (revues littéraires ou de vulgarisation); bref, un endroit où l'on viendrait se détendre et trouver la littérature à laquelle on n'a pas le temps d'avoir accès par ailleurs. C'est, de toute évidence, un service sur lequel il existe une forte demande et toute sa définition devrait se faire en liaison avec les enseignants et les étudiants. Il serait relativement facile de motiver ces derniers, quitte à introduire dans le cursus universitaire des épreuves non de culture générale mais de « lecture et documentation »; il est tout à fait envisageable de demander à un étudiant en informatique de savoir tirer une analyse d'un article...

Tout cela relève de la vocation la plus fondamentale, et la plus originale des bibliothèques universitaires, mais, malgré tout, la moins souvent mise en œuvre : être un lieu de rassemblement, faire se côtoyer un certain nombre de disciplines voisines ou complètement différentes. Certes notre fonction première est de fournir les « bons » documents en s'informant de leurs besoins auprès des chercheurs et étudiants, mais s'en tenir à ce seul aspect des choses me paraît procéder d'une vision quelque peu étriquée de notre rôle. D'autre part, c'est en essayant de rendre un tel service que nous autres, bibliothécaires, pouvons le mieux affirmer notre spécificité. J'estime que la meilleure façon de s'insérer dans l'université est de rester nous-mêmes des intermédiaires entre différentes disciplines et pas uniquement des médiateurs document/lecteur à l'intérieur d'un domaine bien précis. Cette attitude me paraît beaucoup plus positive et fructueuse que celle qui consiste à mimer les enseignants pour se faire admettre parmi eux, et où je vois une résurgence des comportements observés au XIXe siècle lorsqu'un chercheur était chargé de la bibliothèque... Le corollaire d'une telle démarche est clair : il s'agit de manifester une certaine ouverture, une certaine curiosité d'esprit (qui est, au reste, un des critères de recrutement de notre profession puisque la sélection fait une large place à la culture générale) vis-à-vis des disciplines diffusées en direction de nos publics.

La porte ouverte

BBF. Cela suppose de votre part une très forte intégration aux milieux enseignants et chercheurs de Saint-Jérôme.

GH. Tout à fait. J'entretiens des contacts étroits et je participe autant que je peux à toutes occasions de rencontres et débats à l'intérieur et à l'extérieur de l'université. C'est ainsi que je suis de près les activités de l'ARRT (Association régionale de la recherche et de la technologie), tant en participant à ses assises qu'en tenant une rubrique dans son journal Sciences pour tous. De façon générale, je pratique la politique de « la porte ouverte » - aux deux sens du terme - et j'essaie d'être aussi ouvert que possible à toute proposition de mes interlocuteurs. Les retombées au niveau de l'animation ont été très rapides : l'AUDISTE et le CAES (Comité d'action et d'entraide sociale du CNRS), suivis par d'autres organismes, nous ont très vite proposé de présenter leurs expositions dans notre hall d'entrée. Il y a eu des retombées plus « bibliothéconomiques » : lorsqu'on m'a proposé le versement de collections de périodiques antérieurement gérées par des laboratoires, j'ai dit oui; lorsqu'on a évoqué la création d'une vidéothèque, j'ai dit oui; et lorsqu'on m'a demandé d'étudier l'implantation d'une didacthèque (logiciels d'enseignement assisté par ordinateur) à l'intention des étudiants, j'ai également dit oui. Certes, nos locaux nous donnent une marge de manoeuvre mais cette ouverture ne tient pas uniquement à des éléments matériels : très sincèrement je n'ai pas l'impression d'être mis à la porte de la bibliothèque lorsqu'on organise une exposition dans notre hall... Je n'ai pas le sens de la propriété de la bibliothèque; pour moi, celle-ci appartient à tous et je ne ressens pas comme un crime de lèse-bibliothécaire le fait qu'un enseignant (la chose s'est déjà produite) critique le choix d'un ouvrage de mathématiques. Mon objectif est d'assurer un service, non d'en remontrer à des spécialistes, et j'essaie de faire passer cette conception dans le fonctionnement de la bibliothèque. Le résultat n'est peut-être pas à la hauteur des espérances mais, dans l'ensemble, étudiants et enseignants sont sensibles à l'accueil qui leur est fait et les relations entre public et personnel peuvent, tout compte fait, être qualifiées de chaleureuses. J'ai organisé récemment un déjeuner-débat avec le président d'université, le doyen de notre faculté et les responsables d'UER pour discuter de la bibliothèque et de la manière dont celle-ci pourrait améliorer le service. A cette occasion nous avons fait une campagne d'information sur notre fonctionnement et avons pris conscience de l'ampleur de la méconnaissance de l'établissement ; nombre d'usagers ignorent l'existence des droits de bibliothèque ou de services tels que la recherche documentaire informatisée, sans parler du simple emprunt de livres... Il y aurait toute une étude à faire sur la perception de la bibliothèque par les étudiants, qui permettrait d'affiner et de dépasser les informations données par les statistiques de fréquentation.

