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Simon Szyszman

Le Karaïsme

ses doctrines et son histoire

Lausanne : l'Age d'homme, 1980. - 249 p. : ill. ; 21 cm. - (Bibliotheca Karaitica ; Ser. A. vol. 1.)

par Pierre Barkan

Cet aspect ancien du prosélytisme judaïque qui remonte aux premiers siècles de notre ère faisant suite, selon toute vraisemblance, à la Secte des Esséniens, pour connaître une période brillante du VIIIe au XIIIe s., n'avait pas encore eu la chance de trouver son historien dans notre langue. C'est désormais chose faite.

L'auteur, originaire d'Europe orientale, a consacré sa vie à un inventaire minutieux à la fois des sources, des études et des communautés karaïtes à travers le monde, et tout particulièrement en Europe Orientale et au Proche-Orient, centre de rayonnement de cette religion. Il a su mettre l'accent sur le caractère exemplaire de cette doctrine qui se fonde essentiellement sur la Torah, ignorant résolument le Talmud et les Midrachim. Il explique clairement les raisons lui ayant valu un ostracisme qui perdure encore de nos jours, bien que les rangs de ses fidèles se soient considérablement éclaircis au cours du dernier siècle.

Après une 1re partie consacrée à la « Doctrine karaïte », une 2e sur « La diffusion du karaïsme dans le monde » et une 3e sur la « Décadence des communautés karaïtes », la 4e est consacrée aux « Études et à la documentation ». C'est cette dernière qui nous intéresse plus particulièrement.

L'Occident ne découvre l'existence du karaïsme qu'au XVIe s. avec J.G. Schupart (Iena, 1521). Le XVIIe en apprend un peu plus grâce au « Père de l'exégèse biblique moderne », Richard Simon (1685), toutefois le XVIIIe ne va guère au delà avec J.C. Wolfius (1714). C'est à partir du XIXe que les études se multiplient (J. Basnage, T. Czacki, P. Beer, V.V. Grigoriev, V. Smirnov et surtout D. Chwolson). Le fait important est que vers le milieu de ce siècle se soit constitué un ensemble documentaire considérable (environ 20 000 pièces) grâce aux efforts déployés tout au long d'une longue vie par Abraham Firkowicz (1786-1874). Malheureusement la vindicte qui ne cessera de poursuivre cette doctrine s'exerce en la personne de A. Harkavy qui accuse sans preuves Firkowicz d'être un faussaire. C'est là sans doute qu'il faut, aujourd'hui encore, rechercher la cause du désintérêt à l'égard de ce fonds conservé à Leningrad à la Bibliothèque Saltykov-Chtchedrin où il n'a jamais été inventorié et est donc pratiquement inconsultable.

D'autres grandes bibliothèques mondiales conservent aussi des documents importants, en URSS, à Jérusalem, en Angleterre, à la Bibliothèque nationale de Paris, en Allemagne, en Autriche et aux États-Unis. Les archives publiques des divers pays où vécurent des karaïtes, notamment en Pologne, représentent des sources à exploiter.

Parmi les manuscrits bibliques les plus anciens, au sort des plus hasardeux, il faut citer le Codex Alepensis (Xe s.) conservé, très mutilé, à l'Université de Jérusalem, et le Codex Cairensis (IXe s.), propriété de la communauté karaïte du Caire.

Une bibliographie alphabétique de plus de 300 entrées reprend tous les ouvrages cités dans le texte, et l'ouvrage s'achève utilement par un Index documentaire de 40 pages.

Si l'ouvrage de M. Szysman trouve plus particulièrement sa place dans toute bibliothèque de l'histoire des religions, du judaïsme, du Proche-Orient et de l'Europe Centrale, il convient à toute bibliothèque de culture générale du fait de la claire synthèse, première du genre, qu'il offre sur l'un des aspects archaïques les moins connus de l'une des plus grandes religions monothéistes du monde, le judaïsme.