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Hugo Kunoff

The Foundations of the German academic library

Chicago, IL : American library association, 1982. - XIII-220 p. ; 28 cm.
Bibliogr. p. 191-211. Index p. 213-220. - ISBN 0-8389-0352-5 : $15.00

par Jacques Betz

Dans l'introduction de son ouvrage, Hugo Kunoff cite un extrait de l'importante publication de George Leygh, qualifié par lui de primus inter pares, sur la science des bibliothèques ; il y fait état du profond mouvement intellectuel que fut le « Siècle des lumières », qui est à l'origine des bibliothèques de recherche, et, par voie de conséquence, des bibliothèques universitaires allemandes, objet de son livre.

Beaucoup de principes éducatifs et de progrès sociaux propres à la civilisation occidentale contemporaine plongent leurs racines dans le XVIIIe siècle, avant de prendre leurs formes. Les bibliothèques, ces institutions culturelles et sociales, n'ont pas traversé cette période cruciale sans s'ouvrir à ce mouvement en profondeur que fut ce « Siècle des lumières ». Les bibliothèques universitaires, en particulier, reflètent le changement, qui a transformé leurs institutions sous l'influence de nouveaux courants intellectuels, de nouveaux principes pour l'érudition et d'un nouvel intérêt montré à l'échelon gouvernemental pour l'enseignement supérieur.

Les bibliothèques du XVIIIe siècle, cet âge du mécénat, avaient un caractère encyclopédique, capable de satisfaire l'« honnête » homme et sa soif d'avoir des lumières sur tout. A cette époque, l'Allemagne se trouvait morcelée en un grand nombre de territoires indépendants, comme le remarque l'auteur, et cette « Aufklärung » paraissait, selon lui, un mouvement souvent incohérent, occupé à disperser ses énergies à la poursuite de nombreux objectifs, car son influence variait d'une région à l'autre, d'un institut à l'autre, au détriment, parfois, des bibliothèques régionales.

Dès cette époque, pourtant, la cause des bibliothèques ne reste pas un vain mot pour l'Allemagne, même morcelée, qui en possède alors deux particulièrement célèbres. L'une se trouve à Wolfenbüttel, où plane encore l'ombre de son directeur, Leibniz, qui a également été bibliothécaire à l'autre, celle du duc de Brunswick, à Hanovre, et s'est inspiré de l'Avis pour dresser une bibliothèque de Gabriel Naudé. De plus, Leibniz a, sans doute, été le premier, comme le constate l'auteur, à prendre conscience du profit que pouvait tirer des ressources d'une grande bibliothèque de recherche le progrès des connaissances, et de l'intérêt qu'il y avait à procéder à des acquisitions régulières pour maintenir une bibliothèque au courant de l'activité scientifique et littéraire, plutôt que de lui préférer une bibliophilie, parfois coûteuse. Il en était de même pour Lessing, également appelé à une fonction officielle dans une bibliothèque.

Fort de ces constatations, Hugo Kunoff étudie les fondements des bibliothèques universitaires allemandes à travers quatre d'entre elles, à savoir Leipzig, Jena, Halle et Gôttingen, pour montrer ainsi que les nouvelles méthodes nécessaires aux bibliothèques universitaires allemandes, aussi bien qu'aux universités allemandes elles-mêmes, pour la recherche et l'érudition, gagnent à être institutionalisées par un gouvernement central éclairé. Il les étudie l'une après l'autre.

Les universités des villes allemandes ainsi choisies par Hugo Kunoff ont, en effet, une nette supériorité sur les autres, selon les observateurs contemporains et les historiens modernes, qui voient en elles des universités de premier plan dans les États allemands à majorité protestante : Prusse, Saxe et Hanovre, pour avoir attiré les 2/5 de la population estudiantine de l'Allemagne au XVIIIe siècle.

L'auteur montre Leipzig comme une université pauvre et un peu négligée tout au long de ce siècle, mais voit en Jena la première bibliothèque universitaire allemande en Europe occidentale à adopter les idées modernes en philosophie et en science. Halle, pour sa part, et comme il le rappelle, devient le premier centre universitaire du « Siècle des lumières ». Quant à Göttingen, sa bibliothèque tint la vedette et fut la principale université de cette époque à servir de modèle à l'université de Berlin dans un certain nombre de secteurs importants, et montre ce que l'on a pu faire de mieux dans les circonstances les meilleures. Ainsi l'auteur les étudie, une à une, en les replaçant dans le contexte de ce XVIIIe siècle « éclairé ».

Au XIXe siècle, plus que la Bibliothèque nationale de Berlin, c'est encore le réseau des bibliothèques universitaires qui retient surtout l'attention et qui se place au premier rang des bibliothèques de ce type en Europe. Là encore, on constate le rôle prépondérant joué par la bibliothèque universitaire de Gôttingen qui fut d'ailleurs dirigée, vers la fin de ce siècle, par un grand théoricien de la bibliothéconomie, Karl Dziatzko ; elle n'avait alors comme égale, que celle de Halle, avec Haiting à sa tête.

Pour Kunoff, en définitive, le progrès apporté aux bibliothèques a surtout commencé au XVIIIe siècle ; la bibliothèque universitaire offre alors à l'enrichissement du savoir un appoint considérable, qui favorise le développement de l'érudition.

Évoquant la France du XVIIIe siècle, qui voit apparaître, en 1750, le premier volume de l'Encyclopédie de Diderot, dans laquelle « le siècle français des lumières concentre toutes ses forces vitales », selon l'appréciation de Fritz Schalk, et pensant à l'Allemagne de la même époque, qui est celle de Lessing et de Kant, et qui voit le succès d'une œuvre de vulgarisation entreprise par Frédéric le Grand, ce despote éclairé « par excellence » (ce sont les propres termes de l'auteur), il note l'épanouissement de l'université de Gôttingen et de sa bibliothèque, et le début du développement des autres bibliothèques.

En conclusion, l'auteur souhaite que son travail puisse stimuler l'essor des universités et de leurs bibliothèques, entraîner les heureux effets d'une action gouvernementale sur les instituts spécialisés, apporter diverses impulsions nouvelles, dont pourrait bénéficier le fonctionnement des bibliothèques universitaires.

L'auteur accompagne son développement de notes regroupées à la fin du volume ; il y joint une bibliographie choisie relative à chacun des chapitres traités tout au long de ces pages, à savoir : le « Siècle des lumières », l'histoire et les études classiques, ouvrages et journaux, écrivains et lecteurs, érudition et universités, bibliothèque et bibliographie, l'université de Leipzig, Jena, Halle et Gôttingen, avec sa bibliothèque universitaire correspondante. Une reproduction ancienne de la salle de lecture de Gôttingen, officiellement ouverte en 1757, orne frontispice et couverture.

Les bibliothèques universitaires allemandes ont ainsi une sorte de livre d'or.