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Une Histoire du Rhin

sous la dir. de Pierre Ayçoberry et Marc Ferro. - Ramsay, 1981. - 459 p. : ill. ; 24 cm. - (Des fleuves et des hommes.) Bibliogr. p. 452-453. - ISBN 2-85956-237-0.

par Jacques Betz

Les fleuves ont une histoire, qui fait à son tour, l'objet de recherches et d'études. En effet, et pour la première fois, historiens et anthropologues, géographes et économistes, ingénieurs et conteurs, riverains eux-mêmes, s'emploient à reconstituer cet élément liquide qu'est un fleuve, appelé à façonner l'homme, à orienter sa destinée, à marquer de son empreinte la voie du progrès. Ainsi, à l'initiative de Marc Ferro, les éditions Ramsay, de Paris, lancent une nouvelle collection au titre significatif et prometteur : « Des fleuves et des Hommes ». La première de ces importantes voies fluviales à être évoquée de la sorte, à travers un ensemble d'études est le Rhin, ce « Nil de l'Occident », comme l'a baptisé, en 1946, un collectif d'auteurs, présentant à l'époque, une « contribution à l'étude d'une organisation de l'Europe de l'Ouest ».

Quelques chiffres, donnés par J. Granier dans les « Dernières nouvelles d'Alsace, édition de Strasbourg » du 17 décembre 1981, soulignent l'actualité de cette grande autoroute fluviale, ou plus grand « autofleuve » d'Europe, et peuvent le caractériser : 41 000 bateaux, 300 millions de tonnes de marchandises par an entre Bâle et Rotterdam, trafic ininterrompu menacé de saturation, avec les flottes fluviales des pays limitrophes, mais surtout allemande et hollandaise, sans oublier l'helvétique, le Rhin offrant à la Suisse la seule voie d'accès à la mer, et même la française, avec la CFNR, quoique pour un faible pourcentage.

Le collectif d'auteurs, cette fois-ci, ouvre cette imposante fresque rhénane par une chronologie de ce fleuve, allant de 58 avant J.C. (victoire de César sur Arioviste en Haute-Alsace) jusqu'en 1979 (Parlement européen de Strasbourg). Ensuite, émergé de la légende et du mythe (Nicole Belmont), le fleuve se trouve replacé dans l'espace rhénan (Étienne Juillard), composé de pays qui agissent comme ferments de l'Europe : les Romains s'établissent sur ses bords (Klaus Wenger); son cours forme la route des prêtres et des empereurs (Francis Rapp), devient foyer culturel de l'Europe du XVIe au XVIIIe siècle (Étienne François) et ouvre, au siècle suivant, la voie au romantisme (Marie-Claire Hooch-Demerle). Puis on voit les Prussiens sur ses bords (Pierre Ayçoberry) ; catholiques, protestants et juifs se côtoient le long de ce fleuve (Alfred Wahl), voie fluviale qui devient l'enjeu du siècle, pour être tour à tour lien et frontière (Klaus Wenger). Ressources et arts du quotidien (Klaus Wenger) se partagent la dernière division de l'ouvrage, intitulée « L'Or du Rhin », avec des considérations plus spécifiques au Rhin en tant que fleuve (sept auteurs). Cet imposant ensemble s'achève sur cette synthèse que représentent « Strasbourg, l'Europe et le Rhin » (François-Georges Dreyfus).

A côté de quelques bibliographies spécialisées, établies par certains des auteurs, l'ouvrage s'enrichit d'une bibliographie plus générale et choisie de 37 titres, avec des livres concernant certains aspects des problèmes rhénans ; elle a pour but de signaler au lecteur de grands spécialistes et d'ouvrir des perspectives sur des sujets non abordés dans ces pages. L'ouvrage est agrémenté de 16 planches illustrées recto et verso.

Ces évocations si riches représentent en quelque sorte le livre d'or du Rhin.