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Nicolas Contat, dit Le Brun

Anecdotes typographiques où l'on voit la description des coutumes, moeurs et usages singuliers des compagnons imprimeurs...

ed. by Giles Barber. - Oxford : The Bibliographical society, 1980. -VIII-163 p. : ill., fac-sim. ; 24 cm. - (Oxford bibliographical society publications : new séries ; 20.) ISBN 0-901420-35-2 : £ 20.

par Albert Labarre

Une information détaillée sur le travail des imprimeurs avant 1800 est rare en Europe ; aussi faut-il savoir gré à M. Barber de publier un texte inédit sur ce sujet. Il s'agit d'un manuscrit daté de 1762 et manifestement préparé pour l'impression. Il a probablement appartenu à Joseph d'Hémery, inspecteur de la librairie, à qui il est dédié, puis est passé par l'Académie de Bordeaux avant d'aboutir dans une collection britannique, celle de la duchesse de Roxburghe à West Horsley Palace. L'auteur est Nicolas Contat, dit Le Brun, né vers 1717 et mort en 1768. Contat fut apprenti chez l'imprimeur parisien Jacques Vincent, entre 1737 et 1740 ; puis il se spécialisa dans la gravure d'ornements sur bois que l'on retrouve dans des impressions parisiennes des années 1750-1760, tout en s'occupant aussi de commerce du vin !

Une substantielle introduction situe l'ouvrage dans son contexte et souligne les principaux points sur lesquels il apporte des renseignements originaux. Pour en faciliter l'accès aux lecteurs anglais, l'orthographe a été modernisée et le texte ponctué.

L'ouvrage mérite bien son titre d' « Anecdotes » et abonde en détails curieux sur le travail des imprimeries et sur la vie que l'on y menait. La première partie traite de l'apprentissage ; entre autres choses, il faut relever la distinction entre l'apprentissage et l'allouage, celui-ci ne menant pas à la maîtrise, la situation de l'apprenti qui sert de domestique bon à toutes les besognes plus qu'il n'apprend un métier, les mauvaises conditions de son logement et de sa nourriture, le tout tempéré par une évolution au cours des quatre années d'apprentissage. La seconde partie concerne le compagnonnage et donne des précisions techniques sur le langage des imprimeurs et sur les prix payés par les maîtres pour les différents types de tâches ; elle renseigne sur les relations sociales dans l'atelier, les fonctions du prote et, aussi, sur les impressions clandestines.

Ce texte est complété par la publication de plusieurs pièces sur le même sujet. D'abord un pamphlet de 350 vers, publié en 1710, La Misère des apprentis imprimeurs, dû à un certain Dufrêne, apprenti chez Léonard à Paris, et qui confirme, cinquante ans avant Contat, que les apprentis servaient surtout de valets dans l'atelier. Enfin, extraites d'une collection conservée par la Bibliothèque Bodléienne, sont reproduites quelques pièces de circonstance, composées par les compagnons, généralement à l'occasion d'un mariage dans la maison de leur maître.

Deux appendices, l'un sur les coûts de l'imprimerie à Paris vers 1770, l'autre sur les termes employés dans les ateliers du dix-huitième siècle, complètent cet intéressant ensemble sur la vie des imprimeries parisiennes.