A un niveau plus général, cette politique de présence a également des retombées : à l'occasion de la création du Centre de documentation scientifique et technique de Marseille, dont la vocation est de mener une action d'animation et de vulgarisation scientifique, on a envisagé de créer un réseau de correspondants pour la documentation, mettant entre parenthèses le réseau actuel des bibliothèques, municipales, universitaires et centrales de prêt... Heureusement, je participais aux discussions avec d'autres collègues et nous avons pu intervenir à temps ! Cette anecdote me paraît bien significative de la trop faible insertion des bibliothèques et de la mauvaise définition de leur image au niveau local.

Au devant de l'expo

BBF. Ne craignez-vous pas de rester à la remorque des initiatives locales en vous cantonnant dans un simple rôle d'accueil ?

GH. Il va de soi que si je me contentais de rester dans mon bureau et de dire oui, je risquerais de me retrouver à la traîne ! Je suis un ardent défenseur de la politique d'ouverture pour tous les avantages que je viens d'énumérer mais aussi pour une question de moyens : notre situation ne nous permet pas de prendre en charge l'organisation d'une dizaine d'expositions par an; mais ce profil bas ne signifie pas pour autant une attitude passive. Je dis souvent oui aux offres qu'on me fait mais il m'arrive d'en décliner. Par ailleurs, l'accueil d'expositions se traduit à notre niveau par un minimum d'activités d'accompagnement : information, affichage, présentation de quelques ouvrages sur le thème, organisation de visites guidées...

Ce type d'action, que nous souhaiterions développer, permet en outre d'assurer la participation de tout le personnel à l'animation. Celui-ci y trouve une dimension plus active, plus positive à son travail. Ainsi, les bibliothécaires adjoints de Saint-Jérôme ont demandé à participer plus activement à l'animation sans que cette participation ne lèse leurs tâches normales. Je dirais même qu'elle a contribué à leur amélioration car la redistribution des tâches débouche sur leur rationalisation. Cette organisation nous permet désormais d'envisager une attitude plus active; ainsi prévoyons-nous de monter en 1986 une exposition sur les deux encyclopédies : l'Encyclopédie de Diderot et la Nouvelle encyclopédie des sciences et des techniques en cours d'élaboration. Par ailleurs, je fais partie de l'équipe chargée de préparer une exposition sur les plantes médicinales, qui doit être présentée à la foire de Marseille en 1986. Cette opération, par son ampleur et ses objectifs, s'apparente à l'exposition sur « Les botanistes à Marseille du XVIe au XIXe siècle », à laquelle j'ai également collaboré en 1982.

