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L'Enfant et le jeu

approches théoriques et applications pédagogiques

Unesco, 1979. - 71 p. : ill. ; 32 cm. - (Études et documents d'éducation ; 34.) Bibliogr. p. 70-71. - ISBN 92-3-201658-3

par Marie-Madeleine Rabecq-Maillard

Le jeu constitue l'une des activités éducatives essentielles et il mérite d'entrer de plein droit dans le cadre de l'éducation scolaire, bien au-delà de l'école maternelle où il est trop souvent confiné. Le jeu offre, en effet, aux pédagogues, à la fois le moyen d'une meilleure connaissance de l'enfant et celui d'un renouvellement des méthodes pédagogiques. Cependant, son introduction à l'école pose de nombreux problèmes. C'est pourquoi l'ouvrage édité par l'Unesco vient à son heure et suscitera sans doute des initiatives ou des protestations intéressantes.

Beaucoup de parents et d'éducateurs ont longtemps considéré et considèrent encore, même dans les pays industrialisés, le jeu comme une activité futile tout juste bonne à procurer quelque divertissement. Mais, à côté de ceux qui voient dans le jeu la dangereuse antithèse du travail, d'autres, dès l'Antiquité, ont tenté de réhabiliter le jeu en lui donnant des fins éducatives 1.

L'ouvrage édité par l'Unesco a le grand mérite d'élargir dans le temps et l'espace des recherches cantonnées jusqu'ici dans le domaine de la pédagogie. S'il s'adresse plus particulièrement aux enseignants et à leurs maîtres, il pourra également retenir l'attention des ethnologues et des sociologues. Ceux qui s'intéressent à l'enfance voudront bien faire l'effort de passer sur quelques incongruités de vocabulaire (qu'est-ce qu'un enfant « réifié », par exemple ?) pour donner au jeu et à l'enfant toute l'attention qu'ils méritent.

L'Enfant et le jeu comporte, suivant un plan peut-être discutable, trois parties essentielles : une analyse du jeu au point de vue psychologique, sociologique et pédagogique, une étude consacrée aux jeux des divers pays membres de l'Unesco, une analyse des instruments de travail et des modèles, analyse destinée à ceux qui souhaiteraient promouvoir, dans leur enseignement, des matières et des matériels inspirés aussi peu que possible par les jeux traditionnels, mais adaptés à notre société.

Les deux premiers chapitres nous valent de très curieux rapprochements entre des ethnies différentes par leurs mœurs et par leur culture, mais semblables parfois par leurs jeux et par leurs jouets. On affirme, avec raison, que « dans les pays en voie d'industrialisation, le jeu est considéré comme inutile, voire nuisible ». On aurait aimé comprendre pourquoi et comment le contexte économique d'une époque (le XIX° siècle) a engendré une si curieuse affirmation et déterminé les jugements que l'on a portés sur le jeu à une époque où l'on avait besoin d'une main-d'œuvre enfantine parfois âgée de moins de cinq ans. Plus graves deviennent les reproches que nous semble mériter la troisième partie de l'ouvrage et surtout la conclusion.

Contaminés par nos modernes technocrates, il semble que nos pédagogues aient résolu de mettre sur fiches la personnalité de l'enfant, d'établir rigoureusement la liste des activités et des matériels ludiques et les étapes d'exploitation de ces mêmes activités et matériels en pédagogie. Pour ces éducateurs, l'enfant qui joue, manifeste « des dons spontanés et surprenants qu'il s'agit de savoir observer et de canaliser vers des buts éducatifs ». Voilà qui nous emmène bien loin de la gratuité qui doit être la première qualité du jeu. 2

A cette passion pour l'utilisation du jeu s'ajoute un appétit de destruction surprenant chez des auteurs qui pensent que l'enfant construit lui-même ses jouets « en s'inspirant des modèles laissés par les civilisations passées ».

Mais où trouver de tels modèles puisqu'il faut « éviter d'entretenir des activités et des matériels ludiques lorsqu'ils ne peuvent servir à rien, quels que soient le respect et l'admiration que l'on éprouve à leur égard », sous prétexte que « les jouets ne sont plus les reflets exacts des cultures dans lesquelles ils persistent comme des corps morts ». Le jouet pourtant, même s'il ne correspond plus à la civilisation contemporaine, demeure le symbole d'une évolution qu'il est indispensable de connaître si l'on veut comprendre les étapes techniques et historiques parcourues par l'humanité.

Il ne faut pas oublier que le jouet pourra montrer aux pédagogues eux-mêmes la différence qui existe entre deux sociétés séparées par le temps et l'espace. Trop d'éducateurs ont tendance à ne voir que leur discipline. Ils affirment que « jouer, c'est mettre à jour et affirmer partiellement ou intégralement une personnalité en voie de constitution ». Une telle définition restreint singulièrement la notion de jeu, néglige tout ce qui peut entrer d'invention originale et d'imagination dans le jeu lui-même et enferme dans un déterminisme étouffant le vrai jeu, celui qui consiste à s'évader hors du monde, à rêver à d'autres objets.

S'il faut jeter au rebut dans notre société électronique des jouets qui ne correspondent plus à notre environnement, pourquoi quantité de musées, à l'étranger surtout, prennent-ils le plus grand soin de ces précieuses reliques et pourquoi ne pas brûler les automates de Vaucanson ?

  1.  (retour)↑  Le présent dossier n'a pas tout à fait évité cet écueil.
  2.  (retour)↑  Voir : R. Caillois. - Jeux et sports. - Gallimard, 1966. - (La Pléiade.)