Pour en revenir à la question de la maîtrise d'oeuvre de l'animation, je crois aux bienfaits de la politique d'ouverture, à condition qu'elle ait été clairement définie. Je souhaiterais, pour l'exposition sur les encyclopédies, m'assurer la collaboration d'un spécialiste d'histoire des sciences, mais sa participation ne m'interdira pas, en tant que bibliothécaire, d'intervenir sur les contenus et les modalités de l'exposition. Je peux défendre la présence de tel ouvrage de vulgarisation car je dispose d'informations données par mes collègues de la bibliothèque municipale et je sais donc que c'est un ouvrage qui a du succès - indépendamment de sa valeur scientifique. Ce type de compétence - apprécier l'impact auprès du public - permet une collaboration étendue et, partant, plus fructueuse. Lorsque je participe à l'exposition sur les plantes médicinales, j'exerce ma compétence sur le domaine du livre ancien mais aussi sur toute la présentation. Car il ne s'agit pas seulement de présenter des livres sous vitrine mais aussi de les resituer dans leur contexte en présentant les auteurs, le cadre temporel, les techniques de fabrication, etc. Sur les schémas d'intervention classique (la fourniture des ouvrages, la sélection du catalogue), se greffent les techniques de présentation (diaporamas) ou les activités d'accompagnement (visites guidées) qui permettent une autre approche et une participation plus directe du public. Sur tous ces points je crois que nous pouvons beaucoup apporter...

Les limites du possible

BBF. Ces grandes expositions de prestige se rapportent tout de même à la plus pure tradition de conservation et de glorification du patrimoine symbolisée par la Bibliothèque nationale. Une très forte implication ne pourrait-elle engendrer un « fonctionnement schizophrénique » de la bibliothèque Saint-Jérôme qui n'a pas pour vocation principale de diffuser des ouvrages anciens ?

GH. L'argument m'a déjà été opposé par nombre de collègues qui estiment qu'il est impossible de mener de front animation et gestion courante de l'établissement. Très honnêtement, la politique d'animation que nous menons à Saint-Jérôme ne se pose pas en termes d'exclusion, qu'il s'agisse de crédits ou de personnel. L'investissement financier est resté réduit (10 000 F ont été consacrés à l'achat de matériels). Certes, l'enveloppe animation devrait être majorée pour lui assurer un peu plus de surface (affiches, tracts, petits matériels), mais ce type de dépenses entre aussi dans la rubrique « information et accueil du public » et n'a qu'une incidence limitée.

Pour éviter tout malentendu, je précise tout de suite que Saint-Jérôme n'est pas particulièrement bien dotée sur le plan personnel, et que, sur le plan des crédits, les mêmes critères qu'aux autres sections nous sont appliqués. Elle n'est pas par ailleurs tellement mal lotie que l'animation y jouerait en fait un rôle de cache-misère... L'animation telle que nous la vivons est à la fois une composante de notre activité de diffusion et un moyen de mieux la réaliser. Il n'y a donc pas de véritable opposition et je crois que les limites qu'on peut opposer au développement d'activités d'animation sont trop souvent les limites qu'on veut bien se donner. Plus exactement ces limites tiennent à la définition même qu'on peut donner à l'animation. S'il s'agit de quelque chose d'extérieur, d'artificiellement plaqué sur le fonctionnement de la bibliothèque, elle sera vécue (et chiffrée) comme un élément étranger. Et ce, d'autant plus si elle se fait aux dépens de la bonne marche de services dont on attend beaucoup (acquisitions et mise à disposition rapide des documents).

Si, en revanche, l'animation n'est que le prolongement et l'affichage d'une politique d'intégration et d'ouverture, elle se coulera dans la politique de l'établissement qu'elle contribuera à orienter. Il ne s'agit pas de proposer une vision complètement idyllique des choses (nous sommes loin de pouvoir réaliser tout ce que nous souhaiterions faire) et de laisser croire que l'animation est la clé de tous les problèmes présents et à venir. Il s'agit de prendre conscience de ce qu'elle suppose ; on dit souvent que l'animation est un état d'esprit. Je reprendrai cette formule à mon compte.

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La section Saint-Jérôme en 1984

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Exposé des expos

  1.  (retour)↑  Alfred Kastler, « Si nous reparlions de pluridisciplinarité », dans Le Monde, 1979.